‹ Le dernier chant des serins de Laval [microforme]Chapitre 13 sur 15 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Laissons, je vous prie, ce mesquin terre à terre, tout au plus bon à des chicanes d'écoliers.

N.S. P. le Pape a déclaré que Laval serait la seule Université catholique dans la province de Québec.

Notons, avant commentaires, que cette proposition n’est pas dogmatique, mais simplement disciplinaire. N'oublions pas ce point, afin que s’il nous arrive des foudres de convention, des menaces de seconde: main, nous sachions conserver la sérénité de notre attitude et la fermeté de nos âmes de catholiques éclairés.

Qu'on le sache partout : personne n’est tenu de croire que l’Université Laval ait répondu aux besoins de la province de Québec. Ceux qui connaissent les faits doivert être convaincus du contraire.

L'Université Laval doit être la seule Université catholique de la province, concedo, mais personne ne niera que c’est à la condition sixe qui non de répondre aux besoins de la province. Or Laval n’a pas répondu aux besoins de la province, puisque les dix-neuf vingtièmes des étudiants catholiques ont pris leurs inscriptions et leurs degrés à l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal.

Laval n'a pas répondu aux besoins de la province puisque les autorité romaines se crurent dans l'obligation de lui donner des «aires subsidiaires à Montréal.

Laval n'a pas répondu aux besoins de la province puisque, malgré tous ces éléments, tant anciens que nouveaux, elle est restée déserte : les étudiants n’y allaient que par accident.

Laval n'a pas répondu aux besoins de la province, à preuve, la tentative d'union de cette institution à l'Ecole, union repoussante et repoussée par le cœur même de la population, comme par les intéres-

sés immédiats, les élèves. En moins de quatre heures, plus de cinq cents citoyens marquants de Montréal ont fait savoir à l'autorité dio-

césaine qu’ils préféraient mille fois l'Ecole de Médecine à tous les:

dons de Québec.

Votre esprit n’est peut-être pas satisfait de ces preuves ; il voudrait peut-être d’autres éléments de conviction. Je suis prêt à lui en fournir.

Monseigneur Raymond a dit: ‘Les maisons d'éducation sont les. forteresses des peuples.” Ces forteresses ne consistent pas uniquement en constructions gigantesques, dont les tours altières dominent les contrées environnantes. Elles n’ont de valeur que par l'esprit qui lesanime.

Or l'éducation n’est pas une opération financière, mais un généreux. apostolat.

Les maisons d'éducation fondées sur l’arithmétique, finissent par la banqueroute et le déshonneur. Rappelez-vous le ÆVisi Dominus ædificaverit domum et confessez le principe que je proclame. Jetez un regard sur le passé de l’Université Laval, et dites si le soufle sacré de: l'apostolat a vivifié cette institution.

Pourquoi ses murs sont-ils restés déserts ?

Pou-quoi la jeunesse ardente de ce pays l’a-t-elle fuie constamment?"

Les étudiants qui la fréquentent, sentant le vide de son enseigne-ment, l’abandonnent sans regret : 4/ fait froid, sortons d'ici !

Un exemple entre cent :

Monsieur Edouard Scallon, talent solide et brillant à la fois, après. avoir remporté tous les titres honorifiques que Laval donne à ses. élèves, vint à l'Ecole de Médecine : “ Que viens-tu faire ici, lui demandai-je, foi le plus brillant lauréat de Laval ?”

“€ Je viens apprendre la médecine !” répondit-il.

Il venait apprendre la médecine, c'est à-dire : apprendre à connaître les malades, apprendre la cause et la marche de leurs affections mor-bides, apprendre à enrayer cette cause et à suspendre cette marche.

Il venait apprendre la médecine, c'est à-dire : apprendre à connaître l’homme, non seulement au bout du scalpel, mais l’homme complet, physique, moral et psychologique.

Il venait apprendre la médecine, c'est-à-dire apprendre à aimer les. malades, parce qu'ils sont malades. ‘Toutes choses qu'on n’enseigne pas à Laval. Donc, pour ce qui concerne la médecine, Laval ne répond pas au but que lui assigne le Saint Père.

* * * Vous penserez peut-être que Laval vint à Montréal pour satisfaireune exubérance de zèle pour l'expansion des hautes études? Erreur.

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Laval a déclaré à Rome qu’elle sentait le besoin de changer de champ d'opération : ça ne payait pas à Québec! Si Laval répondait aux besoins de la population de cette province, avait-elle besoin de venir à Montréal retremper ses forces défaillantes ?

Stérile à Québec, Laval espérait-elle être féconde à Montréal ?

Si oui, peine perdue, car le vent de l'adversité a emporté cette

gramme inerte. * * *

A Montréal, on ne fait pas ainsi. Toutes les grandes œuvres qui font la gloire de Ville-Marie reposent sur le principe du dévouement à l'humanité souffrante. Avec la foi, la charité.

Ne cherchez pas ailleurs le secret du succès des œuvres de Feu Mgr Ignace Bourget.

Parcourez l’histoire des collèges classiques de cette province : Nicolet, St Hyacinthe, Trois-Rivières, Ste Thérèse, L'Assomption, Joliette, etc., et dites-moi, quelle pensée a présidé à la fondation et à la conservation de ces châteaux-forts du peuple canadien ?

Les pieux fondateurs de ces grandes maisons étaient-ils mus par un sentiment de lucre et de monopole ?

Non, la pensée virifiante, le principe fondamental de ces institutions était d'élever les cœurs en éclairant les intelligences. A l’heure ou j'écris ces lignes, nos collèges classiques ne gémissent-ils pas sous l’étreinte du monopole de Laval? Ne sont-ils pas privés de toute initiative personnelle? Le dernier congrès universitaire n’a-t-il pas fait ouvrir les yeux de ceux-là même qui ont le plus fait pour étendre sur toute l1 province la règle de fer de Laval? Ils reconnaissent maintenant l’étroitesse et la régidité de cett: règle,

* *% * Il n’y a pas longtemps j'entenda’ r l’Aabileté des autorités universitaires de Québec. Il n’y: ans, on célébrait la conguête diplomatique de nos maisons Ate éducation.

Aujourd’hui elles n’ont que urup sujet de se plaindre de leur conquérant.

Comprendra-t-on, à l'avenir, pourquoi l'Ecole de médecine n’a pas voulu s’inféoder à Laval? Les instruments de Laval ont dit aux amis de l'Ecole : wnissez-vous, l'argent ne manquera pas. On parle de corruption électorale,quel nom donnerez-vous à cette abjecte proposition P

Frappez le sol, puissant courtier de mariage, et les millions surgiront, et les nécessiteux seront repus, et l’avachissement sera complet; mais la ssez, oui, laissez à l'Ecole ses coudées franches de faire le bien, librement, en plein soleil ! r

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À l'heure où vous me lisez, jetez un regard sur Laval et dites-moi si vous croyez à la permanence de cette institution. Au point de vue financier, le seul qui semble l'intéresser, Laval entrevoit avec terreur les jours sombres qui se préparent et qui arriveront fatalement. Au point de vue de la force morale, comme élément de cohésion, Laval est désorganisée, témoin l’é/ipse des meilleures têtes qu'elle comptait dans son sein,

Cette désertion augure-t-elle bien de lavenir? Je vous le laisse à juger.

Au risque de passer pour visionnaire, je veux vous dire toute ma pensée.

Si, comme j'ai raison de le craindre, Laval a joué avec les vases sacrés de l'éducation de la jewhesse canadienne, comme Balthasar, elle verra bientôt, si déjà elle ne le voit, sur ses murs, le mané thécel pharès qui scellera son sort.

Si Laval va son train habituel. si elle ne se hâte de refsire ses chemins, je crains vraiment qu'avant la fin de ce siècle elle ne soit plus qu’un objet de curiosité historique. C'est là, la dérision que le temps attache aux œuvres de éalcul purement humain.

Le 4 novembre 186$, “ M. le Dr Rottet, dandunècourte improvisa tion, remercia les étudiants de l'appui cordial qu’ils donnent à l'Ecole et les encouragea à continuer : ‘car, dit il, en encourageant l'Ævo/e de Médecine et de Chirurgie de Montréal, c'est une œuvre nationale que vous soutenez; et si, plus tard, comme nous l’espérons, il se fonde une université à Montréal, vous pourrez vous dire avec orgueil : nous aussi nous avons contribué à sa fondation? ”.— Gas. Méd., nov. 1865.

Cette parole a-t-elle perdu de sa valeur, de son à propos? Non, vires acquirit eundo ! Elle résume dignement les aspirations de la pro: fession médicale actuelle. En voulez-vous la preuve? je l'ai faite pour vous édifier : la voici, les sous-signés déciarent que seule la création d’une université à Montréal donnera satisfaction à la population de cette région de la province de Québec.

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