LA CREATION D ERMENONVILLE
superbe que les paysans se rassemblent les fêtes et les dimanches. Dès que les sons aigres et faux des ménétriers se font entendre toute la jeunesse s'anime ; chaque erarcon va choisir une fille : son cœur conduit sa main et tous se mettent à sauter en cadence, ou à peu près. C'est dans ces bals rustiques que prennent naissance les amours des villageois , amours qui commencent par le plaisir pour finir par le mariage ».
Mais l'endroit le plus admiré des jardins d'Ermenonville était « le Désert ». C'était un cirque de coteaux de bruyères, où s'amoncelaient des blocs de grès aux formes bizarres et qui entourait un vaste étang. Girardin le planta de pins sombres sur les hauteurs ; Tétang s'encadrait de verdure ; des sentiers agrestes conduisaient au milieu des rochers jusqu'à une petite cabane d'où l'on découvrait toute la vallée. D'autres sites rustiques et incultes étaient sillonnés par des sentiers pour les promeneurs
épris de pittoresque. C'est beaucoup dans ce « Désert » d'Ermenonville, où l'homme avait si peu touché à la Nature, que nos aïeux du xviii^ siècle découvrirent une beauté nouvelle, celle des sites de la campagne sauvage.
On revenait au château par de jolies scènes moins austères; le moulin à l'italienne, petite construction comme on en voit dans les toiles du Lorrain. C'était un vrai moulin, et l'animation des ânes qui apportaient des sacs de blé, donnait de la vie à cette construction élégante. Tout autour d'ailleurs dans les prés verts paissaient de beaux bestiaux. Partout le marquis avait mêlé l'utile à l'agréable.
Le « Bocage » était l'asile des amoureux pendant les journées chaudes. De petits ruisseaux très clairs y coulent entre les cailloux ; l'eau pure y jaillit en soulevant de gros bouillons de sable. Une autre source est toute tapissée de mousses opalines sous l'eau transparente :
LA CRÉATIOÎS' d'eRMENONVILLE 27
L'acque parlan d'amore E l'aura, ei rami, E gli angeletti, e i pesci, E i fiori, e Therba.
Je n'ai pas voulu citer trop d'inscriptions aux lecteurs d'une époque où l'on n'aime plus beaucoup les petits vers du xviii^ siècle, mais qu'on me permette d'en citer une dernière, celle de la tour de Gabrielle. Cette tour rappelait le souvenir du brave de Vie, l'homme à la jambe de bois du temps de Henri IV. La tradition veut que celui-ci soit venu chez son compagnon d'armes, qu'il avaitfait vicomte d'Ermenonville. 11 aurait amené naturellement Gabrielle d'Estrées, « qui avait droit de péage dans la tour », etc. Ce qui est certain, c'est qu'il se trouvait dans cette tour deux très beaux bustes de Dominique de Vie et de Sully par Guillaume Dupré\ Voici les vers
I Le buste de Dominique de Vie est aujourd'hui au Louvre, celui de Sully chez le marquis de Girardm. Il y avait en outre dans la tour un bas-relief représentant la bataille d'ivry. Des panneaux en bois d'époque Henri IV
que Girardin mettait dans la bouche du }3rave combattant d'Ivry, de Vie, surnommé le capitaine Sarrèdes :
En ce bocage où ton laurier repose
Sur le joli myrte d'amour,
Ton fidèle sujet dépose
Ses armes à toi pour toujours.
Mon fidèle etbien-aimé maître,
J'ai déjà sous tes étendards
Perdu de mes membres le quart,
Je voue à toi mon restant être.
Et si d'un pied marche trop lent pour toi,
Point ne défaudrai meilleure aide,
Car, pour combattre pour son roi,
L'amour fera voler Sarrèdes.
sont conservés par le marquis de Girardin, enfin il y avait au château d'Ermenonville une grande toile représentant la bataille d'Ivry. Elle fut donnée en 1844 au roi Louis-Philippe. M. de Nolhac nous a aimablement informé qu'elle n'était pas à Versailles. Il est à craindre qu'elle ait été détruite soit à Neuilly, soit au Palais-Royal.