LA MORT DE ROUSSEAU IO
plus d'une heure et se fit à lui-même une exhortation fort longue. « Ah ! disait Thé- « rèse à l'abbé Brizard, si j'avais pu retenir « toutes les choses consolantes qu'il me dit. « Il n'avait pas besoin de ministre pour « l'exhorter. »
« Ma bonne amie', lui dit-il, ouvrez la « croisée ; l'air est si pur et serein ! que je « voie encore une fois le soleil ! Il me « semble que je vois les cieux ouverts. Ma « bonne amie, ne voyez-vous pas Dieu qui « m'attend dans les bras de sa miséricorde. « Je lui ai toujours demandé de finir ma vie « sans douleurs, sans voir le médecin et le c( chirurgien, il m'a exaucé. Je vais me « joindre à lui dans le sein de la béatitude (( où les hommes ne m'iront pas chercher ». « Ah! disait encore Thérèse à Brizard, on « disait qu'il n'avait pas de religion. Perce sonne n'en avait davantage. Tels étaient c( les sentiments qu'il montra, la même pré-
I, Ms. de l'abbé Brizard.
Io8 LE MARQUIS RENE DE GIRARDIN
« sence d'esprit, la même sécurité, de la « tranquillité, de la gaieté même dans les « derniers instants. » Et sur ce qu'elle nous dit, continue son interlocuteur, qu'on avait fait courir le bruit qu'il s'était assassiné, elle ajouta : « Hélas ! il me disait souvent : « Ils peuvent me tuer, mais moi qui as [sic] « un Dieu, dont j'attends ma récompense, « quelque malheureux que je sois, je n'at- « tenterai jamais à son ouvrage. »
« Il demanda * de l'eau des Carmes et en ayant pris une cuillerée à café, il dit que cela lui faisait plus de bien que de mal. Sa femme lui proposa de prendre un remède ; il dit que cela lui était impossible dans la faiblesse où il était. Cependant, l'ayant aidé à se mettre sur son lit, elle le lui donna, mais ne pouvant le retenir, elle voulut glisser sous lui un pot de chambre plat.
« Quoi ! dit-il, me croyez-vous si faible que « je ne puisse me lever ? » Il fit alors un effort