‹ Le dernier chant du cygne sur le tumulus du gallicanisme [microforme]Chapitre 15 sur 15 · LIT LÉGENDE · texte numérisé non relu

LIT LÉGENDE

Pourquoi cette protestation d'amour, à la fin d’un tel écrit me rappelle-t-elle la légende suivante, vraie ou suppc:ée ? Un vénérable vieillard avait une très nombreuse famille dont les membres, dispersés par toute la terre, se comptaient par milliers. Or, il arriva qu’un de ses fils, parvenu lui-même presqu'’à la vieillesse, et occupant un haut rang dans une ville importante d’un grand Empire, conçut certains plans concernant l'immense succession de son père. 11 se mit donc à intriguer, sous main, pour se faire des partisans parmi les membres influents de la famille ; expédia des courriers et des Mémoires dans plusieurs grands pays où ses frères occupaient des emplois, afin de les gagner à son dessein.

Tout cela ne put se faire si secrètement qu'il n'en perçat quelque chose au dehors, ce qui fit que plusieurs membres illustres de la famille s’en plaignirent et écrivirent même pour la défense des droits antiques de leur vénérable père et de ses héritiers.

Là dessus l’auteur principal de cette division intestine en-

tre dans une grande colère. Il écrit de tous côtés, avec une.

extrême violence, contre ceux de ses frères qui dérangent ses plans en défendant leur père. Dans son emportement, il ne respecte même pas ce vénérable vieillard, et moins encore ses ayeux dont il a recueilli l'héritage, héritage que le père tient à conserver et à transmettre intact. Ce fils ingrat Ôôse insinuer qu’en réunissant ainsi les principaux membres de sa famille, leur père cache un désir secret d’aggrandir encore son pouvoir, et de dépouiller les plus influents de ses fils de leurs droits légitimes, pour augmenter les siens et ceux de

Lo

ses héritiers. Il prétend que le temps est venu, pour les principaux membres, de prendre une part plus grande dans l’administration des affaires de cette immense famille, et d’exer- -er un plus grand contrôte sur leur père commun. Mais il a seau dire et beau faire, les principaux membres s'opposent à ces innovations, et loin de consentir à diminuer la gloire de leur vénérable père, ils parlent d’aviser à l’accroître encore

davantage.

Alors, voilà que ce fils, contrarié dans ses opinions les plus

chères, s'échauffe et s’emporte de plus en plus : il ne peut plus

contenir son ressentiment, et le regard en feu, les maius crispées par la colère, il se répand en injures contre ses frères et contre les faiblesses, l'ambition, et le despotisme de ce pou. voir immuable dont son père a hérité, et qu’il déclare être

dangereux pour toute la famille, et injuste envers ses mem-

bres principaux dont les droits sont menacés. Il parle sur ce ton pendant des heures entières, avec une grande véhémence, et une éloquence non moins grande. Puis, soudain, il s’ar. rête, il reprend son calme etil s’écrie d’un ton très pathétique :‘‘—Père, vous savez que je vous aime !” Grande est la surprise des spectateurs de cette scène, qui nese doutaient guère qu’un tel discours put avoir une tel fin. Quelqu'un s’ap. proche de ce fils étrange, et lui dit : “—Mon ami, si vous désirez que l’on ajoute foi à cette protestation d'amour, commencez d’abord par demander pardon à votre père et à vos frères.” |

Là, malheureusement, s'arrête la légende, de sorte que l’on ignore encore ce que répondit le fils et ce que fit le père.

CHRONIQUEUR

Gault au Récollet, 22 déc. 1869.

Posr-Scriprum.—Ïl conviendrait, maintenant, de donner sur cette grande question, une exposition de la vraie doctrine catholique ; mais le temps me manque en ce moment.

NoTe ex abun,duntid juris.—J'ai appris qu’un écrivain de la

ville prétend que dans cette question, la défense doit être aussi habile, aussi longue, aussi brillante, aussi bien signée que l'attaque : faute de quoi la cause se trouverait compromise. :

Comme j'ai été le seul, jusqu’à présent, à entreprendre la défense du Pape contre l'attaque de Mgr. d'Orléans, il ne paraîtra pas hors de propos que je fasse quelques observations sur la remarque de cet écrivain, très-distingué, dit-on : ce dont j'ose me permettre de le féliciter.

Sans aucun doute, dans le cas nrésent, la défense est inférieure à l’attaque sous le rapport de l’habileté, de la longueur, de l’éclat,voire même de la signature : mais qu'est-ce que cela prouve ?

Si un pauvre diable voit ce qu’il a de plus cher attaqué, sur la grande route, par un gentilhomme de haute taille, portant des armes brillantes, habile à frapper d’estoc et de taille, s'en suit-il qu’il devra le laisser libre de tout occire, parce que lui, pauvre roturier, se trouve n'avoir aucun des avantages de ce fier spadassin ? Ou devra-t-il tourner les talons et fuir ignominieusement, en abandonnant sa famille à l'ennemi ? Pourquoi, s’il rencontre dans sa main un gourdin solide, manquätil de poli, ou même le caillou du petit David en face du géant Goliath, ne s’en servirait il pas pour écorcher un peu la peau délicate de son adversaire, sinon pour l’assommer ? Fautil préalablement qu’il courre chez le peintre pour faire vernir son bâton ? Oserez-vous lui reprocher de ne pas fuir, quand il sent couler dans ses veines le vieux sang gaulois, et de suivre les traditions de ses pères qui lui ont appris qu’il n’est pas sans utilité de succomber avec honneur les armes à la main et qu’il est glorieux de mépriser l’axiome—the better part of valor is safet y in flight? M. l'écrivain ignore-t-il que l’'humble défenseur n’a pas eu, comme l’auteur de la brochure, plusieurs mois pour limer son travail.

Faudra-t-il aussi attendre qu’il ait reçu un brevet de membre de l'académie pour pouvoir combattre d’égal à égal, et . être autorisé à dire alors à son adversaire, avec toute l’élégance du bon ton ; — «illustre accadémicien, j'ai l'honneur

de vous dire qu’il me semble, sauf meilleur avis, que Votre Grandeur blesse ma foi et mon amour, en attaquant, le Souverain Pontife ?»

Si donc, Chroniqueur se trouve avoir la force suffisante pour crever sans façon ce brillant ballon, rempli d’un gaz fétide, qu'importe qu’il ait moins de grâce et d’habileté que celui qui l’a fabriqué et gonflé ? Qu'importe, qn'’il ignore l’art d’en faire ? Qu'importe, pourvu qu'il crève le ballon, que ce soit avec un pieu ou un Caillou, au lieu d’un magnifique stylet incrusté d'ivoire ? Le but principal n'est-il pas atteint ? S'il vous est permis d'en douter, il est permis à d’autres de l’espérer. Dans tous les cas, n’eut-on pas fait autre chose que de montrer que ce ballon renferme la peste, n'est-ce pas un service réel ?

L’Abbé Guénée avait-il l'esprit brillant, l’habileté, la faconde inépuisable‘de Voltaire, et pourtant ne l’a-t-il pas très. efficacemeut démasqué ? Combien d’autres ont agi de.la sorte, en réfutant solidement une foule d’écrits plus longs, plus habiles, plus brillants, voire même mieux signés que les leurs ? Ont-ils donc si mal fait ?

En admettant l'argument de M. l'écrivain, la vérité resterait sans défense, assez souvent, parceque ies bons et solides défenseurs de la vérité s'occupent plus du fond que de la for. me. Sans quoi, il faudrait admettre qu’un brillant vernis est absolument indispensable pour rendre la vérité acceptable.

Faudra t-i! être un orateur brillant, fécond, improvisateur, comme l’ex-père Hyacinthe, pour monter en chaire et réfuter ses erreurs ? Quel long silence alors dans la chaire de vérité !

Mais si l’on peut instruire solidement du haut de la chaire, et y réfuter convenablement les ennemis de l’église, sans toutefois posséder leur brillante façonde, pourquoi ne le pourrait-on pas avec la plume, pourvu que la rhétorique, la logique, la science y soient passablement respectées ?

Dans le cas présent, il ne s’agit pas de faire assaut de qualités brillantes ou oratoires ; c’est, avant tout, une question de théologie, de logique, d'histoire et de bou sens. C’est à Mr.

l'écrivain à montrer que ces conditions, les seules essentielles et requises, après tout, manquent dans la chronique.

Quant à la longueur, par quelle logique M. le censeur prouverait-il que toute défense doit nécessairement se mesurer sur la longueur de l'attaque ?

N'y a-t-il pas compensation dans l’actualité et la promptitude de la rétorque ? Faut-il attendre, dans une brusque attaque, que toute la garnison soit sous les armes pour courir à la défense ; et dans un incendie, que tous les pompiers soient au complet, avant que «le jeter une goutte d’eau ?

Dans cette lutte à la course, si la chronique, malgré ses grosses jambes qui vous paraissent trop courtes, arrive sûrement au but, que lui importe que l’on admire davantage l’élégance, la finesse et la longueur des jambes de son adversairé ? Sic currite ut comprehendatis

Au reste, il y a un moyen bien simple de rémédier à l’imperfection de la défense, c’est que M. l'écrivain daigne luimême repousser l’attaque par une brochure de 88 pages, ayant toutes les qualités qu’il admire dans celle d'Orléans. Ainsi, Chroniqueur combattra comme un rustre, avec son gourdin. et M. l'écrivain comme un Académicien habile et brillant. Dans ce cas, il faudra jouer de mälheur si notre adversaire sort de la bataille sans quelques bons horions. Allons, M. l’écrivain, prenez votre plus belle plume, et montrez votre valeur. Après tout, l'adversaire n’est plus aussi fier qu’à son arrivée ici ; qui sait ! ? Peut-être aurez-vous la gloire de l'achever ?

Enfin, puisque notre ami le censeur est un écrivain de profession, s’il croit à la bonté de son argument, quelque malin pourrait peut-être en conclure qu'il doit avoir une haute idée de son savoir-faire ; car, dit-on, il est souvent sur la défense. |

Pour ma part, j'aime à le croire plus modeste, et je préfère croire qu’il offense plus la logique et le bon sens que l’humilité.

Proverbe :—He, who lives in a glass Apte, îs unwise to throw

stones al other peuple.

| CHRONIQUEUR

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