L\ FIN DE L ANCIEN REGIME
plains plus, écrit-il au plus fort de ses chagrins, je brave tous tes décrets, barbare Destin, accumule tous tes forfaits, mais prends garde de m anéantir, ta proie t'échapperait. »
Ses dernières crises morales se passèrent sous la Révolution. 11 mourut dans la fleur de Tâge sous la Terreur ou après Thermidor. Il suivit les événements révolutionnaires avec une passion toute philosophicfue. Mais son âme était trop pleine de ses sentiments personnels, pour que les événements pussent Témouvoir autant que nous pourrions le penser. Il n'écrit sur eux que de courtes notes : les massacres de Septembre lui « soulevèrent le cœur », mais il en conclut que de telles atrocités se commettent parce c[ue l'amour ne règne pas parmi les hommes : « L'amour, écrit-il, est une passion exclusive, par consécjuent riiomme véritablement amoureux doit avoir peu de vices. L'amour rend doux, bon, compatissant... » Et plus loin : « Les
sentiments sont les seuls poids qui règlent la balance de la vie. Qu'il est doux d'aimer et qu'il est doux d'être aimé. L'ambition, la vanité, l'orgueil, l'intrigue, toutes les passions, en est-il une qui soit comparable à l'amour. Les sentiments sont les bienfaiteurs ou les bourreaux de l'humanité. »
« Philosophe », comme son père, Amable avait la même manière de se faire un petit dictionnaire avec des pensées détachées d'écrivains célèbres , et quelques réflexions personnelles. Il méditait sur les écrits de Rousseau, de Voltaire, de Montaigne, de Raynal, etc.
Gomme tous les gentilshommes d'esprit libéral, le marquis de Girardin vit avec de grandes inquiétudes et de grandes espérances la fin de l'Ancien Régime et les préliminaires de la Révolution. Gomment tout cela allait-il finir? Les abus et les désordres de l'Etat s'accroissaient, le gouvernement se trouvait dans une situation financière inextricable. D'autre part, les désirs de
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réforme gagnaient de plus en plus toutes les classes de la société : arriverait-on à réaliser ce gouvernement idéal, d'après les principes de Rousseau, que rêvait le marquis René de Girardin, avec une foi profonde dans son excellence et dans sa possibilité ? Les abus Tirritaient violemment. Ses droits de propriétaire terrien étaient lésés par la capitainerie d'Halatte, qui assurait un beau territoire de chasse au prince de Gondé, Girardin avait construit, dans un coin de ses bois, une cabane de charbonnier, que dominait cette inscription à la « meunier de Sans-Souci » :