‹ Le dernier ami de J.-J. RousseauChapitre 24 sur 91 · I. Voir Soiivenii-s de Stanislas de Girardin · texte numérisé non relu

I. Voir Soiivenii-s de Stanislas de Girardin

pauvre philosophe était alors plus misanthrope que jamais comme le témoignent les Rêveries et les Dialogues. On avait beaucoup de peine à s'introduire dans son pauvre ménage, et il refusait surtout de voir les gens qui se disaient admirateurs de ses œuvres littéraires. Le seul moyen pour le fréquenter était de lui commander des copies de musique ; c'est ce que fit le marquis de Girardin ; il lui donna tout un lot de musique italienne et il semble qu'il eut vite toute la confiance de Jean-Jacques. Le jeune Stanislas qui jouait pas mal du piano, allait essayer les copies de Rousseau, et même ils jouèrent ensemble \eDevin de Village. Rousseau en faisait une nouvelle musique ; il la chantait et Stanislas de Girardin l'accompagnait; « sa voix, quoique un peu cassée, était encore toute passionnée ». Il se fâcha de ce que Stanislas trouvait cette musique moins bien que l'ancienne ; puis il se consola en pensant que ce n'était qu'un jeune homme peu connaisseur.

Il se trouvait dans une situation difficile; ses ressources étaient modiques, il vieillissait et Thérèse était malade. Au mois de février 1778, il écrivit un mémoire qu'il fit passer en forme de circulaire à ses meilleurs amis. 11 y expliquait que sa femme et lui ne pouvaient plus tenir leur ménage et se soigner eux-mêmes, et il demandait un asile à la campagne en échange du peu de biens et de rentes qui lui restaient.

« M. Rousseau, écrivit le médecin et censeur royal, le Bègue de Prèsle, me dit, à la fm du mois d'avril 1778, qu'il n'était pas éloigné d'accepter une habitation à quarante lieues de Paris, mais qu'il n'avait encore pris aucun engagement ; je lui représentais les inconvénients d'un pareil éloignement et la difficulté des voyages en cas de maladie, d'infirmités ou d'affaires qui exigeassent son retour à Paris. » Le comte Duprat, et Corancez, lui offraient aussi une habitation près de Paris. Mais Rousseau s'en remit à Le Bègue de Presle qui, grand

ami du marquis de Girardin, le décida à accepter l'hospitalité d'Ermenonville. Il lui conseilla de partir seul d'abord, de rester quelques jours et de ne faire venir Thérèse que (( quand il aurait vu si le pays lui plaisait, s'il y trouvait une habitation qui lui convînt à lui et à sa femme ; enfin s'il consentirait à tenir de M. et de M'"' de Girardin des choses dont ils ne pouvaient pas recevoir le prix, comme l'habitation, et certaines provisions telles que les légumes qu'il ne pouvait avoir qu'à leur potager. »

Le Bègue de Presle hâta son départ; il voulait l'accompagner, passer avec lui quelques jours à Ermenonville et revenir à Paris pour la Pentecôte. Ils prirent donc le 20 mai 1778 une chaise de poste, qui les mena jusqu'à Louvres. Ils trouvèrent là un carrosse et des chevaux du marquis de Girardin pour les conduire à Ermenonville \

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