LA FIN DE L ANCIEN REGIME I
le brevet de capitaine clans le régiment de Chartres où il était recommandé par sa tante la marquise de Polignac, intime du Palais-Royal. Ce régiment d'abord à Libourne, fut transféré au Mans, où le 7 juin 1789, les habitants offrirent au jeune capitaine la cocarde tricolore , en lui disant : « Elève de Jean-Jacc|ues , ton patriotisme te rend digne de la porter. » Il fut commandant de la Garde Nationale de la ville et membre du Conseil municipal, et le 7 décembre 1789, on lui décerna le titre de « citoyen du Mans ».
Il obtint à ce moment un congé et ne fut pas rappelé sous les armes pendant la Révolution. Il ne devait rentrer dans Tarmée c[ue sous le Consulat et l'Empire. Il commença à l'Assemblée baillagère de Senlis la brillante carrière d'orateur politique et d'administrateur qui ont fait sa célébrité.
Le second fils du marquis, Amable-Ours- Séraphin, le « petit gouverneur » de Jean-
Jacques fut tout différent de l'aîné. Dès son enfance il fut mélancolique et renfermé ; il « fuyait les femmes » par une sorte de crainte anticipée des passions violentes dont il devait souffrir plus tard. Il eut une âme semblable à celle des héros de roman de sa génération, des « Saint-Preux », des « Werther », des « Obermann », des « René », Misanthrope, très affligé de ses maux réels, mais surtout des chimères de son imagination, le « petit gouverneur » avait hérité de l'âme passionnée du vieillard pour qui il cueillait des fleurs.
Dans des cahiers de maroquin rouge, sur des papiers jaunis, nous avons encore les mémoires de sa courte vie orageuse. C'est en majeure partie une sorte de roman d'amour, où s'intercalent des lettres, par le style et l'accent semblables aux lettres de Saint-Preux, et de Julie d'Etange. C'était même une âme moins résignée que son maître Rousseau, toujours si confiant dans la bonté de la Providence : « Je ne me
AMABLE-OLKS- SERAPHIN
t' LE PETIT GOUVERNEUR » DE ROUSSEAU
D après une miniature peinte à l'époque de la Révolution Collection du marquis de Girardin.