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LE CAHIER VERT DE LA MARQUISE

« M. de Girardin fait de la musique, dessine, écrit et se promène. Il a trois musiciens avec lui, et tous les soirs, on va faire de la musique dans quelques endroits du parc. Le salon contient un billard, une chambre noire, un clavecin, des pupitres chargés de musique et des tables de travail. Cette vie a l'air singulière, mais cependant peut être très heureuse. » Voilà ce qu'écrivait l'architecte Paris au retour de son excursion à Ermenonville, en 1779. On voit qu'après la mort de Rousseau son hôte ne changea guère son genre de vie. Les arts, la nature et la philosophie furent, comme

parle passé, les moyens de distraction delà société d'Ermenonville.

C'est peu de temps avant la mort de Jean-Jacques que le peintre alsacien Frédéric Mayer vint s'installer chez le marquis de Girardin. 11 avait été élève de Casanova et peintre ordinaire du duc des Deux-Ponts. Mais ce prince le lassa par d'innombrables commandes de scènes de chasse, et Mayer trouva à Ermenonville un Mécène de plus de goût et des paysages plus intéressants à peindre. Ses charmantes gouaches et aquarelles forment l'élément principal de « l'iconographie » d'Ermenonville. Stanislas de Girardin vante les charmes de sa société et sa simple amabilité. Il mourut au bout de dix-huit mois de séjour, et comme il était luthérien, on lui éleva un petit mausolée dans la grande île du fond de l'étang, derrière celle des Peupliers \

Hubert Robert nous a laissé également

I. Voii" un article sur Mayer dans la Revue Alsacienne (automne dernier).

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des vues d'Ermenonville, et une curieuse toile où l'île des Peupliers apparaît au fond d'un vallon alpestre, dominé de rocs sourcilleux : peut-être Fragonard fut-il un des hôtes du Mécène d'Ermenonville, qu'une vieille gravure^ appelle : « l'ami des hommes à talans » {sic). Cette gravure de Godefroy, est d'après un dessin de Gandat, le dernier peintre qui vécut chez le marquis de Girardin. 11 y mourut sous la Terreur.

Il y avait des concerts champêtres, comme nous l'a dit Paris, et des pupitres chargés de musique. Stanislas de Girardin, enfant, fut bon pianiste, même petit prodige, à ce qu'il raconte. Il apprit le violon en cachette avec son professeur allemand, malgré la défense de son père. Ils jouaient des duos la nuit. Mais le marquis s'en aperçut, il découvrit les criminels, s'emporta violemment et cassa les violons.

Le seigneur d'Ermenonville recevait de

I. Vue du tombeau de Rousseau. Robert et Fragonard avaient accompagné Girardin en Suisse et en Italie,

temps en temps nombreuse société. Il y avait de simples bals, philosophiques sans doute, mais non moins galants pour cela, et les bougies des salons se reflétaient dans le miroir de la rivière, par les belles nuits d'été.

Girardin était heureux aussi de la visite des littérateurs et des savants, des poètes comme Tabbé Delille, comme Sedaine, qui déjeuna dans la tour de Gabrielle. Cette tour, nous l'avons vu, rappelait le souvenir de Dominic de Vie, « le capitaine Sarrèdes », fait vicomte d'Ermenonville par le bon roi Henri. Sur la tour flottait le drapeau blanc ; à l'intérieur était la chambre à coucher de la belle Gabrielle d'Estrées, qui selon la chronique y aurait résidé avec son royal amant. Croyons-le de bonne foi, et c'est très probable qu'ils vinrent tous deux chez de Vie à Ermenonville; pour Henri IV c'est à peu près certain. Ces souvenirs donnaient lieu, en tout cas, à beaucoup d'inscriptions en vers et en prose. Donc Sedaine déjeuna

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avec les jeunes Girardin, dans la petite salle voûtée en briques du rez-de-chaussée, à une table ronde contournant un gros pilier central. L'aimable poète leva son verre à la mémoire du roi Henri et composa cette chanson, que Ton grava sur le pilier :

Sur l'air : De la belle Gabvielle.

De ce bon Henri IV Vous voyez le séjour, Lorsque las de combattre, Il y faisait l'amour.

Sa belle Gabrielle Fut dans ces lieux, Et le souvenir d'elle Nous rend heureux '.

Ce n'était pas méchant, ni très brillant, quoique de M. Sedaine de l'Académie Française, après boire, il est vrai.

Le marquis préférait aux jeux des poètes et des littérateurs les plus graves préoccupations des savants et des philosophes. Il eut de nombreuses relations scientifiques,

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