ACTE TROISIÈME
DE GHANTELAUR.
Vraiment?
LA MARQUISE
Voyons, il n'est pas possible que vous ayez agi de sang- froid ! . . . Qui vous a poussé ? Qui vous a conseillé ?. . . M. Pinteau, peut-être?
PIXTEAU, à part.
Aïe! (Haut.) Hé bien! oui, je l'avoue! C'est moi, qui ai fait tout le mal !
DE GHANTELAUR, à part.
Pauvre garçon !
LA MARQUISE
Je m'en doutais I
PINTEAU.
Croyez bien, madame la marquise, que je suis désolé, profondément désolé...
LA MARQUISE
Il est bien temps! Ah! vous pouvez être fier de vore influence ! En un tour de main, faire du comte de Chantelaur un Jacobin!... C'est un coup de maître!
Par exemple!...
LA MARQUISE, à Ghantelaur.
Vos discours sont là pour prouver si j'exagère.
DE GHANTELAUR.
Mes discours?
LA MARQUISE
La Gazette de France en cite, ce matin, quelques fragments avec indignation; c'est du pur 93!..,
PINTEAU.
Oh! pacdon! N'exagérons pas... C'est du 89'! Il y a une Quaiice.
LA MARQUISE
Pour moi, c'est la même cliose I... Dès lors que l'on insulte la religion, que l'on détruit la famille...
PINTEAU.
C'est faux!... je n'ai pas dit cela! Je proteste! C'est faux ! archi-faux !
LA MARQUISE
Comment... vous n'avez pas dit cela? Mais M. Pinteau, je ne parle pas de vous! Je parle des discours de M. de Ghantelaur!... Serait-ce donc vous, par hasard qui les auriez prononcés?
DE GHANTELAUR, regardant sa montre, à part.
Trois heures un quart!
Eh bien, oui, c'est moi!
LA MARQUISE
Hein?
DE GHANTELAUR
Oui, je ne pouvais pas être partout, et je l'avais chargé de me remplacer... de temps en temps!...
PINTEAU.
Malheureusement je ne me suis pas méfié et je me suis laissé entraîner par l'ardeur de mes convictions.
LA MARQUISE
Et VOUS avez accepté, sans mot dire, les déclarations républicaines de M. Pinteau? Vous n'avez pas protesté ? Teniez-vous donc le même langage, vous aussi, de votre côté ?
DE GHANTELAUR, impatienté.
Oh ! moi, vous savez, je ne suis pas un profond politique, et je me crois encore moins orateur.
LA MARQUISE
Alors... vous ne di-siez rien?