PÈLERINAGE D'ERMENONVILLE AU MOIS DE JUILLET
âLX MANES DE J-J. RoUSSEAU
Mihi et amicis.
On voit que ce récit n'est que pour quelques amis par le désordre et la négligence qui y régnent. Tout a été écrit en présence des objets. C'est au pied du tombeau même de J.-J. Rousseau, dans sa maison, sur le banc (( des Mères », dans le « Verger de Glarens », dans les grottes qui lui ont servi d'ombrage, dans les sentiers où il se plaisait d'errer, sur le gazon où il aimait à se reposer, dans les lieux solitaires cju'il a honorés de sa rêverie, quelquefois sous la dictée même des paysans, des bonnes gens avec lesquels il aimait à s'entretenir. J'ai tâché de rendre ce que j'ai vu, ce que j'ai entendu. D'autres ont sans doute mieux fait, mais ceci a été vu.
Pour me préparer à ce charmant pèleri-
nage, j'emporte avec moi VHéloïse, m'étaisje dit en quittant Paris ; quand je Taurai finie, je recommencerai.
Parmi les hommages que je fus chargé de porter au pied de ton urne sainte, ô Rousseau, je n'oublierai pas ce que m'a dit Taimable Fanny : « Oh mon ami! tu vas embrasser la cendre de ce grand homme.
Hélas il est mort dans la persuasion qu'il avait tant d'ennemis ! Dis-lui bien qu'il s'est trompé, que tout le monde l'aime, que la plus tendre moitié de l'univers idolâtre sa personne et ses écrits. Et s'il a eu en effet quelques ennemis, ce sont des hommes durs et pervers. Encore quelques années, ils ne seront plus; leur nom disparaîtra, car la mémoire de J.-J. Rousseau aura des autels. Ainsi-soit-il. »
Journal du Pèlerinage d'Ermenonville
Le lundi M courant.
Je m'éloignai de la capitale plein de la douce espérance d'arriver le jour même à