L HERITAGE DE ROUSSEAU
Maréchal et celle du roi d'Angleterre, si elles étaient payées régulièrement (ce qui à vrai dire n'était pas le fait ordinaire de ces gratifications) devaient lui donner l'aisance.
Mais il y eut des ressources plus certaines : ce que produisit d'abord le recueil de musique, puis l'édition genevoise des œuvres complètes. Elle produisait comme nous l'avons dit, un capital de 24.000 livres, ou plutôt une rente de i . 200 livres sur ce capital. Le marquis de Girardin s'efforçait de constituer tout l'avoir de Thérèse sous forme de rentes : vu l'ignorance extrême et le peu d'ordre de la pauvre femme, c'était le meilleur parti. C'était aussi le plus conforme au désir de Jean-Jacques.
Soit avec le produit des Consolations aux misères de ma vie ^ soit par libéralité pure, le marquis prit soin de constituer à Thérèse, en deux fois, une rente de 700 livres sur luimême.
Récapitulons les ressources de la veuve de Jean-Jacques : 1.200 livres de rente sur
la Société typographique de Genève, 700 sur le marquis de Girardin, 3oo sur Michel Rey, cela faisait 2.200 livres de rente assurées. Avec les pensions du roi d'Angleterre et de milord Maréchal, Thérèse avait au moins 3.000 livres de rente équivalant à environ 7.000 francs aujourd'hui, c'est-à-dire pour elle une petite fortune.
Ainsi, grâce au marquis de Girardin surtout, elle obtenait ce que Rousseau avait toujours désiré pour lui-même et demandé vainement, voire beaucoup plus. En 1765, il n'avait pu céder la propriété de ses œuvres moyennant une rente de 1.600 livres, « somme, disait-il, que je dépense annuellement depuis que je vis dans mon ménage, c'est-à-dire depuis dix-sept ans ». Et il avait fini par traiter à un prix très inférieur.
Thérèse aurait pu jouir tranquillement de ses revenus dans sa retraite du « Petit Clarens », mais, à ce qu'il semble, vers le mois d'août 1779, tout commençait à se brouiller.
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Notons ce récit de Fabbé Brizard : « Elle a voulu mettre la sizanie dans la famille de Girardin. Elle se plaignait un jour de ce que M"^ de Girardin lui faisait les yeux noirs. M. de Girardin en fit le reproche à sa fdle : (( Mais puisque je les ai tels, papa, répon- « dit-elle, comment voulez-vous que je lui (( fasse les yeux bleus ? »
Puis Thérèse se lia intimement beaucoup trop avec un domestique anglais, d'abord palefrenier, ensuite valet de chambre du marquis . Cet homme surnommé comme valet Nicolas Montretout , de son vrai nom John Bally, sut la circonvenir et même lui plaire. Elle avait cinquante-huit ans \
Cela fit scandale. Les membres de la famille de Girardin jusque-là si remplis de déférence pour la veuve du grand homme,
I. Que l'iuconduite de Thérèse ait commencé du vivant de Jean- Jacques, c'est tout à fait invraisemblable ; aucun document ne le confirme, seule M™° de Staël le suppose. Du vivant de Rousseau et quelques mois après, Thérèse n'avait pas déçus pour séduire John.
s'indignèrent qu'elle révérât si peu sa mémoire '.
Gomment éclata la guerre entre elle et le marquis, nous ne le savons pas au juste; mais il la pria de déguerpir. C'est ce que raconte Stanislas de Girardin dans ses Souvenirs. On trouve dans le même ouvrage un fac-similé de la lettre' que Thérèse écrivit à son hôte en quittant Ermenonville. On peut juger par là de son écriture et de son style, autant que de son orthographe :
Ameu non vileu ^
Genores pu pances que monsieur den i^irarden ores difame la famé deu i^an gaque vous diteuque vous lemes