‹ Le dernier chant des serins de Laval [microforme]Chapitre 12 sur 15 · J'AI FAIM, DONNEZ-MOI DU PAIN · texte numérisé non relu

J'AI FAIM, DONNEZ-MOI DU PAIN

Non seulement il faut que la succursale mange, mais, elle réclame ‘le choix du pain et sa provenance, s'il vous plaît,

Le choix du pain !....…. chose facile :

Quelques milliers de piastres, comme cela sonne bien dans le vide -de ses estomacs sans fond! (pas de calembourg, je vous prie.) Qwe/ques milliers de piastres, et les affamés seront repus, et les calomniateurs fermeront leurs écluses.

Quelques milliers de piastres, et, ils n’entendront plus l'Ecole ensei- : gner l’immoralité la plus éhontée, et l’Ecole ne sera plus rebelle à l'église. Que dis-je, pour gwe/ques milliers de prastres, les braillards de la Succursale n’invoqueront plus les foudres ecclésiastiques sur d'Ecole de Médecine.

Re: | LM

Hi motus animorum, atque hæc certamina tanta Pulveris exigui jactu compressa quiescent.

Et tout ce fier courroux, tout ce grand mouvement Qu'on jette un peu de sable (lisez d'argent) il cesse en un moment. «x

Qui sera le pourvoyeur de la succursale ?

Je vous le donne en cent, en mille... vous n'arrivez à rien ?...... C'est vous, messieurs du clergé... quelle honneur ! et c'est toute justice ! quel autre que le clergé eut été digne de sustenter le corps des martyrs de candeur et de pureté que la succursale compte dans son sein. Martyrs n’est pas trop fort, puisque la succursale est un corps dont la tête est détachée du tronc, un corps de serins décollés,

"quoi!

Cette prétention n’a rien qui doive nous étonner, quand on sait que de juin à octobre 1889, on entendait certain entremetteur répéter sur tous les tons : wunissez-vous, l'argent ne manquera pas !

Pour sûr, l'argent est un dieu sur terre, puisque certains unionistes sont devenus idolâtres au point de brûler ce qu'ils adoraient pour ado- TT. sssvesse CÈ VEAN:

Donc c’est l'argent du clérgé qui paiera, et pourquoi non ? Le clergé ne s'est-il pas toujours fait un devoir de secourir les indigents, les déshérités? Qu'il inscrive donc sur son carnet de charité :

Succursale nécessiteuse de Laval à Montréal... Quelques milliers de piastres par année.

Je me corrige, il ne s’agit pas ici d'aumône, mais d'èmoluments bien mérités.

La succursale, par son factum, n’a-t-elle pas donné une belle consultation aux autorités religieuses ? 1

N'a-t-elle pas, à maintes reprises, ouvert les yeux de Sa Grandeur : Votre Grandeur DOIT voir ceci, DOIT comprendre cela, DOIT se rappeler, doit et doit, etc.

N'a telle pas fait tomber des écailles des yeux du clergé, en lui apprenant l’immoralité de l’enseignement de l'Ecole, ete., etc.? Et cette chute d’écailles n’est qu’un symbole de la chute de piastres que l’on veut faire tomber du gousset clérical dans l’escarcelle des serins-de la succursale, :

Assurément ce bon clergé sera heureux d'apprendre où jeter ses guibus, ce qui m'étonne c’est qu'il ne lait pas su plus tôt. Donrez à la succursale qui croit que :

La vertu toute nue a l'air trop indigent Et c'est n’en point avoir que n'avoir point d'argent.

Donner quelques milliers de piastres à la succursale, c'est dit le factum : “le seul moyen pour le clergé de conserver le contrôle de la haute éducation.”

Oui-dà ! et si vous n'avez pas ces quelques milliers de piastres, vous allez enlever au clergé le contrôle des hautes études? Etes-vous assez farceurs comme cela ! Il ne peut s’agir ici de l'Ecole de Médecine qui est une école d'immoralité rebelle à l’église ; il ne peut être question que de la succursale qui briserait le contrôle du clergé, si celui-ci ne dégorge quelques milliers de piastres. Habemus confitentem reum. Oh, que je vous reconnais bien à cette marque d’indébile vénalité.

Le clergé en prenant sous sa protection puissante l’Université Laval à Montréal, ne fera que continuer ses traditions passées; (y a-t-il des traditions présentes, fu

tures, conditionnelles, serins lumineux !) il sauvegardera par là les intérêts de la religion et de la science, ainsi que ceux de la nationalité canadienne-française.

Tout cela sera perdu, jusqu'aux /raditions passées, si le clergé ne donne annuellement quelques milliers de piastres. Eh! que sont, je vous le demande quelques milliers de piastres comparées à la religion, à la science et à la nationalité canadienne française ?

Donnez donc, sans vous faire tirer l'oreille, et vous serez les sauveurs de ces grandes choses, religion, science et patrie |

Il est de la plus haute importance que le clergé ne laisse pas échapper cette occasion de conserver le contrôle de l'éducation universitaire.

O clergé indifférent, te voilà averti. tu peux encore conserver le contrôle de l'éducation universitaire, mais, cette occasion est la dernière, ne la laisse pas échapper !

Que faut-il pour cela ?

Vider ta bourse, exécute-toi de bonne grâce sinon...‘ plus tard

la chose sera peut-être impossible ” c’est le factum qui le dit en toutes lettres.

Car il faut bien l'avouer Monseigneur, l’idée de la laïcisation de l’enseignement fait un chemin rapide parmi la population, (quelle population?) et les professeurs de l’ Ecole qui se sont opposés à Pabton parce qu'ils veulent avoir une université laïque ont un plus grand nombre d'adhérents qu’on ne pourrait le croire.

SE Rappelez-vous le proverbe latin cité par Lucrèce :

Lurida præterea fiunt, quæcumque tuentur arquati : Tout paraît Jaune à ceux qui ont la jaunisse.

L'idée de la laïcisation de l’enseignement fait un chemin rapide à ce point, que les signataires du factum l'auront vite mise en pratique, si on ne leur jette annuellement quelques milliers de piastres. Vous voyez que ceux qui veulent avoir une université laïque ont un plus grand nombre d’adhérents qu’on ne pourrait le croire. Hâtez-vous de grossir le #/ d'or qui retient la succursale à l'Université Laval, sinon elle va enlever au clergé le contrôle de l’enseignement universitaire. | Le fait que le député ui a voulu réinsérer dans le bill de l'Ecole la clause demandant l'approbation de l’ Archevêque pour la nomination de ses professeurs n’a a trouver un secondeur est une preuve évidente du courant des idées sur ce

Le fait que les pères du bill ont abandonné la clause qui accordait à l'Archevêque le droit de veto sur les nominations des professeurs de la succursale est la preuve du courant des idées dans le sens de la laïcisation de l’enseignement. Voilà que les rôles sont intervertis, les rebelles à l’église, les infidèles de l'Ecole veulent réinsérer cette clause et les amis et les souffleurs de Laval seuls s’y opposent. A cette épo-. que si on eut connu, comine aujourd'hui, leur peu de détachement des biens de la terre, on leur eut jeté quelques piastres et la clause eut repris sa place légitime.

De plus il existe dans la ville une université protestante, forte, puissante, riche de plusieurs millions (O my!!!) qui verrait avec plaisir se fonder une faculté française de médecine a qui (a qui, malheureux) elle donnerait ses diplômes soit en faisant une affiliation (Loc ne ferait jamais pareil acte de générosité) soit en reconnaissant comme partie intégrante d'elle-même, cette faculté française,

Pensez-y bien, une université riche de plusieurs millions bien comptés, voilà le danger : il faut le détourner sans retard.

Le moyen s’il vous plaît? dit le clergé.

Donnez-nous quelques milliers de piastres “car c'est pour elles, (les

autorités religieuses) le seul moyen de conserver le contrôle de la haute éducation.”

Comme Sa Grandeur peut le voir, (voi/à que Sa Grandeur peut voir clair) la situation n’est pas sans danger (on l'a vu) et si les autorités religieuses (quelles autorités autres que Sa Grandeur s'il vous plaît) ne prennent pas immédiætement les moyens (les serins sont pressés! O la dèche ! la dèche !) d'établir d’une manière convenable (out quelque chose d'un peu moins moribond que ce qu'on a vu jusqu'à aujourd hui) à Montréal l’université catholique voulue par le ft. Siège, les conséquences les plus graves peuvent en résulter.

Et quelles sont, je vous prie, ces conséquences graves ?

ni Gens

Est-ce que les serins de la succursale abandonneraient Laval pour se jeter dans les bras millionnaires de McGill ?

Est-ce qu'ils se préparent à secouer le joug de l'autorité religieuse, pour sauter dans les gras paturages de la minorité protestante ?

O fascination des écus ! je reconnais bien là ton influence pernicieuse ! Ces vaillants défenseurs de l’église succomberont si......on ne leur jette, en pâture, gwelgues milliers de piastres..…......................

Monseigneur est averti...

Virtus Posr Nummos |!

Page 1