‹ Le dernier ami de J.-J. RousseauChapitre 50 sur 91 · LES PÈLERINS DE LILE DES PEUPLIERS ET LA GLOIRE D'ERMENOÏS'VILLE · texte numérisé non relu

LES PÈLERINS DE LILE DES PEUPLIERS ET LA GLOIRE D'ERMENOÏS'VILLE

Le pittoresque tombeau de Rousseau fut bientôt connu de la cour et de la ville, par les journaux et par les estampes. En dehors des belles gravures de Moreau, de celle de Gandat, d'autres petites estampes circulèrent, sorte d'images mortuaires de l'auteur à'Héloïse^ avec son portrait au-dessus d'un petit dessin de l'île des Peupliers.

Déjà Ermenonville était très apprécié des amateurs de jardins, et il y était déjà venu pas mal de visiteurs épris de beauté pittoresque. Le plus considérable fut le comte de Falkenstein, l'empereur Joseph II, qui en 1777 vînt dîner et coucher dans la simple

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auberge couverte de chaume du village, ainsi que le raconte encore une inscription sur le mur de cette auberge :

Préférer au palais une simple chaumière, Des princes mépriser le faste et la grandeur, De ses hôtes charmés honorer la candeur. Auprès d'eux conserver l'égalité première,

Si l'on ne nommait Joseph Deux,

Des Germains fortunés et le père et le maître.

Il avait été surpris par l'orage dans le Désert, et s'était mis à Fabri sous une petite grotte, qui par la suite porta son nom :

Tu vois, passant, cette l'oche creusée ; Elle a servi, toute brute qu'elle est, Pour abriter la vertu couronnée.

Dès que Rousseau reposa au milieu de l'étang calme d'Ermenonville, ce fut pour ce coin de campagne, la gloire, la célébrité européenne. L'inlluence de l'écrivain avait été si grande, si puissante, que personne ne pouvait ignorer le lieu de sa sépulture. Pour tous Ermenonville devint un pèleri-

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nage. Ce fut un petit voyage indispensable, pour tout homme ou toute femme au cœur sensible ^

Les plus grands personnages rendirent cet hommage au philosophe. Tout d'abord le roi : le i4 juin 1780, les carrosses de la cour descendaient la grande allée du rondpoint des jeux des villageois, et le marquis philosophe eut à recevoir Leurs Majestés, puis toute la famille royale, le comte et la comtesse de Provence, le comte et la comtesse d'Artois; il dut montrer ses jardins à la maîtresse de Trianon, au propriétaire de Bagatelle, et leur donner un concert dans la tour de Gabrielle.

Il existe toujours un grand banc de pierre festonné de lierre sur la chaussée de Tétang. C'est le banc de la reine. Là, Marie-Antoinette reçut l'hommage des jeunes filles du village vêtues de blanc : une couronne

I. Voir la récente publication de M. Pierre-Paul Plan. /.-/. Rousseau raconté par les Gazettes de son temps. Mercure de France, p. 227 el suiv.

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de roses garnie de lierre avec cette banderolle :

Celle qui règne sur les cœurs Doit trouver partout la couronne ',

La tradition veut qu'une autre reine, d'une autre dynastie, la reine Hortense, vint aussi plus tard, de ce banc, contempler le tombeau de Rousseau.

Gustave III, roi de Suède, en 1788, dîna dans l'auberge où avait couché Joseph II.

Les plus grands seigneurs imitèrent les rois et s'acquittèrent de leur pèlerinage à Ermenonville, surtout s'ils donnaient quelque peu dans la philosophie. Le duc de Nivernais laissa un sonnet impromptu sur le registre des voyageurs de l'auberge. Le prince de Ligne était parmi les grands admirateurs d'Ermenonville : « J'y ai pensé à Julie, écrivit-il-. Je crois que je Tai pleurée. J'ai béni son historien. Je me suis assis sur

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