‹ Le dernier chant du pélerinage d'HaroldChapitre 12 sur 15 · PAGE 97, VERS I · texte numérisé non relu

PAGE 97, VERS I

|>« Leuctre à Marathon , tout répond, tout vous crie: Vengeance , liberté , gloire , vertu, patrie !>

Bataille de Leuctres gagnée par Épaminondas»

géiiéral des Thébains ,271 ans avant Jésus-Christ , où Cléombrote , roi de Sparte, perdi^ la vie. Bataille de Marathon gagnée par Miltiade le 6 boëdromion , i5 septembre, 490 ans avant Jésus-Christ. L'année suivante , Miltiade , accusé par un peuple ingrat , 'Courut en prison.

NOTES. i57

PAGE lOO, VERS x3.

Les noms d^Odysséus, de Marc, de Kanaris, etc.

Odtsséus ou Odyssée. — Fils d'Andriséus , né en Épire , il entra d'abord au service d'Ali-Pacha. Après la mort de ce tyran , il se met à la tête de ses compatriotes , descend du mont Parnasse , et proclame le règne de la croix. Il défait Omer-Vrione, successeur d'Ali. « Le récit de ses exploits , dit Pou- » queville , volant de bouche en bouche , fait éclater » l'insurrection jusque parmi les peuplades des pla- » teaux supérieurs du mont OEta. Le même jour , )) sans aucune de ces hésitations qui décèlent la » crainte de se compromettre , les habitans des can- » tons d'Hypati , ceux de Cravari , de Lidoriki , de » Malendrino , de Venetico , qui formaient jadis la » Doride^ la Locride hespérienne et l'Étolîe, secouent » le joug de leurs oppresseurs. Deè éphores , nom >ï oublié dans la Grèce, remplacent les codja-bachis ^ » le bonnet de raja est foulé aux pieds , et le crois- » sant renversé dans tous les lieux où il existait des

i58 NOTES.

» mosquées -, une nouvelle ère commence pour FÉ-

» tolie. Bientôt Odyssée est déclaré la terreur de»

» musulmans ^ il les bat , les poursuit ^ s'empare

» d'Athènes , est nommé deux fois commandant-

» général des troupes de Tinsurrection grecque ,

)# remporte une seconde victoire de Platée 5 et le

» courage personnel d'Odyssée , ses mœurs sauvages,

» SCS vétemens , tout rappelle un de ces héros d'Ho-

» mère , un de ces hommes primitifs qui ne se mon-

» trent qu'à la naissance des peuples , et dont l'his-

)> toire ressemble bientotà la fable. Tout récemment

)» encore , Odysséus , mécontent du gouvernement

» grec , vient de congédier ses derniers compagnons

» d'armes , et seul , avec sa femme et ses enfans , il

» s'est retiré dans une caverne du mont Parnasse y

» dont il a fortifié l'entrée avec des palissades et du

» canon. L'ostracisme , comme on le voit , est de

» tous les siècles : les peuples reprennent leur nom ,

» mais les hommes ne perdent pas leur ingratitude 5

» il est à désirer que les Grecs n'imitent pas en tout

» leurs aieux , et ne souillent pas leur terre régé-

» nérée , du sang de leurs libérateurs. »

Marco Botzahis. — Digne pendant d'Odysséus , mais plus civilisé que lui ; voici le portrait qu en donne Pouqueville :

« Melpomènç lui avait départi le don de la voix » et de la cithare pour chanter le tems où , gardant )) les troupeaux du polémarque son përe , aux bords » du Selleïs , il abandonna sa patrie conquise par » Ali-Pacha pour se réfugier sous les drapeaux fran- » çais , à Tombre desquels il. crût en sagesse et en » valeur. De la taille ordinaire des Souliotes, qui » est de cinq pieds environ , sa légèreté était telle » qu'on le comparait au zéphyr. Nul ne régalait à » la lutte , au jeu du disque ; et quand ses yeux » bleus s'animaient , que sa longue chevelure flot- » tait sur ses épaules , et que son front rasé , suivant » Fusage antique , reflétait les rayons du soleil , il » avait quelque chose de si extraordinaire qu'on » l'aurait pris pour un descendant de ces Pélasges , D enfans de Phaéton , qui civilisèrent l'Épire. Il » avait laissé «a femme et deux enfans sur la terre » étrangère pour se livrer avec plus d'audace aux » chances des combats. -^ Poète et guerrier dans

x6o NOTES.

» les momens de repo» , il prenait sa lyre et redi- )) sait aux enfans de la Selleïde les noms des héros » leurs aïeux , leurs exploits , leur gloire , et Fobli- » gation où ils étaient de mourir , comme eux , pour » les saintes lois du Christ et de la patrie , objets » éternels de la vénération des Grecs. Sa femme » Chrysé vint le rejoindre après l'insurrection de la » Grèce , et voulut combattre à ses côtés. — Marc » Botzaris , eu avant de Missolunghi , soutint , avec » six cents palikares , les efforts de Tarmée ottomane » tout entière. Les Thermopyles pâliront un jour à ce » récit. ~ Retranchés auprès de Crionero , fontaine » située à Fangle occidental du mont Aracynthe, » ces braves , après avoir peigné leurs belles che- » velures , suivant Fusage immémorial des soldats » de la Grèce , conservé jusqu'à nos jours , se lavent » dans les eaux de l'antique Aréthuse , et , revêtus » de leurs plus riches ornemens , ils demandent à » s'unir par les liens de la fraternité , en se décla- )) rant Ulfonia. Un ministre des autels s'avance aus- » sitôt. Prosternés aux pieds de la croix , ils échan- » gent leurs armes , ils se donnent ensuite la main

NOTES. i6i

» en formant une chaîne mystérieuse , et , recueillb » devant le Dieu rédempteur , ils prononcent les » paroles sacramentelles : Ma vie est ta vie , et mon » ame est ton ame. Le prêtre alors les bénit , et » ayant donné le baiser de paix à Marc Botzaris , » qui le rend à son lieutenant, ses soldats s'étant )) mutuellement embrassés , présentent un front mei> naçant à Fennemi. ^

» C'était le 4 novembre 1822 , au lever du soleil : » on apercevait de Missolunghi et d'Anatolico le feu » du bataillon immortel qui s'assoupit à midi. H re- » prit avec une nouvelle vivacité deux heures après, » et diminua insensiblement jusqu'au soir. A Fap- » parition des premières étoiles, on aperçut dans le )) lointain les flammes des bivouaes ennemis dans » la plaine *, la nuit fut calme , et le 5 au matin » Marc Botzaris rentra à Missolunghi suivi de vingt* » deux Souliotes -, le surplus de ses braves avait vécu«

» A la faveur de cette héroïque résistance , le )» président du gouvernement , Maurocordato , avait » approvisionné Missolunghi et fait embarquer pour » le Péloponèse les vieillards , les femmes et les en-

iGa NOTES.

» fans. Marc Botzaris voulait pourvoir de la même » manière à la sûreté de sa femme et de ses enfiams ; )) mais Chrysé , son épouse , ne pouvait se résoudre » à Fabandonner : elle lui adresse les adieux les plus » déchirans ; elle tombe à se» pieds avec les timides M créatures qui le nommaient leur seigneur et leur » père. Marc Botzaris les bénit au nom du Dieu des » batailles. Il les accompagne ensuite au port , il » suit des yeux le vaisseau, il tend les bras à sa » femme ^ hélas ! il la quittait pour la dernière fois ! » Il périt , peu de tems après , dans une bataille » nocturne contre les Turcs , et sa mort fut aussi M glorieuse , aussi sainte que sa vie. )»

Kanakis. — - Le Thémistocle de l'insurrection grecque , né à Psara , âgé de trente à trente*deux ans ^ d'une petite taille , Tœil vif et perçant , Fair mélan* colique : tel est le portrait qu'en fait le capitaine Clotz. U brûle trois fois la flotte ottomane :

« Les Hydriotes (dit Pouqueville) avaient à peine )) relâché à Psara , qu'on vota unanimement la de»- » truction de la flotte ottomane qui était à Ténédos. » Une division navale composée de douze bricks de

NOTES. i63

w Psara àviait observé sa position. L'entreprise était » difficile ^ ks Turcs , sans cesse aux aguets depuis )) la catastrophe de Chio , se gardaient avec soin et » visitaient les moindres bâtimens. Cependant , » comme Famirauté avait une confiance extrême » dans Marc Kanarîs , qui s'offrit encore pour cette » périlleuse mission , on se décida à la hasarder.

» On ajouta un brûlot à celui que le plus intrépide y> des hommes de notre siècle devait monter , et , » malgré le tems orageux qui régnait , les deux ar- )) memens mirent en mer le 9 novembre à sept heures » du soir , accompagnés de deux bricks de guerre y> fins voiliers. Arrivés , le joui* suivant , à leur des- » tination , les gardes-côtes de Ténédos les virent )) sans défiance doubler un des caps de File sous » pavillon turc. Us paraissaient chassés par les bricks » de leur escorte qui l^attaieht flamme et pavillon )» de la croix , et le costume ottoman que portaient )) les équipages des brûlots complétait Fillusion , » lorsque deux frégates turques placéfes en vedettes » à Feutrée du port , les signalèrent , comme pour » les diriger vers le pcânt qu'ils cherchaient.

i64 NOTES.

» Le jour commençait à baisser , et il était im- )) possible de distinguer le vaisseau amiral au milieu » d une forêt de mâts , quand celui-ci répondit aux » signaux des frégates d'avant-garde par trois coups » de canon. // est à nous, dit aussitôt Kanaris à son )) équipage 5 courage , camarades ! nous le tenons ! » Manœuvrant directement vers le point d'où le » canon s'était fait entendre , il aborde l'énorme ci- » tadelle flottante , en enfonçant son mât de beaupré )) dans un de ses sabords , et le vaisseau s'embrase » avec une telle rapidité , que de plus de deux mille )) individus qui le montaient , le capitan-pacha et » une trentaine des siens parviennent seuls à se dé- » rober à la mort.

)) Au même instant un second vaisseau est mis en » feu par le brûlot de Cyriaque , et la rade n'offre » plus qu'une scène déplorable de carnage , de dé- » èordre et de confusion. Les canons^ qui s'échauf- » fent , tirent successivement ou par bordée , et y> quelques-uns , chargés de boulets incendiaires , » propagent le feu , tandis que la forteresse de Té- » nédos , croyant les Grecs entrés au port , canonne

NOTES. i65

» ses propres vaisseaux. Ceux-ci coupent leurs câ- )» blés , se pressent ^ se heurtent, se démâtent , » arrachent mutuellement leurs bordages, ou se- » chouent , et la majeure partie ayant réussi à s'ç- » loigner , malgré la confusion inséparable d'une » semblable catastrophe , est à peine portée au large » qu elle est assaillie par une de ces tempêtes qui » rendent une mer étroite aussi terrible que dange- » reuse , pendant les longues nuits de novembre. » Les vaisseaux voguent à l'aventure, s'abordent » dans l'obscurité , et s'endommagent. Plusieurs pé- » rissent corps et biens ; douze bricks font cote sur » les plages de la Troade ^ deux frégates et une » corvette abandonnées , on ne sait comment , de )) leurs équipages , sont emportées par les courans » jusqu'aux attérages de Paros.

» Pendant que les Turcs se débattaient au milieu » des flammes , et en luttant contre les flots , les » équipages des brûlots , formant un total de dix- « sept hommes, assistaient tranquillement à la des- » traction de la flotte du sultan. Ils virent successi- » vement sauter le vaisseau amiral , et cette altesse

i6^ NOTES.

» tremblante se sauver à terre dans un canot , lui )) qui montait , quelques minutes auparavant , le plus w beau navire des mers de l'Orient. Le second vais- » seau s'abîma ensuite avec seize cents hommes , » sans qu'il s'en sauvât que deux individus à demi )} brûlés , qui s'accrochèrent à des débris que la » vague mugissante porta vers la plage , sur laquelle » gisaient deux superbes frégates.

» O Ténédos ! Ténédos ! ton nom , rendu célèbre » par là lyre d'Homère et de Virgile , ne peut plus » être oublié, quand on parlera de la gloire des t> en&ns des Grecs. Le chantre des Messéniennes , » Casimir Delavigne , a dit leurs douleurs et leur >) héroïsme ; mais qui célébrera leur triomphe , en ^> racontant comment les bricks des Hellènes , après )) avoir recueilli Constantin Kanaris , Cyriaque et )) leurs braves , présentant leurs voiles à la tempête, » et naviguant sur la cime des vagues, reparurent » le 12 novembre au port de Psara ? Les éphores , » suivis d'une foule noiàbreuse de peuple , de sol- » dats et de matelots , s'étaient portés à leur ren- )) contre dès qu'on eût signalé leur approche. Mille

NOTES. i^

)) cris de joie éclatent au moment qu'ils prennent » terre ! Salut aux vainqueurs de Ténédos l Honneur » et gloire aux braises ! — La patrie reconnaissante, » dit le président des éphores , en posant une cou- » ronné de lauriers sur la tête de Kanaris , honore )) en toi le vainqueur de deux amiraux ennemis.

» Il dit , et , remontant vers la ville , le cortège , » précédé de Kanaris» se rend à Féglise 5 là, le héros, » déposant sa couronne aux pieds de Fimage de la » vierge mère du Christ , le, front prosterné dans la )) poussière , confessant qup toute victoire vient de » Dieu , s'humilie devant le Seigneur. U confesse » les péchés de la faiblesse humaine aux pieds des )) ministres des autels , et , après avoir reçu le pain » de vie , aussi modeste et aussi grand , 2e vainqueur )) de deux amiraux ennemis se retire au sein de sa » famille.

» Mais il veut en vain se dérober aux hommages ^ » son nom a retenti avec trop d'éclat pour rester » ignoré. Le capitaine d'un vaisseau anglais qui » arrivait à Psara , le demande et l'interroge \ il » veut savoir comment les Grecs préparent leurs

i68 NOTES.

» brûlots pour en obtenir de pareils résultats? -» Comme vous le faites y commandant ; muis nous M aidons un secret que nous tenons caché ici, dit-il en » montrant son coeur , tamour de la patrie nous l'a » fait trouver. »

(POUQUEVILLE, Hist de la Régénérât, de la Grèce. )

Le lecteur lira sans doute avec intérêt ici le récit des derniers momens de lordByron, transmis par un homme de confiance qui ne Fa pas quitté pendant vingt-cinq ans.

« Mon maître , dit Fletcher , montait à cheval » tous les jours , lorsque le tems le permettait. Le » 9 avril fut un jour fatal : milord fut très-mouillé » durant la promenade , et à son retour , quoiqu'il » eût changé d'habits complètement , comme il était » resté très-long-tems dans ses vétemens mouillés , )) il se sentit légèrement indisposé , et le rhume dont » il s'était plaint depuis que nous avions quitté Cé- » phalonie, rendit cet accident plus grave. Quoi- )> qu'il eût peu de fièvre pendant la nuit du lo, il n se plaignit de douleurs dans les membres et du

» mal de tête , ce qai ne Fempecha pas néanmoins » de monter à cheval dans Faprës-midi. A son re- » tour 9 mon maître dit que la selle n^était pas tout- » à-fait sèche 9 et qu'il craignait que cela ne Feût » rendu plus ma^e ; la fièvre revint , et je vis avec )» bien du chagrai, le lendemain matin , que Fin- » disposition devenait plus sérieuse : milord était » très-affîdssé , et se plaignit de nWoir point dormi » de la nuit ; il n'avait aucun appétit. Je lui préparai » un peu Sarrow-root : il en prit deux ou trois cuil- » lerées seulement , et me dit qu'il était fort bon , » mais qu'il ne pouvait en prendre davantage. Ce » ne fut que le troisième jour , le i a , que je com- )) mençai à concevoir des alarmes. Dans tous les tt rhumes que mon maître avait eus jusque-là , le )) sommeil ne l'avait pas abandonné^ et il n'avait » point eu de fièvre \ j'allai donc chez le docteur » Bruno et chez M. Millingen , ses deux médecins , » et leur fis plusieurs questions sur la maladie de » mon maître \ ils m'assurèrent qu'il n'y avait aucun » danger , que je pouvais être parfidtement tran- » quille , que dans peu de jours tout irait bien :

11'^ Éd. • aa

» c'était le i3 *, le jour suivant, je ne pus m'empe* » cher de supplier milord d'envoyer chercher le doc- » teur Thomas, de Zante. Mon maître me dit de )» consulter à ce sujet les docteurs : ils me di- » rent qu'il n'était pas fiécessàû||L «Pappeler aucun )» autre médecin , parce qu^ils espéraient que tout » irait bien dans peu de jours. Je dois faire remar- » quer ici qutî milord répéta plusieurs fois , dans le » cours de la journée, que les docteurs n'enten^ » daient rien à sa msdadie. -^ En ce cas, milord , » vous devriez consulter un autre médecin. — Ils )» me disent, Fletcher, que ce n'est qu'un rhume » ordinaire , comme tous ceux que j'ai déjà eus. — » Je suis ^ur , milord , que vous n'en avez jamais eu » d'atissi sérieux. — Je le crois , dit-il. Je renou* » vêlai mes instances lé 1 5 , pour qu'on appelât le » doctçiu* Thomas 5 on m'assura de nouveau que » milord serait mieux dans deux^ ou trois jours. D'a- » près ces assurances répétées , je ne fis plus aucune )> i^^tance que lorsqu'il fut trop tard.

» Les. médecines fortes qu'on lui faisait prendre » ne me semblaient pas les plus convenables à sa

)>^ maladie ; car , n'ayant rien dans restomac , elles » me paraissaient ne devoir Jui procurer que des » douleurs.: c^eût été le cas même ayeo une per- » sonne en bonne santé* Mon maître nWait pris , » depuis huit jours , quune petite quantité de bouil- » Ion en deux ou trois fois, et dçux cuillerées d'«rrx>iv- » root j le 18, *la veille de »a mort, La première )» fois que Ton paria de le saigner, fut le i5. Quand » le docteur Bruno le proposa , mon maître s'y op^ » posa d'abord , et demanda à M. Millingen s'il y y^ avait de fortes raisons pour lui tirer du sang^ la » réponse fut qu'une saignée pouvait être de quel- » qu'avantage , mais qu'on pouvait la diflférer jus^ » qu'au lendemain. En conséquence , mon maître fut » saigné au bras dn|ît , le 16 au soir, et on lui tira >y seize onces de sang. Je remarquai qu'il était très«- » enflammé. Alors le docteur Bruno dit qu'il avait )> souvent pressé mon maître de se faire saigner , » mais qu'il n'avait pas voulu y consentir, Survint » une longue dispute sur le tems que Ton avait » perdu , et sur la nécessité d'envoyer à Zante ; sur » quoi Ton me dit , pour la première fois , que cela

17a NOTES.

)> était inutile , parce que mon maître serait mieux y> ou n'existerait plus ayant l'arrivée du docteur » Thomas. L'état de mon maître empirait , mais le » docteur Bruno pensait qu'une nouvelle saignée lui » sauverait la vie. Je ne perdis pas un moment pour » aller dire à mon maître combien il était nécessaire » qu'il consentît à être saigné \ il Ine répondit : Je » crains bien (pi'ils n'entendent rien à ma maladie ; » et tendant son bras : Tenez , dit-il , voilà mon » bras \ faites ce que vous voudrez.

» Milord s'affiuUissait de plus en plus, et le 17 » il fîit saigné une fois dems la matinée , et une fois » à deux heures de l'après-midi. Chacune de ces y^ deux saignées (ut suivie d'un évanouissement , et -» il serait tombé si je ne l'avaîi pas retenu dsms mes »bras. Afin de prévenir un semblable accident, » j'avais soin de ne pas le Isûsser remuer sans le » supporter.

» Ge joup-là , mon maître me dit deux fois : Je ne » peux pas dormir , et vous savez que depuis une » semaine je n'ai pas dormi. Je sais , ajoutait-il , )» qu'un homme ne peut être sans dormir qu'un cep-

» taiu tems, après quoi îl devient nécessairement » fou , sans que Ton puisse le sauver , et j'aimerais » mieux dix fois me brûler la cervelle que d'être fou 5 » je ne crains pas la mort , je suis plus préparé à n mourir que Ton ne pense.

» Je ne crois pas que milord ait eu Fidée que sa » fin approchait, jusqu'au 18 ^ il me dit alors : Je )> crains que Tita et vous ne tombiez malades en me » veillant ainsi nuit et jour. Je lui répondis que nous » ne le quitterions point jusqu'à ce qu'il fut mieux. )> Gomme il avait eu un peu de délire dans la journée ir du 16 , j'avais eu soin de retirer les pistolets et le » stilet qui , jusque-là , étaient restés à*câté de son yf lit , la nuit. Le 18 , il m'adressa souvent la parole -, » il paraissait mécontent du traitement qu'avaient » suivi les médecins. Je lui demandai alors de me » permettre d'envoyer chercher le docteur Thomas. » — .Envoyez-le chercher; mais dépêchez-vous : je » suis fâché de ne vous l'avoir « pas laissé envoyer » chercher plus tôt. , '

» Je ne perdis pas un moment à exécuter ses or- » dres, et à en faire paiO; au docteur Bruno et à

» M. MillJngen , qui me dirent que j'avais très-bien » fait , parce qu ils commençaient eux-mêmes à être » très-inquiets. Quand je rentrai dans la chambre » de milord : Avez- vous envoyé? me dit-il, — » Oui , milord. — Vous avez bien fait : je désire » savoir ce que j'ai. Quoiqu'il ne parût pas se croire » si près de sa fin , je m'aperçus qu'il s'affidblissait >) d'heure en heure j et qu'il commençait à avoir des )> accès de délire. Il me dit à la fin d'un de ces » accès : Je commence à croire tjue je suis sérieu* » sèment malade; et si je mourais subitement, je » désire vous donner quelques instructions, que » j'espère que vous a^ure? soin de faire exécuter. Je «"l'assurai de ma fidélité à exécuter ses volontés, et » ajoutai que j'espérais qu'il vivrait assez, long-tems » pour les faire exécuter lui-même ► A quoi il ré- » pondit : Non , c'en est fait , il faut tout vous dire » sans perdre im moment. -^ Irai-je , milord , cher- » cher une plume , de l'encre et du papier ? — Oh t » mon dieu , non ; vous perdriez trop de tems , et » je n'en ai point à perdre. Faites bien attention , » me dit-il.

» Votre sort e8t. assuré , Fletcher. — Je vous ^ supplie , milord , de songer à des choses plus im- » portantes. — Oh ! mon enfant , dit-il ; oh ! ma D chère fille , ma chère Adda ! Oh ! mon dieu ! si n j'avais pu la voir ! Donnez-lui ma bénédiction -, » donnez-la à ma chère sœur Augusta et à ses enfans. » Vous irez chez lady Byron-, dites-lui, dites-lui » tout. Vous êtes bien dans son esprit.

» Milord paraissait profondément aflfecté en ce M moment : la voix lui manqua ; je ne pouvais at- » traper que des mots par intervalles , mais il par- » lait entre ses dents , paraissait très-grave , et )) élevait souvent la voix pour dire : Fletcher , si » vous n'exécutez pas les ordres que je vous ai don- )) nés , je vous tourmenterai , s'il est possible. Je lui » dis : Milord , je n'ai pas entendu un mot de ce » vous avez dit. — Oh ! Dieu ! s'écria-t-il , tout est » fini! il est trop tard 'maintenant. Est-il possible » que vous ne m'ayez pas entendu ? — Çîon , milord 5 » mais essayez encore une fois de me faire connaîti^e » vos volontés. — Comment le puis-je? Il est trop >) tard Tout est fini! — Ce n'est pas notre

» volonté , mai» celle de Dieu qui se fait. — Oui , » dit-il , ce n'est pas la mienne ; mais je vais es- » sayer. En efiet , il fit plusieurs efforts pour parler, » mais il ne pouvait prononcer <|ue deux ou trois )) mots de suite , comme : Ma femme ! mon enfant ! » ma sœur ! Vous savez .tout ; dites tout : vous con- )> naissez mes intentions. Le reste était, inintelli-

)) Il était à peu près midi ; les médecins eurent » une consultation , et il fut décidé de donner à » milord du quinquina dans du vin. Il y avait huit » jours qu'il n'avait rien pris que ce que j'ai dit, » et qui ne pouvait le soutenir. A l'exception de » quelques mots que je répéterai à ceux auxquels » ils étaient adressés, et que je suis prêt à leur » communiquer , s'ils le désirent , il fut impossible » de rien entendre de ce que dit milord après avoir » pris son quinquina. Il témoigna le désir de dormir ; » je lui demandai s'il voulait que j'allasse chercher » M. Parry. — Oui, allez le chercher. M. Parry )) le pria de se tranquilliser ; il versa quelques lar- ' » mes , et parut sommeiller : M. Parry sortit de la

» chambre avec Fespérance de le trouver plus calme

» à 8on retour. Hélas ! c'était le commencement de

» la léthargie qui précéda sa m(^t. Les derniers

» mots que je lui ai entendu prononcer furent ceux-

» ci , qu il prononça dans la soirée du 18, à six

» heures environ : D faut que je dorme maintenant.

» Il laissa tomber sa tête pour ne la plus relever ;

» il ne fit pas un seul mouvement pendant vingt-

» quatre heures. Il avait , par intervalles , des suf-

» focations et une espèce de râle : alors j'appelai

» Tita pour m'aider à lui relever la tête , et il me

» paraissait«quil était tout-à-fait engourdi. Le raie

» revenait toutes les demi-heures , et nous continuâ-

» mes à lui soulever la tête toutes les fois qu'il reve-r

» nait , jusqu'à six heures du soir du lendemain 19 ,

» que je vis milord ouvrir les yeux et les refermer

)) sans aucun symptâme de douleur, sans faire le

» moindre mouvement d'aucun de ses membres. Oh !

» mon dieu ! m'écriai-je , je crains que milord ne

» soit mort. Les médecins lui tatèrent le pouls , et

» dirent : Vous avez raison , il n'est plus. »

( TVestmwster-Beçîecv. ) //""• Éd. a3

PAGE l36, VERS 12 ET DERNIER.

MaU tai$otit>n6u$!... La tombe est le sceau du mystèref

Lord Byron exprime la même idée dans le troisième chant d'Harold , après un parallèle entre Voltaire et J.-J. Rousseau.

Ne troublons pas la paix de leurs cendres ; s'ils ont mérité la vengeance du ciel, ils subissent leur peine : ce n^est point à nous de les juger, encore moins de les condamner. L'heure viendra où les mystères de la mort nous seront révélés , l'espérance et la terreur reposent ensemble dans la poussière de la tombe; et lorsque, selon notre croyance, la vie vlend^ nous y ranimer, la clémence divine pardonnera, ou sa justice viendra réclamer les coupables.

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