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Le dernier banquet des girondins

A forme de ce petit écrit est devenue si commune, et j'aurois si mauvaise grâceàlutter contre les hommes de talent qui en ont fait usage , que mon premierbesoinestde me justifier de cette maladresse et de cette prétention.

Mes amis savent que les Girondiins sont composés depuis plus de six ans, et qu'ils ont subi au milieu d'eux l'épreuve de la lecture, avant que personne se fût avisé de cette alliance un peu adultère du drame et de l'histoire. Je ne chercherai certainement pas à prouver qu'elle vaille quelque chose comme objet d'art.

Ce qui m'importe est de me défendre d'un plagiat, et je n'attache d'ailleurs au reste de la question que l'importance qu'elle mérite; mais je ne suis pas éloigné de croire qu'un ouvrage de ce genre seroit aussi bon qu'un autre, si par hasard il étoit bon. C'est une hypothèse dans laquelle je suis complètement désintéressé.

. L'idée m'étoit donc venue, comme à

tout le monde , que la manière la plus vive et la plus saisissante de présenter

des personnages historiques étoit de les mettre en scène dans une circonstance solennelle de leur vie , et de leur faire parler, selon les traditions qui nous en restent, le langage qu'ils ont dû tenir alors. Cette combinaison n'étoit pas neuve, même quand je croyois l'inventer, et aucune école classique n'a fait grande estime des modèles que je suivois à mon insu. Pour les faits , c'est l'article du journal ou la relation del'almanach; pour les discours, c'est le pastiche; pour le dialogue, c'est le centon. Un brillant récit de M. Bailleul que

j'avois recueilli, à ving-cinq ans, en traversant Amiens, féconda lentement dès lors une pensée déjà familière à mon imagination. J'en vis surgir je ne sais quelle scène vivante et forte que je me flattai de mettre en action un jour, quand le privilège de la publicité seroit rendu aux écrivains indépendans. A vingt-cinq ans, on croit tout ce que l'on espère, et on espère tout ce qu'on a désiré.

C'est qu'il n'existoit rien, selon moi, de plus magnifique dans toutes les histoires du temps passé que ce banquet des martyrs de la liberté qui devisent entre eux de leur république chérie, de sa grandeur et de sa chute; des destinées

AU LECTEUR. i^

éventuelles d'un pays abandonné aux Barbares, et sans doute réservé à la tyrannie; des rôles passagers qu'ils ont joué sur le grand théâtre de la révolution , et qui vont tragiquement finir sur un écliafaud , mais qu'agrandit au delà de toute proportion l'approche d'une mort éclatante; et puis qui, ramenés par une résipiscence grave et sublime à réfléchir sur l'essence même de leur âme, consomment cette veillée glorieuse à s'interroger et à discourir sur l'immortalité, avec autant de liberté d'esprit qu'ils l'auroient fait sous les voûtes du Portique ou les ombrages d'Académus.

Imaginez-vous que l'élite du genre humain étoit représentée là, dans une salle

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de la Conciergerie ; le noble et le plébéien, le prélat et l'homme de guerre, le poète et le tribun, le spiritualiste épris de ses espérances et l'incrédule dupe de son savoir; et que tout cela , joyeux comme dans une soirée de fête, alloit mourir le lendemain. Il n'y avoit pour eux ni appel en cassation ni recours en grâce ; il n'y avoit pour eux ni combat à soutenir ni victoire à rêver; il n'y avoit que la guillotine et le bourreau.

Ce poème des Thermopyles de la liberté , vous le concevez mieux que moi ; c'étoit celui que je me faisois quand j'avois encore du travail , de la patience et delà vie à dépenser. A force d'y réfléchir, j'y renonçai avec le sentiment de dérision

amère que dut éprouver Dédale quaud il s'aperçut que ses ailes de cire fondoient au soleil. Je compris qu'il attendoit quelque Platon , qui daigneroit s'aider de la verve satirique d'Aristophane dans un tableau de l'école d'Eschyle; je pense encore, en vérité, qu'il ne faudroit rien de moins, et ce n'est pas cela, Dieu m'en est témoin , que je viens offrir au public , comme on dit dans les préfaces; mais un sujet pour le premier venu qui saura le sentir et le faire , comme je croyois le faire quand j'avois un avenir : sujet admirable à concevoir, sublime à exécuter, qui est à dix mille lieues de la portée de mes plus hautes ambitions, à

moi qui n'ai plus que dix pas à imprimer sur la face de la terre.

(( Vieillard, me diront les journaux qui font peser la responsabilité de ce titre respectable sur ma cinquantième année, qui peut donc vous déterminer à jeter aux yeux et aux dents de la critique une ébauche dont vous connoissez si bien les imperfections?.. »

Hélas, messieurs, c'est qu'elle m'avoit coûté des études assez longues , assez pénibles, des veilles assez laborieuses; et que les études et les veilles de ma jeunesse sont devenues la seule fortune de mon vieil âge. Produire, qui n'est pas pour moi une loi d'instinct, est pour moi

une loi de nécessité; loi naturelle, honorable, qui ne manque pas de douceurs tant qu'on a des forces pour la subir, car l'homme qui se plaint d'être obligé à travailler est à peine digne de vivre. Ces études cherchées avec amour, recueillies avec conscience, approfondies avec conviction , mais toutes pâles , toutes froides, toutes mortes, laisseront cependant peut-être un galbe au dessinateur, un effet au coloriste, une inspiration au peintre ou au poète. Mon éditeur l'a pensé, et je désire vivement qu'il ne se soit pas trompé, parce qu'on ne m'ôteroit pas tle l'esprit que ce livre sera beau quand il sera fait par un autre.

Ou'il me soit permis d'expliquer ici

iG AU LECTEUR.

l'importance que j'attache à mes matériaux, en réduisant toutefois leur valeur réelle à sa plus simple expression. Cela sera bientôt fait.

Les Girondins étoient les grandes figures historiques de mon enfance, les héros de la première tragédie qui eût frappé mes regards, les oracles de ma rhétorique. Je leur devois les premières émotions, les premiers sentiments qui fussent éclos dans mon cœur d'enfant; la sympathie, l'admiration, l'enthousiasme, je me pénétrois de leurs paroles et de leurs écrits; je les lisois, je les relisois, je les apprenois par cœur. Je m'identifiai peu à peu avec la partie la plus intime et la plus privée de leur vie; Je m'accoutumai

à vivre en imagination au milieu d'eux, à les observer dans le repos de la solitude, à les écouter dans la chaleur des débats. Je finis par me trouver quelquefois plus savant sur leur existence intérieure que la mémoire de leurs propres enfants , dont plusieurs sont devenus mes amis; quant à la forme de leur style, à la physionomie de leur langage, au caractère si imposant et si divers de leurs facultés tribunitiennes, c'étoient choses difficiles à imiter dignement, mais des gens d'une haute portée qui les ont bien connus m'accordent le mérite d'être vrai comme une contr'épreuve , et fidèle comme une version d'écolier. Mes tentatives en ce genre n'ont pas été entière-

ment infructueuses, puisqu'un de mes pastiches de Vergniaud, que je croyois avoir donné fort explicitement pour un pastiche, a pris place dans ses OEuvres.

Il est cependant facile de concevoir que cette esquisse étroite où l'homme ne paroît qu'un moment devoit nécessairement se ressentir de la contraction forcée du sujet. On ne jette pas vingt personnages dans un acte sans être obligé de les indiquer par des traits saillants qui sont plutôt leur charge que leur portrait. Ce seroit manquer l'objet de la composition la plus frivole que de reculer devant la circonstance qui caractérise un personnage , quand le drame entier profite de ce détail. J'ai donc pressé, condensé mes

notions et mes souvenirs , parce que les limites de l'action ne me permettoient pas de les étendre et de les développer. Vergniaud, qui avoit tant de goût, s'exprimoit autrementquepar apophthegmes poétiques ; il étoit simple , et souvent naïf dans le langage privé. Fauchetne revenoit que par boutades oratoires au langage biblique; il en avoit, hélas! parlé un autre. Mais l'homme que j'essayois de peindre, ce n'étoit pas l'homme considéré sous l'aspect général de sa vie ; c'étoit le conventionnel frappé d'un arrêt de mort, et que Samson attend à la porte. Le biographe embrasse tout; l'historien du dernier jour ne voit que la fin : le premier

peut ne rien négliger, le second se borne à étudier la crise et à raconter l'agonie. Il y a, d'ailleurs, dans une scène suprême comme celle-ci, quelque chose d'épique et de théâtral qui jette hors de leur système normal toutes les organisations humaines. C'est alors, si je m'en fais une juste idée, que doivent ressortir avec une vive saillie les moindres reliefs

du caractère, et se dessiner d'un trait vigoureux ses moindres linéaments. Le modèle insouciant, négligé, distrait dans le cabinet du poète ou dans l'atelier du statuaire , ne pose pas à demi devant l'échafaud. Il tombe s'il est foible, ou il est lui tout entier. Quand l'âme est près de

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se débarrasser de ses derniers langes, elle ne fait pas de façon pour se montrer à nu. Si la dernière nuit des Girondins n'est pas celle que j'ai conçue, elle a dû étrangement lui ressembler.

Elle lui ressembloit du moins dans tous les détails qui me sont parvenus, dans tous ceux qu'il n'est pas permis à l'histoired'inventer, et que j'ai puisés avec soin aux sources les plus authentiques.

Il suffit de s'être occupé quelquefois de composition littéraire, comme tout le monde l'a fait, pour comprendre à merveille que si j'avois créé mes épisodes, je les aurois créés autrement; on m'accordera sans doute assez d'intelligence des combinaisons vulgaires du roman ou

de la nouvelle, pour ne pas supposer, par exemple, que j'eusse mis en scène à peu (le pages de distance deux personnages accessoires trop semblables par leur dévouement, comme le domestique de Duprat et le suisse de Gensonné, si je n'avois dû accepter ce défaut par fidélité à mon système. Et cependant ce défaut seroit grave dans un sujet d'invention; mais je serois bien étonné s'il se présentoit souvent à l'avenir dans un sujet historique. Les ménechmes de vertu n'embarrassent pas nos phrénologistes. Les âmes généreuses ne se montrent pas tous les jours à la paire.

J'ai encore à me justifier d'avoir fait asseoir au banquet des Girondins trois

hommes détournés par l'expérience des voies de la république, et dont nos historiens, fort superficiels en cette matière, n'ont pas daigné constater avant moi le retour expiatoire aux vieilles doctrines sociales. Je citerai, dans les notes qui terminent ce volume, les autorités sur lesquelles je m'appuie à l'égard de Fauchet et de Duchâtel. Quant à Le Hardy, celui-là m'épargne la peine de prouver qu'il étoit royaliste. Il l'a dit. — Je me serois bien gardé de sacrifier une vérité de fait aussi essentielle, à l'entente d'un plan et à l'effet d'une opposition , dans un livre qui , en dernière analyse, n'est fait que pour renseignement.

Voilà bien des pages pour quelques pages qui ne méritent guère d'être lues, et qui ne sont bonnes qua refaire, comme je viens de le répéter formellement; mais j'ai une excellente raison pour défendre un de mes ouvrages qui n'a pas paru; c'est que le jour oii il a paru, je me hâte de l'oublier, ce qui m'a donné, durant toute ma carrière littéraire, vingt-quatre heures d'initiative sur le public.

DES GIUOINDINS.

Ils Crent en coiumuii un dcriiiL'i- repas, où ils furciit tour a loor gais , sérieux , éloqucus.

Thiers, Hisl. Je la liwuluUoii , tom. V, p. 3y I .

AINTIBOUL, Charles-Louis, avocat à Saint-Tropez, dcpulétlu Var, ài^é de 40 ans.

BOILEAIJ, Jacques, avocat et juge de paix à A vallon, député de l'Yonne, âgé de 41 ans.

BlllSSOr, Jac(iues-Pierre,ditde VVarville, né au villaçe d'Ouaiville, près de Chartres, homme de lettres, députe d'Eure-et-Loir, âgé de 39 ans.

CARRA , Jean-Louis, né à Pont-de- Veyle , homme de lettres, journaliste, gardien de la bibliothèque nationale, député de Saône-et-Loire , âgé de 50 ans.

DUCHATEL , Gaspard , né à Roabuçon, près de Thouars, cultivateur, député des Deux-Sèvres, âgé de 27 ans (I).

DUCOS ^ Jean-François , né à Bordeaux , homme de lettres, député de la Gironde , âgé de 28 ans.

DUFRICHE de YALAZÉ, Charles -Éléonore, né à Alençon, ancien lieutenant d'infanterie, avocat, homme , de lettres , député de l'Orne, âgé de 43 ans.

DUPERRETj Claude-Romain-Lauze , gentilliomme languedocien, cultivateur , député des Bouches-du-Rhône , âgé de 47 ans.

DUPRAT, Jean, né à Avignon, négociant, député des Bouches-du-Rhône, âgé de 33 ans.

FAUCHET, Claude, né à Dorne, dans le Nivernois, homme de lettres , prêtre , évêque constitutionnel du Calvados, député de ce département , âgé de 49 ans.

FONFREDE, Jean-Baptiste BOYER, né à Bordeaux, négociant, député de la Gironde , âgé de 27 ans.

GARDIEN , Jean -François -Marie, avocat, député de la Viemie , âgé de 43 ans.

GENSOIVNE^ Armand, né à Bordeaux, avocat, député de la Gironde , âgé de 35 ans.

LACAZE, Joseph, né à Libourne, négociant, député de la Gironde, âgé de 42 ans.

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LASOURCE, Marie-David-Albin, né à Angles en Languedoc, ministre de la religion réformée , député du Tarn, âgé de 38 ans.

LE HARDY, Pierre, né à Dinan , docteur en médecine , député du Morbilian, âgé de 35 ans.

LESTERPT-BEAUVAIS (B), né àFlorac, avocat au Dorât , député de la Haute- Vienne , âgé de 45 ans.

M AIN VIELLE , Pierre, né à Avignon, négociant-associé d'une maison de soierie, député des Bouches -du - Rhône , âgé de 28 ans.

SILLERY,charies-Aiexis(BRULARTdeGENLIS,

marquis de) né à Paris, député de la Somme , âgé de 57 ans.

VERGlNIAUDj Pierre- Victurnien, né à Limoges, avocat, député de la Gironde, âgé de 35 ans (II).

VIGrER, OU VIGE, Louis-François-Sébastien, né aux Rosiers en Anjou, ancien officier de marine, ancien magistrat, membre de l'Académie d'Angers; en dernier lieu, grenadier de volontaires; député de 3Iaine-et-Loire , âgé de 36 ans (III).

Jean-Baptiste MORAND , domestique de Duprat.

Pierre ROMONT, de Payeme, ancien cent-suisse, guichetier de la Conciergerie.

L'action commence le 30 octobre 1 793 à dix heures du soir, et finit le 31 octobre à on:,e heures et demie (IV).

L étoit près de dix heures, le 50 octobre i T95 au soir, quand les portes

delà Conciergerie s'ouvrirent, pour laisser

rentrer vingt-et-un prisonniers qui descen-

doient du tribunal.

Quatre guichetiers les précédoient, armes

de longues pelles de iVîi-, sur lesquelles étoicnt

5â LES GIRONDINS.

plantées des torches de résine brûlantes. Un groupe de soldats s'arrêta dans l'intérieur; le bruit des fusils et des piques annonçoit que l'extérieur étoit gardé. Ces militaires n'appartenoient à aucune troupe régulière ; ils ne portoient le chiffre ou l'uniforme d'aucun bataillon. Leurs moustaches épaisses^ leurs vêtements en désordre, leurs bonnets couleur de sang, le bruit rauque de leurs voix et de leurs rires, témoignoient assez qu'ils faisoient partie de ces janissaires de la commune , dont le peureux Hébert avoit stimulé le dévouement hideux à force de rage et de vin. C'étoit dans cette cohorte que les maires du palais recru toient depuis le 51 mai des témoins , des juges, des geôliers, des bourreaux. C'étoit septembre armé.

Les portes se refermèrent. Tous les prisonniers en jugement étoient rentrés. Une partie des prisonniers de l'intérieur avoient attendu leur retour dans les salles, autant qu'on le leur avoit permis , par complaisance pour les moins hostiles, par condescendance y^our les plus riches. Les autres l'épioient à travers les grilles des cours et les barreaux serrés des lene-

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très. Un sentiment de curiosité inquiète , de profonde et muette attention , les suivoit dans leur marche. Aucun cri ne s'éleva, car il avoit été impossible de trouver sur la physionomie des accusés du matin l'éclaircissement d'un doute qui tourmentoit tout le monde. On reprit courage, on espéra, on pensa qu'ils n'étoient pas jugés.

Le premier qui parut étoit un homme à peine parvenu à l'âge où l'on cesse d'être jeune pour commencer la vie sérieuse de la réflexion et de la maturité. Des formes élégantes; une tenue recherchée, un peu trop recherchée peut-être ; une phvsionomie vive, spirituelle, mobile, qu'animoit un sourire presque inaltérable dont l'expression riante, mordante, sardonique, suivant les occasions, révéloit quelque arrière-pensée malicieuse, formoient les traits caractéristiques de ce député. Sa vaste chevelure renversée sur le front et chargée de poudre à la manière du temps , mais dans laquelle il aimoit à passer souvent la main, sans craindre d'en déranger la symétrie, prêtoit à sa tête élevée, foiblement penchée en arrière, un air de majesté très-fa-

vorable à la pompe du débit oratoire. Il marchoit avec l'aplomb d'un ministre qui va prendre possession du cabinet, et parloit en marchant, avec l'attention d'un homme qui veut être écouté , à ceux de ses collègues qui l'entouroient, dirigeant tour à tour sur chacun la portée de sa phrase infaillible, mais sans élever la voix, sans gestes, sans mouvements passionnés, sans inflexions véhémentes, du ton d'un causeur indifférent , avec la limpidité facile d'un discours qui coule de source, et dont aucune passion profonde, aucun intérêt pressant, aucune émotion sensible ne trouble le cours naturel. Autour deGensonné, — c'est le nom de ce personn âge à l'attitude calme et à l'esprit reposé — ,gravitoient en quelque sorte, comme suspendus à ses paroles , avec une avidité curieuse mêlée de soumission et de respect, Lacaze, Gardien, Lesterp- Beau vais, Antiboul, les cliens les plus assidus de ce talent égal et pur qui a voit honoré dix ans le barreau et la tribune. Ceux-ci , dont les traits ne manifestoient d'ailleurs d'autre impression que celle d'une déférence silencieuse, sembloient retenir leur haleine et suspendre leurs

pas pour ne rien perdre de ces accents d'une éloquence grave et douce que le groupe suivant couvroit de moment en moment d'éclats tumultueux.

C'est que les trois hommes qui venoient ensuite se trouvoient rarement réunis sans qu'il s'élevât entre eux une contestation orageuse^ quoiqu'il existât d'ailleurs à peu de chose près une grande analogie dans leurs affections et leurs principes ; mais il ne falloit qu'une étincelle pour allumer dans ces âmes inflammables de violents incendies qu'un souffle éteignoit aussi aisément. L'ardente exaltation de leur caractère étoit si connue à la Convention nationale, qu'on ne les auroit pas vus sans étonnement dévouer leur vie à la cause périlleuse de l'ordre et de la modération , si cette alliance d'une organisation impétueuse et d'une profonde bienveillance avoit été alors un phénomène nouveau , surtout pour les observateurs qui ont étudié le tempérament moral de quelques-unes de nos provinces. Duperret, dont quarante-six hivers n'avoient pas refroidi la fougue languedocienne , étoit un de ces gentilshommes à l'éducation cheva-

56 LES CIROXDINS.

leresque et aux traditions de duel et de guerre, dont les mœurs de castel, exemptes de l'influence de la cour, a voient conservé jusque là sans altération le vieux type d'héroïsme barbare et de galante politesse qui distingua les paladins; amis sûrs, ennemis courtois comme les héros des Amadis, mais qui faisoient passer au dessus de toutes les doctrines la dernière raison de l'épée ( Y ). Yiger, angevin mobile à la tête bretonne , ne s'étoit arrêté à rien dans le choix de sa carrière sociale, mais il a voit touché à tout. Officier de mer, officier de terre, homme de loi, magistrat, littérateur, académicien, il s'étoit fait simple soldat dans l'âge mûr, et l'esprit des camps avoit prévalu sur ses autres penchants, quand il vint subir pendant quelques jours sa dernière métamorphose au sénat d'un peuple en révolution. La vie pratique du troisième auroit dû le placer sur une ligne bien différente, mais Lasource étoit pénétré aussi des feux de ce soleil méridional qui fait bouillir le sang jusque dans les veines d'un ministre de paix. Interprète de la parole de Dieu dans le culte réformé, personne n'avoit payé

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cependant un plus large tribut aux passions effrénées du temps. Sa dialectique impétueuse ne s'épanclioit d'ordinaire qu'en agressions et en menaces , et ses emportements se prenoient souvent à ses propres amis dans les discussions les plus pacifiques. Une sympathie difficile à expliquer, à moins qu'elle ne résultât du besoin de la dispute, avoit étroitement rapproché dans la prison ces trois tribuns de fer dont les formes anguleuses ne se heurtoient jamais sans fracas. On ne fut donc pas surpris de les entendre parler avec» une violence qui leur étoit habituelle , et que la parole incisive et cavalière, mais plus euphémique et plus posée de Duperret, ne parvenoit point à calmer. On ne supposoit pas qu'ils pussent parler autrement. On se demandoit seulement par quel hazard l'intrépide Valazé manquoit à ce groupe querelleur oii il avoit coutume de faire sa partie avec une énergie de légiste pro- . fès, qui justifioit la réputation des imperturbables bretteurs de Caen et dAlençon. On le chercha inutilement dans la foule. Valazé n'y étoit pas.

Derrière eux marchoit un homme seul qui

ne témoignoit nulle envie de se rapprocher de personne, et qui se suffisoit à lui-même dans un soliloque monotone dont on ne perdoit pas une parole, tant il avoit soin de le répéter à chaque station , mais qui n'en étoit pas moins inintelligible pour les écoutants. « Yive la répubhque! disoit Boileau, le juge de paix d'Avallon, en frappant à coups réitérés sur sa tabatière : « Vive la république une » et indivisible ! vive la Montagne impéris- » sable! je ne suis pas fédéraliste moi! je suis » un bon et sinœre montagnard ! »

Cette profession de foi, trop tardive dans le député naguère autrement inspiré, qui avoit appelé Marat un monstre quelques mois auparavant, excitoit à des degrés différents la gaieté de deux couples amis qui s'avançoient presque ensemble sur les pas de Boileau , la figure épanouie et les bras entrelacés. C'étoient quatre jeunes gens.

Des premiers, l'un avoit la physionomie plus calme et plus réfléchie que les autres. On devinoit à le voir que son front de vingt-sept ans avoit pu déjà se rider au souci des passions et des affaires, et que ce qui lui man-

quoit d'expansion tenoit moins à une préoccupation momentanée qu'à une ancienne habitude. Le second avoit toute la vivacité de son âge, et son œil assuré, radieux, resplendissant d'une pure joie, brilloit de cette assurance étourdie qui ne messied pas à une forte jeunesse. Il fredonnoit un refrain, essayoitunair, improvisoit un couplet, et puis il échangeoit avec son compagnon un regard et un sourire, car ils étoient unis par un étroit attachement dont quelque alliance de famille avoit encore resserré le lien fraternel, et l'histoire même embrassera dans un souvenir commun les noms jumeaux de Boyer-Fonfrede et de Ducos.

L'autre couple étoit animé d'une gaieté plus bruyante, qui se manifestoit d'ordinaire par des éclats étourdissants, mais qui sembloit enchérir ce jour-là sur sa folie accoutumée. Aussi le nom des deux négociants d'Avignon, Duprat et Mainvielîe, couroit sur la bouche des spectateurs, long-temps avant qu'ils eussent paru. Le rôle violent et sans excuse qu'ils avoient joué dans les révolutions de leur malheureuse patrie paroissoit cependant de nature

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à leur laisser des souvenirs assez austères pour tempérer ces joyeux emportements , mais, revenus depuis quelques mois à des sentiments plus doux, ilsgoùtoientle prix de leur retour aux idées sociales et de leur expiation précoce, Mainvielle surtout, qui n'avoit fait dans la Convention nationale qu'une apparition d'un moment, et que les brutales antipathies de la Montagne avoient jeté dès le jour de son admission dans le parti modéré (VI). Agé de vingt-sept à vingt-huit ans, il étoit avec Duchâtel le plus beau des accusés , et la douceur de ses inclinations naturelles, rendues à leur propre instinct, avoit promptement racheté les torts vrais ou faux que lui donnoit sa réputation ; car il y a des jours dans les annales d'un peuple en délire où la plus simple résipiscence peut avoir tout l'héroïsme de la vertu. On auroit dit que la providence indulgente eût voulu le payer, même sur la terre, du courage de cette libre réparation, en lui épargnant jusqu'à la tristesse du remords. Son rire naïf et inextinguible, comme celui d'un enfant heureux de peu de chose, avoit souvent troublé à la tribune le montagnard le

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plus intrépide; il avoit enrichi d^un accompa- [jnement bizarre la basse solennelle de Danton et les glapissemens féroces de Marat. Devant le tribunal révolutionnaire , on venoit de l'entendre couvrir dix fois la voix fausse et vagissante de Fouquier-Tinville, les cris des huissiers, et la sombre rumeur de l'auditoire. Au moment où nous parlons, il l'interrompit tout à coup pour déployer les grâces de sa belle tournure , et rajuster d'une main nonchalante les boucles dérangées de ses cheveux. Il croyoit avoir a})erçu une femme qui se montroit à peine, en effet, à travers les ombres de la cour, appuyée sur le bras d'un guichetier compatissant et sensible — il y en avoit un alors à la Conciergerie — ; mais ce quecherchoit le regard attentif et inquiet de cette femme, ce n'étoit pas Mainvielle.

Cette diversion subite permettoit h Brissot d'achever quelques phrases qu'il adressoit à son plus proche voisin. Le premier de ces interlocuteurs étoit un homme de trente-six ô quarante ans, grêle, court, un peu contrefait, dont la figure commune n'oifroit de remarquable qu'une excessive pâleur encore aug-

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mentée par les veilles et par le travail. Ses vêtements étoient fort simples, mais d'un goût singulier, ses cheveux ronds, plats et sans poudre, comme ceux des quakers, et toutes ses manières empreintes d'une sorte d'originalité qu'on n'auroit retrouvée d'ailleurs ni dans ses discours ni dans ses écrits. Comme publiciste et comme philosophe, il ne s'étoit distingué de la foule des hommes qui ont acquis par l'étude un assez grand nombre d'idées, et qui ne les expriment pas mal, qu'à la faveur de quelque teinture des langues étrangères, et des nouvelles sciences politiques qui avoient produit la révolution. Comme orateur, il étoit plus riche en pensées qu'en formes et plus disert qu'éloquent , mais il possédoit le genre de talent oratoire le mieux approprié au besoin des gouvernements représentatifs, l'érudition des affaires et la lucidité des expressions. Il avoit commencé par affecter les manières de Jean- Jacques Rousseau à qui ses amis le comparoient volontiers , et s'il lui étoit fort inférieur en génie, il ne lui cédoit pas du moins en probité de caractère et en chaleur de sentiments. Il est vrai de dire

que dans toutes les circonstances où la fortune auroit pu le placer , Brissot auroit été un homme remarquable , et qu'entraîné au-delà de sa portée naturelle par le véhicule des révolutions, il avoit quelque droit de se regarder comme un homme extraordinaire. Cette conviction lui inspiroit pour lui-même une sorte de complaisance qui se manifestoit dans sa manière de s'exprimer, ou pour mieux dire dans l'attention caressante avec laquelle il s'écoutoit. Aussi les explosions extravagantes de Mainvielle et de Duprat l'avoient désagréablement interrompu dans l'allocution qu'il adressoit à Carra, quand elles commencèrent à éclater sous les voûtes de la prison.

Celui-ci étoit de tout le parti de la Gironde l'homme qui inspiroit le moins d'intérêt. Cinquante années aventureuses passées à travers l'Europe dans des professions occultes et même suspectes, s'il falloit en croire les chroniques diffamatoires de la basse littérature; une réputation au moins obscurcie par des préventions qui n'avoient jamais été entièrement justifiées, mais qui n'avoient jamais été entièrement détruites ; un genre d'instruction

AA LES GIRONDIISS.

peu national qui ne se composoit que de notions hétéroclites sur les subtilités de la physique ou sur les vaines hypothèses de l'étymologie ; une conversation diffuse et indigeste où se confondoient les opinions les plus disparates, les propositions les plus téméraires, les paradoxes les plus effrénés , dans un chaos d'hyperboles effrayantes d'exagération et de mensonge ; la violence enfin de ses doctrines politiques qui ne paroissoient se modérer que depuis le procès du roi, tout se réunissoit pour mal disposer en sa faveur le grand nombre des esprits raisonnables; et cependant, on convenoit *issez généralement dans le cercle étroit de ses habitudes familières , oii il étoit mieux connu et devoit être mieux apprécié, qu'il y avoit de la bonne foi dans son charlatanisme et de la candeur dans sa folie. Brissot, qui en faisoitpeu de cas, ne dédaignoit pourtant pas son entretien , parce qu'il lui trouvoit quelque aptitude à le suivre dans ses raisonnements, et des connoissances d'ailleurs extrêmement rares parmi les membres les plus éclairés de la Convention. Pour cette fois, Carra ne Tavoit écouté qu'imparfaitement. Il

étoit préoccupé lui-même de sa grande théorie physique sur l'éternelle reproduction des modes et des accidents de la matière, la plus creuse, la plus vivace et la plus obstinée de ses chimères philosophiques , et il regrettoit amèrement de la laisser imparfaite, car il doutoit, non sans motif, qu'aucun de ses adeptes en eut conservé l'entier souvenir avec tous ses syllogismes, tous ses dilemmes, tous ses théorèmes et tous ses corollaires.

Quoique Brissot s'arrêtât de temps en temps pour insister par une pause calculée sur une nuance importante de sa pensée, on remarqua quelque vide entre eux et le député qui les suivoit; et on put juger à l'espèce d'affectation avec laquelle ce nouveau personnage s'isoloit, que ce n'étoit pas sans dessein qu'il se tenoit si soigneusement éloigné de ses collègues. Son âge étoit déjà assez avancé, mais la supériorité qu'il paroissoit rechercher devoit être fondée sur une autre espèce de droits, car il avoit conservé dans ses manières quelque chose d'aisé, de poli et de gracieux qui appeloit la bienveillance et ne demandoit pas le respect. Ce n'étoit, aie bien considérer,qu'un jeune homme

vieilli par le temps et non par le caractère. Ses cheveux même ne trahissoient pas ses années , tant les soins de la toilette en avoient habilement dissimulé la blancheur. Une propreté élégante que rehaussoient quelques ornements d'un luxe alors réprouvé ; les bijoux qui étinceloient à ses doigts , et qu'il livroit au jeu de la lumière en déployant sa main à travers les nœuds flottants de sa cravate, son port droit et cérémonieux, sa marche courte et méthodique, le sourire même d'une haute bonté qui voloit sur ses lèvres protectrices , et qui répondoit de côté et d'autre a tous les regards , tout annonçoit en lui un courtisan tombé dans les rangs populaires par l'effet des événements qui venoient de s'accomplir, et impatient de ce rôle déplacé qui l'avoit assimilé malgré lui à de simples citoyens. Cet aristocrate de la Gironde étoit en effet un homme de cour qui passoit pour n'avoir ambitionné la faveur de l'opinion que dans l'intention d'en faire hommage à une amitié élevée, mais dont la conscience naturellement droite a voit depuis long-temps sacrifié l'une et l'autre aux devoirs de l'honnête homme. Satisfait d'é-

chapper par la mort même à la responsabilité de sa vie historique , il reprenoit avec fierté rascendant qu'il croyoit tenir de son rang et de sa naissance , et le moment de sa chute du faîte des honneurs populaires l'avoit replacé tout à coup à ses propres yeux au-dessus de ' ses égaux de la veille. C'étoit encore la familiarité complaisante du collègue, mais relevée par l'abandon sans conséquence du grand seigneur.

Sillery, que nous venons de voir, étoit le plus âgé de ces hommes d'état que la Convention muette de terreur avoit abandonnés le â juin aux fureurs de la Montagne. Duchâtel, qui marchoit après lui , aussi solitaire et plus pensif, en étoit le plus jeune. Élevé dans les soins d'une ferme , quoique sorti d'une famille qui avoit, dit-on, des prétentions à la noblesse, son enfance robuste s'étoit développée an miheu des mâles exercices et des pratiques religieuses du Vendéen , mais la guerre civile le surprit à cet âge où aucune opinion n'est invariablement formée, et où les illusions deviennent facilement des passions quand elles ont de la grandeur. Duchâtel combattit pour

la révolution contre ses compatriotes, et son nom ne resta pas sans gloire dans cette guerre françoise où il y a voit du courage et de l'honneur sous les deux drapeaux. On apprit cependant qu'il s'étoit refusé à tout avancement, et à cette époque où deux hautes vertus des républiques , le désintéressement et la modestie, étoient, par une exception rare dans notre histoire, estimées à leur valeur, le soldat se vit avec surprise transformé en député, sans avoir ambitionné ces nouveaux hasards plus dangereux que ceux des batailles. C'est ainsi que Duchàtel étoit venu s'asseoir à vingtcinq ans dans la Convention nationale, et qu'il y avoit assisté à l'ouverture du procès de Louis XVI. L'aigreur de ces débats, si peujudiciaires et si étrangers à ses mœurs , avoit consterné son cœur ; épouvanté de l'importance inattendue de sa mission, et des étranges devoirs qu'elle alloit lui imposer, il fut près de succomber aux émotions douloureuses qui enveiiimoient de jour en jour ses blessures mal cicatrisées. L'héroïsme de T humanité le défendit seul des atteintes delà maladie, et mourant, il se fit porter à la tribune, pour y proférer

SOUS les menaces et sous les poignards un vote d'absolution. Cette circonstance solennelle avoit laissé dans son caractère, dans ses habitudes, dans ses traits, une profonde impression d'attendrissement et d'effroi , que la rare beauté de ces formes et de cette figure apolloniennes dont parle Louvet rendoit encore plus pathétique. Aucun sentiment agréable n'a voit semblé depuis éclaircir sa physionomie naturellement grave et rêveuse. On le voyoit immobile , silencieux , pénétré d'une préoccupation inconnue, comme un homme qui cherche à se recueillir et à se rendre compte d'un mystère pénible et mal débrouillé. Dans la soirée du 50 octobre, on ne remarqua pas sans surprise qu'une sérénité qui indiquoit l'oubli des inquiétudes et le calme du cœur, commençoit à renaître sur son visage. Seulement, quand il traversa la partie de la cour intérieure oii la coquetterie présomptueuse de Mainvielle avoit été éveillée par une vision fugitive, il s'arrêta un moment, les regards fixés sur le même point, pour y chercher sans doute le même objet , qui parut en effet avec la rapidité d'une ombre, et

50 LES GIROJNDINS.

puis disparut dans le corridor, derrière une porte qui redescendoit lourdement sur ses gonds (VII). Duchâtel avoit imposé sa main sur son front, en élevant ses yeux vers le cjêI; mais sa main étoit retombée , son front étoit aussi pur qu'auparavant, ses yeux brilloient d'une pensée douce qui n' avoit plus rien de vague ni d'incertain ; ses lèvres sourioient sans amertume; le bruit de l'absolution des accusés, qui n'avoit cessé de s'accroître sur leur passage , finissoit de se confirmer, quand un nouveau spectacle renouvela toutes les anxiétés, et les termina.

Dix-sept accusés étoient rentrés dans le parloir des prisonniers, et vingt-et-un le matin avoient franchi le préau. Ce calcul occupoit tous les esprits quand survint un dernier groupe, qui offroit plus de profondeur apparente que les autres, quoiqu'on jie vît se dessiner que trois têtes au-dessus de cette masse projetée en ombres noires par la clarté des derniers flambeaux ; et on en conclut que les hommes qui la fermoient dévoient marcher courbés, parce qu'ils portoient quelque chose*. f:^i> • M ! .:,•>!'

Les deux premiers des arrivants étoient bien connus de leurs compagnons de captivité, qui avoient eu assez de temps pour se faire à leurs mœurs et à leur esprit, dans l'intimité de la prison où toutes les âmes se mettent à découvert , et personne ne s'étonnoit de n'avoir pas encore aperçu Vergniaud, qui arrivoit partout le dernier, parce que , dans ses distractions habituelles, il avoit toujours oublié quelque chose. C'étoit donc Yergniaud d'abord, Yergniaud , le front haut, l'œil errant sur tous les objets sans les regarder , imposant dans l'abandon même de sa démarche et de ses manières , de toute la grandeur qui s'attachoit au souvenir de ses paroles; insouciant de la minute qui venoit de s'écouler, insouciant de la minute à venir; la main droite occupée à jouer dans les breloques de sa montre , comme à la tribune du manège; la main gauche égarée des plis de son jabot fatigué aux touffes mal ordonnées de ses cheveux qu'il avoit laissé croître depuis qu'il n'avoit plus de domestique ; Yergniaud rêvant , et qui pourroit dire à quoi Yergniaud revoit, si ce n'est à l'objet le plus étranger à sa situation présente , au

thème imparfait de son premier plaidoyer, au mouvement interrompu de son dernier discours, à une idée, à un sentiment dont le fil alloit se rompre dans sa vie-

A son oreille se penchoit un homme beaucoup plus âgé , sans être vieux, qui murmuroit d'une voix grave comme les chants de l'église quelques paroles puissantes, car Yergniaud tournoit de temps en temps la tête de son côté avec un commencement d'attention qui ne tardoit pas à s'évanouir. Celui-ci étoit un prêtre en effet, et sa longue chevelure tonsurée ,qui descendoit sans soin sur ses épaules, annonçoit qu'il avoit repris dans la captivité les insignes respectables de son ancien état, comme il en avoit repris le langage, car Fauchet avoit abjuré depuis près d'un an l'argotisme puéril des sociétés secrètes , si cher à son ami Bonneville (VIII), son rival d'éloquence et d'ingénuité , pour revenir aux magnifiques inspirations de la Bible. Ce grand caractère de la pensée qui s'étoit manifesté dans ses derniers discours , et qui avoit souvent frappé Yergniaud lui-même, se reproduisoit depuis dans les moindres élans de sa vive sensibilité ,

dans les moindres détails de ses causeries familières.— Etc'étoit ce prodigieux ascendant de la seule langue oratoire qu'iln'eûtpas connue, qui saisissoit par moments l'attention étonnée de \ ergniaud , trop fidèle aux leçons des orateurs classiques dont il auroit été le maître.

Le troisième , c'étoit le bon docteur Le Hardy, sage et savant médecin de Dinan , fort ignoré aujourd'hui des biographes, quoique l'exemple de sa nomination ne soit pas à dédaigner chez un peuple qui cherche encore un bon système électoral , et qui n'est guère sur la route de le trouver , s'il faut s'en rapporter aux apparences. L'acte de son élection porte qu'il a été choisi à l'unanimité et par acclarnation, comme le plus homme de bîenÇLlL).

Le Hardy soutenpit de ses deux mains une tête abattue sur une espèce de claie couverte d'un drap sanglant.

Et on comprit alors pourquoi on n'avoit compté que vingt Girondins.

Le convoi tout entier fut enfin réuni dans la salle où les députés s'assembloient chaque soir pour prendre leur repas. La table étoit servie, les sièges disposés. Un vieux serviteur,

étranger à la maison, mais qui étoit parvenu à s'y introduire j un guiclietier h la mine sévère , mais aux soins compatissants , que nous avons déjà entrevu prêtant l'appui de son bras à une pauvre et tendre femme, en a voient fait les apprêts.

Les porteurs déposèrent leur charge au fond de cette salle, et précisément au-dessus du fauteuil où Vergniaud se laissoit tomber négligemment, en vertu des droits non abrogés de sa dernière présidence.

Le Hardy, qui les avoit accompagnés jusquelà d'un air d'attention religieuse que n'éclairoit aucune lueur d'espérance , découvrit le cadavre de Yalazé. Il détacha les vêtements qui cachoient sa blessure , en approcha un flambeau, la sonda du regard et du doigt, fit deux pas dans la salle, et dit d'une voix ferme et posée : — Le coup a pénétré le cœur; il est mort.

— Docteur, répondit Vergniaud, sacrifiez un coq à Esculape , voilà déjà un de vos malades guéri.

C'est alors seulement que l'on fut vague-

ment informé à la Conciergerie des choses qui venoient de se passer au tribunal. Tous les accusés étoient condamnés sans exception , et ils avoient accueilli leur sentence par le cri de : Vive la république! On n'en remarquoitpas plus de quatre qui nese fussent point unis à leurs collègues dans cet élan solennel, Fauchet, Ducliàtel, Le Hardy et Yalazé; les trois premiers, distraits par une méditation inaltérable qui sembloit les absorber depuis le commencement de la procédure , et qui les avolt rendus étrangers à tous ses détails ; l'autre occupé à se dérober à ses bourreaux sans les avertir par un cri ni par un mouvement. Il dirigea le fer avec une impassibilité si sûre qu'on ne s'aperçut pas de la plus légère émotion dans ses traits; et quand il échappa aux mains de G ensonné, qui s'efforçoit de le retenir assis sur sa banquette, en lui disant : Que fais-tu donc , Valazé, as-tu peur?... — quand il répondit : Je meurs, avec le calme stoïque de Brutus , ^Jalazé mouroit en effet. Sa dernière parole, c'étoit son dernier soupir.

Les différents personnages de l'action que jious' essayons de décrire s'étoient distribués

fîG LES GIRONDINS.

sur différents points de la salle du festin, les uns en poursuivant l'entretien commencé , les autres en se rapprochant selon les affections ou les intérêts qui pouvoient les occuper encore, et le bruit de quelques conversations confuses veuoit expirer autour de Yergniaud qui ne prenoit part à aucune. Faucliet cependant ne s'étoit pas éloigné de lui, et ses paroles empruntoient une nouvelle majesté de l'appareil tragique qui l'entouroit^ car sa tête élevée se perdoit presque dans les plis du linceul de Yalazé : — Oui , disoit-il , une main étendue dans l'attitude de la prédication, oui, Yergniaud , ceci est une des réparations que le vengeur s'étoit réservées dans sa colère, et trop heureux le genre humain s'il les épuise sur nous! Le sang appelle le sang, et quiconque a tué de l'épée sera dévoué à l'épée.

— Sacrifice pour sacrifice , ajouta Duchâtel en les rejoignant ; après riiomic?.de, l'expiation.

Yergniaud regarda Duchâtel avec quelque étonnement.

— Eh quoi , dit-il , monsieur Duchâtel ,

LES GIRONDINS. o7

nous faites- VOUS entendre le chant du cigne? Jamais, continua-t-il en souriant , vos lèvres nobles et pures ne s'étoient ouvertes à un pareil nombre de syllabes ! la terreur qui délie quelquefois la langue des muets produiroitelle sur vous le même effet que sur l'enfant deCrésus?

— Je n'ai point de terreur , répondit Ducliâtel. Je vais mourir. La terreur est pour les coupables.

— Arrêtez, reprit vivement Vergniaud en promenant un regard inquiet à ses côtés , comme s'il avoit craint que le bruit de cette conversation ne parvînt à des auditeurs qui ne seroient pas aguerris à l'entendre; — arrêtez, Duchâtel , et songez que c'est un rôle trop cruel pour votre âge et pour votre caractère que celui deNémésis au chevet des mourants. — Permettez-moi de croire d'ailleurs que les yeux du juge devant lequel ma conscience est prête à se développer sont plus infaillibles (jue les vôtres, et daignez attendre , pendant quelques heures, cet incompréhensible demain sur lequel je compte comme vous ,sans le re-

douter davantage. Nous avons admiré votre vertu de conviction et de dévouement; pourquoi ne prendriez-vous pas en pitié notre pénible et rigoureux courage? Croyez-vous qu'il n'ait rien coûté? Ce n'est pas l'action qui fait la faute ou le crime aux yeux delà justice éternelle, c'est la conscience. La solution de la question fatale qui nous a divisés n'e*t pas suspendue pour long-temps. Si votre foi est vraie, si mes espérances ns m'abusent point, elle viendra retentir à nos oreilles, avant que l'aiguille des heures ait achevé de parcourir ce cadran où elle marche si vite. Contenez d'ici là dans votre cœur généreux , — réprime, Fauchet, dans le tien — une expansion qui troubleroit la fête de nos adieux, peut - être éternels ! car rien de l'homme n'est invinciblement démontré à l'homme.

Nous descendons dans l'antre de la Sibylle, et les oracles ne sont pas pour aujourd'hui.

Fauchet s'assit. Duchâtel tendit la main à Yergniaud, parce qu'il l'aimoit; et cette discussion sur une affaire solennelle où la moitié des Girondins avoit rompu violemment avec l'autre ne se renouvela plus.

La confusion des groupes et des discours alloit toujours en s'augmentant, et ce n'étoit pas sans peine qu'on y pouvoit saisir çà et là (juelques phrases éparses, brusquement enveloppées par des voix confuses, que dominoient de loin en loin les rires bruyans de Ducos et de Main vielle.

— Qui nous empêcheroit plus long-temps , s'écria enfin celui-ci , de prendre place à un repas délectable, à un repas digne, s'il en fût jamais, des voluptueuses soirées d'Hérault- Séchelles , de Quinette et de Danton , avec la brune Gabrielle et JUyrine l'évaporée (X)?

— J'y reconnois les soins de Bailleul (XI), ajoutaDucos, et je conviens qu'il a présidé en conscience à l'ordonnance du festin. Il manque seul au nombre de nos convives ordinaires , et c'est la première fois que notre amitié trouve à se consoler de son absence. Nous lui voterons des remerciements, le verre à la main.

— Cela vaudra mieux pour lui, reprit Mainvielle, que le baiser fraternel dans le panier de Samson. — Et Mainvielle rit.

'— La séance est ouverte, dit Vergniaud. Je vous convoque au repas libre des anciens chrétiens. Laissons rugir jusqu'à demain les tigres qui nous attendent.

Tout le monde étoit assis , à l'exception de Duprat qui serroit la main d'un vieux serviteur que nous avons aperçu en passant ;, et qui lui adressoit d'un air presque filial des paroles d'amitié.

— Je te cherchois, Baptiste, et je m'étonnois de ne pas te voir. Oublies-tu que j'aime à commencer le souper en échangeant avec toi une large rasade? il seroit un peu tard aujourd'hui pour renoncer à mes habitudes.

— Je vous demande pardon, monsieur, répondit Jean-Baptiste Morand (XII) à demivoix, mais j'étois si pressé de m'informer... et on ne sait à qui se fier dans cette maison... — Il y en a qui parlent des fers, de la détention à perpétuité, de la déportation... — de la mort!

Il se baissajusqu'à l'oreille de son maître, qui s'asseyoit à côté des autres pour lui dérober une émotion involontaire dont il avoit honte.

— Quelques-uns de ces messieurs seroientils en effet condamnés... Mon Dieu! condamnés à mourir!...

— Nous le sommes tous, Baptiste , condamnés tous à mourir demain , sauf ce diable de Valazé qui s'est bravement tiré d'affaire , pour ne pas avoir de comptes à régler avec le bourreau; et je me trouverois trop heureux de pouvoir faire la même espièglerie à mes créanciers, si Emilie... pauvre Emilie ! que va-t-elle devenir ?...

Jean-Baptiste s'étoit laissé presque défeillir au commencement de la réponse de Duprat, et il se retenoit à peine au bois de la chaise de ce beau jeune homme qu'il aimoit tant; car Jean -Baptiste avoit été son père nourricier. — A ces derniers mots qui retcntissoient plus loin que Duprat ne l'auroit voulu, à ce sanglot qui trahissoit le désespoir secret du rieur, et qui suspendit un moment la distribution du souper, Jean-Baptiste se releva aussi droit que le lui permettoit sa longue stature, un peu courbée par le temps :

— Vos créanciers , monsieur , vous n'en

(iâ LES GIRONDINS.

avez plus , dit - il avec fermeté. Il vous redevoient quelque chose, et ils ont été contents de tout prendre. Quant à madame, elle conserve cette petite maison de Villeneuve qu'elle préféroit à celle d'Avignon, et il lui reste avec son domaine, en pleine propriété, les dix-sept cent trente livres de rente de Jean-Baptiste Morand.

— Votre fortune , Baptiste , après avoir arrangé mes affaires, selon toute apparence, (lu produit de quelques autres épargnes que vous aviez faites dans mon commerce, au temps passager de sa prospérité!... Mais que vous restera-t-il, à vous ?. . .

— L'amour et la crainte de Dieu où j'ai été élevé, monsieur; et puis du pain chez madame Duprat. Je n'ai jamais eu d'autre ambition. J'ai commencé par votre pain, et je finirai par votre pain , en tout bien tout honneur , sans avoir fait tort à personne. J'aurois passé avec vous le peu de jours que j'ai encore à vivre. S'il faut que vous partiez le premier... — Hélas! cela est donc vrai ! — je serai jusqu'à la mort le fidèle domestique

LES GIRONDIISS. 63

de madame Duprat et de vos enfants, comme j'ai été celui de votre père et le vôtre. Je ne me connoissois point de famille ; Je n'ai jamais eu qu'un fils à caresser au berceau, et c'est celui que vous êtes venu remplacer dans les bras de ma femme. Elle aussi s'en est allée , sans me laisser aucun devoir à remplir sur terre. Le Seigneur soit Icué en toutes choses ! Tout ce que je possédois me provenoit de vos parents qui m'ont fait presque riche, et de vous, monsieur, qui preniez plaisir à grossir mon mince trésor de vos libéralités de jeune homme. — Je disois en moi-même : C'est bien; Jean éparpille sa fortune, mais ses enfants ne perdront pas tout! et quand je vous grondois avec le respect que je vous dois, vous vous contentiez de rire comme un fou en appuyant vos mains sur mes épaules; car vous étiez si aimable et si doux avant la révolution, vous me traitiez si bien comme un ami, que j'ai pu m'accoutumer... Pardon, monsieur Jean!... que j'ai pu me croire autorisé à vous regarder, moi, comme mon fils et mon héritier. ..

Duprat se jeta au cou du vieillard.Main-

vielle les embrassa tous deux, et s'attendrit sans doute un instant, parce que tout ce qui intéressoit Duprat lui devenoit plus personnel que ses propres intérêts. Jean-Baptiste se prit à pleurer de leur émotion, comme un pauvre homme du peuple qui s'associe sans la comprendre à l'impression qu'il a produite, par la seule puissance de la naïveté et du sentiment; mais ce mouvement d'une àme généreuse qui l'avoit quelque temps distrait et soutenu fit place aux plus cruelles agitations , quand il vint à se rappeler , ainsi qu'au sortir d'un rêve, que Duprat alloit mourir :

— O mon Dieu, reprit-il, pourrez-vous permettre cela! faudra-t-il qu'il meure ainsi, Jean, mon petit enfant, mon pauvre Jean, que j'ai tant réchauffé, tant dorloté sur ma poitrine, en lui disant : Vois -tu, Jeannot, comme le Rhône est large et beau, comme les murailles des remparts sont festonnées; et veux-tu venir au pied des murailles des remparts pour les toucher de la main ? Ah ! je ne savois pas alors que je vous cscorterois un jour jusqu'au pied Malheur,

niallieur! que la Providence nous soit en aide!

Le guichetier enveloppa Jean-Baptiste d'un bras vigoureux pour l'empêcher de tomber, et le traîna jusqu'à la porte qu'il lui ouvrit et qu'il referma sur lui.

— Monsieur Baptiste, dit le marquis deSillery en se levant, et en saluant respectueusement le vieux domestique à son passage, vous êtes notre ami à tous , et je m'honorerois long-temps, sij'avois long-temps à m'en honorer, de m'être trouvé dans une si belle et si noble conversation.

— Monsieur Burke, monsieur Dupan, vous avez beau dire, s'écria Carra, en montrant les larmes dont les joues de Duprat étoient baignées... ce ne sont pas là des hommes de sang ( XIII ) !

L'effet de cette scène fut vif et général, mais rapide, car la solennité de l'idée commune à tous prévaloit sur toutes les distractions. Ce sujet ramenoit d'ailleurs chacun des condamnés à ses propres affections et à ses regrets de famille. On imagine aisément qu'ils

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s'étoient placés de manière à pouvoir s'y livrer avec leurs plus proches voisins sans avoir rien à leur apprendre. Ainsi les mêmes sentiments et les mêmes noms occupoient Ducos et Fonfxede ; Vergniaud et Gensonnë se pari oient des mêmes amis et des mêmes souvenirs, quand les méditations de Vergniaud vouloient bien le rendre aux sévères douceurs de ce dernier entretien. Les bretons Duchàtel et Le Hardy confondoient pour la première fois des opinions libres et découvertes que leur condamnation venoit d'affranchir de toute réserve. Il en étoit ainsi de la plupart des autres. Brissotj triste, mais résigné, gardoit le silence, ou ne l'interrompoit que pour laisser échapper , de temps à autre , le nom de son fils avec un soupir. Sillery étoit plus étranger à ces effusions touchantes, parce que né dans une autre société, il avoit vu disparoitre dans son naufrage presque tout ce qu'il aimoit, et le sentiment de la solitude oii ses émotions politiques l'avoient jeté réveilloit depuis quelque temps dans son âme le besoin de puiser à une source nouvelle de consolation. Il conversoit secrètement avec Fauchet , et la physionomie

évangéliqje du pécheur converti par l'infortune s'éclaircissoit en l'écoutant. Il y avoit dans ce prêtre guéri de ses erreurs, et sincèrement revenu à l'espérance et à la foi , quelque chose d'une confiance céleste, qui auroit rendu le courage aux plus incurables douleurs. La sérénité de son sourire et de ses traits annonçoit une joie si pure que le martyre pouvoit paroître doux à ce prix.

L'assemblée avoit donc alors un aspect sérieux, trop naturel en pareille circonstance, mais qui réprimoit péniblement l'expansion de Mainvielle , déjà distrait d'une impression momentanée; car rien n'étoit capable de fixer la mobilité de son imagination et de tiédir l'effervescence de son sang. Il rompit tout à coup le silence :

— En vérité, c'est donner trop de temps aux pensées pénibles dans une soirée de plaisir et de gloire, oii tous les cœurs ne demandent qu'à s'épancher en commun dans les délices du banquet! Elle marche, la nuit joyeuse, et nous n'avons encore ni bu ni chanté. Nous n'avons pas encore salué les noms chéris de nos cama-

rades, de nos femmes , de nos maîtresses! A quiconque se souviendra de nous avoir aimés , joie et santé en ce monde.

Président , continua-t-il en se levant et en heurtant son verre contre celui de Yergniaud , vous me ferez raison de ce vieux Madère, et je vous suis caution que vous n'en goûterez jamais un meilleur ! . . .

VERGjNIAUD.

Avons, Main vielle, et à tousj mais c'est ici la coupe de Théramène. Laissons le reste au beau Critias !

FONFREDE.

Le beau Critias, grand Dieu! à qui destinestu ce rôle parmi les repoussants tribuns de la Montagne? à ce petit Saint-Just, si perpendiculaire, si roide, si empesé, qui, selon Camille, porte sa tête comme un Saint Sacrement?

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