LES PÈLERINS DE L ILE DES PEUPLIERS I7I
il craignait les vandales, et exigeait qu'on se fît accompagner dans ses bocages, par un domestique, mais il voulait aussi que tous les visiteurs inscrivissent leur nom chez son concierge pour qu'un homme illustre, un savant, ne passât point à Ermenonville sans qu'il lui fît lui-même les honneurs de son domaine.
Plus tard le Premier Consul devait aussi méditer sur la tombe de Jean-Jacques.
« Il eût mieux valu, dit-il à son ami Stanislas de Girardin, que cet homme n'eût pas existé; il a causé la Révolution. — Il me semble, citoyen consul, répondit Girardin, que vous n'avez guère à vous plaindre de la Révolution. — L'avenir dira, répondit Napoléon, s'il n'eût pas mieux valu pour le repos de la terre que ni Rousseau ni moi n'eussions existé. »
Plus tard encore, un des ennemis vainqueurs de Napoléon, Blûcher en i8i4, vint saluer, entouré de son état-major, la tombe alors vide du philosophe de Genève ; et il
exempta le village d'Ermenonville, de tout logement de troupes et de toutes contributions de guerre.