‹ Le dernier ami de J.-J. RousseauChapitre 11 sur 91 · LA CRE\TIO^' D ERMENONVILLE I · texte numérisé non relu

LA CRE\TIO^' D ERMENONVILLE I

présenter leur poisson au château, et vendre tout ce qui plaisait au seigneur au prix courant.

Ce chemin était entre deux murs, le mur de la basse-cour, et le mur du potager. De l'autre côté, en effet, était un grand potager carré, arrosé par beaucoup de canaux. Un escalier de pierre, au fond, permettait de monter sur une chaussée barrant toute la vallée pour retenir les eaux d'un étang. Cette chaussée était plantée de deux rangs de tilleuls ; à un bout se trouvait un moulin. C'était avec le petit parterre du nord la seule promenade du domaine, quelque chose comme l'allée des saules dont parle M^^ de Lafayette, où M. de Nemours « promenait sa rêverie ». Mais si M. de Nemours se contentait d'une allée de saules pour promener sa rêverie, cela ne suffisait pas à M. de Girardin. Et nous allons voir qu'il lui fallut d'autres paysages*.

I. La descriptiou d'Ermenonville avant René de Girardin se trouve dans le début des Sous'eni?'s de Stanislas

l8 LE MARQUIS RENÉ DE GIRARDIN

Il commença par faire disparaître potager, basse-cour et parterre du nord. Il ne resta de toutes ces choses antiques que le château des de Vie, et ses quatre tourelles auxquelles on enleva les toits en ballon. Et ce ne fut pas l'envie qui manqua au marquis de détruire cette large façade du siècle précédent, pour la remplacer par un bâtiment à la mode, dans le goût des créations de Gabriel. Nous avons encore ses projets'. De fines colonnes Louis XVI se seraient mirées dans les eaux. Mais la prudence remporta et il regarda à la dépense.

Il avait assez de travaux à faire pour créer les jardins qu'il rêvait ; pour transformer cette terre triste et sauvage en paysages riants et composés avec art comme dans les toiles du Poussin. Il fit venir une bande de jardiniers écossais. Il demanda quelques

de Girardin, clans les papiers manuscrits ; enfin il existe trois dessins, deux chez le marquis de Girardin, et un au cabinet des Estampes. Topographie. Oise.

I. Tous ces plans et dessins à l'encre et au crayon se trouvent chez le marquis de Girardin.

LA CRÉATION DERMENONVILLE I9

conseils et fît faire quelques travaux à l'architecte paysagiste Morel, qui plus tard s'en targua pour se dire le créateur d'Ermenonville ^ Pendant près de dix ans, il fit creuser les marais, planter les landes, améliorer les prairies et les cultures, enfin « composer des paysages sur le terrain », sans oublier les édifices ou « fabriques » et les inscriptions poétiques, didactiques ou sentimentales (travers du temps) , qui achevaient de caractériser ces paysages.

Les Ecossais acclimataient les gazons à l'anglaise, et créaient des prairies dignes des moutons de Gessner. Les jardiniers plantaient des arbres de toutes sortes. Le magister du village, Nicolas Harlet", copiait de sa meilleure plume les inscriptions à mettre dans les bocages pour fournir des modèles à l'artisan chargé de les graver. A tous ces travaux présidait le marquis,

I J.-M. Morel. Théorie des Jardins, Paris, 1802. t. II, p. 48 et suiv.

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