I. Cette inscription subsiste encore
LA CRÉATION DERMENONVILLE 23
place de la basse-cour et des potagers, on découvrait un beau paysage où tout était disposé pour l'agrément des yeux, comme dans une toile du Poussin ou du Lorrain. Le petit Temple de la Philosophie moderne dans le fond du tableau et sur la hauteur, la cascade au premier plan rappelaient des souvenirs de l'Italie et d'un Tivoli en miniature. Et si le promeneur quittait le château, longeait la rivière par le chemin qui mène à la grotte des Naïades, il découvrait au sortir de cette grotte une nouvelle perspective aussi belle, et d'une douceur calme, le bel étang bien encadré et son île plantée de peupliers où devaient reposer plus tard les restes mortels du maître de toute âme sensible.
Derrière l'étang, c'était la prairie « Arcadienne », la cabane de Philémon et Baucis, le temple rustique, et la grotte verte pour laquelle Girardin lui-même avait composé et mis en musique une chanson :
« 0 Chloé, je t'aime parce que ton visage
est aussi doux que les grâces qui t'embellissent... »
Là régnaient Gessner et Shenstone, Théocrite et Virgile ; les petits moutons blancs paissaient « l'herbe tendre », guidés par les bergères vêtues de tuniques de lin des gravures de Moreau le jeune.
On a bien longtemps traité tout cela d'insupportables fadaises à une époque où l'on n'avait pas assez de goût pour créer des compositions aussi gracieuses, où les architectes raillaient les œuvres du xviii*^ siècle, et ne savaient que dessiner des allées tournantes ou placer des kiosques sans aucun goût, ni caractère, dans le bois de Boulogne, ou autres parcs parisiens.
Je laisserai décrire à Stanislas de Girardin* : « cette place circulaire au milieu de laquelle s'élève un hêtre majestueux, autour duquel on a construit un orchestre champêtre. C'est sous l'ombrage de cet arbre
I. Itinéraire des Jardins d'Ermenonville, publié chez Mérigot, p. /fi.