L£ DERNIER CHANT
Et ^ rappelant de loin son sHne ëvanouie , Compte les tintemens de sa lente agonie.
D^un côté de son lit, debout, le saint vi^Uàrd Elève vers le âcl son sublime regard , Et, tenant dans ses mains une toirche de hêtre. Ressemble au Tems qui voit rëternitë paraître :
^ De Tautre^ entre ses doigts pressant sa froide main , Adda, sous ses baisers, la récbaufiant en vain, S^abandonne en ei^nt à ses seules alarmes ; Ses cheveux sur son seio ruissellent de ses larmes ^ Et, pochant son beau front pro&né par le deuil ,
"^ Ressemble en sa dotdeur à Tange du cercueil , Qui , noyant dans ses' pleurs sa torche évanouie, Regarde palpiter la flamme de la vi%!
Ainsi mourait Harold, et son œil abattu Ne voyait en sVuvrant qu^iimoeence et vertu > Sur ce seuil ou son ame, au terme de sa route , N'aljait pocter, héias! que remords et que doute!..*
Mais déjà son regard ne voit phis ici-bas Que ces songes sànglans , précurseurs du trépas ; n écoute; il entend des bruits, des cris de guerre ; Il croit compter les coups de son lointain tonnerre. Le canon gronde!., ce Allons, mes armes! monjcoursier! Que ma main &sse encore étinceler Pacier!
Que mon dernier soupir rachète des esclaves ! Que mon saag fume au moins sqr la terre des braves^ » Il dit; et succond^int à «e dernier effort , Se soulève ûtec pane, et retombe et s^endort; Mais dans le long délire où ce sommeil le plongg-, Harold rêvait encor , sublime et dernier songe ! Jamais rêve , glaçant Tesprit épouvanté , Ne toucha de plqp près J'horrible vérité !...
Délivré de ces. maux dont la mort nous délivre , Harold à son trépas s'étonnait de survivre,
Et de son corps flétri tramant les vils lambeaux , S'avançait au hasard dans Pombre des tombeaux ; Nul astre n'éclairait Thorizon solitaire ; Ce n'était plus le ciel, ce n'était plus la terre; C'était autour de lui comme un second chaos; Ses deux bras étendus ne touchaient que des os, Qui, cherchant comme lui leurs pas dans les ténèbres , Remplissaient Pair glacé de cliquetis funèbres ; Pareils au flot pressé par le flot qui le suit. Je ne sais quel instinct les poussait dans la nuit; Ils allaient, ils allaient, comme va la poussière Que le vent du désert balaye en sa carrière, Yers ces champs désolés où Josaphat en deuil Verra le genre humain s'éveiller du cercueil. Ces générations, dont la tombe est peuplée, . Sç pressaient pour entrer dans l'obscure vallée. L'ange exterminateur, une épée à la main, A leur foule muette en fermait le chemin.
A peme Harold parait : la barrière se lève; L^ange mx% regards de feu b pousse de son glaive^ Et seul, nu, palpitant^ dans ce terrible lieu, Pour «ubir son épreuve il entre devant Dieu.; Mais le Ghriât, plus brillant que Fétgmelle aurore. Sa balance à la main, n^y jugeait point encore f
« Harold! dît une voix , voici rafircuic moment !
Tu vas te prononcer ton prop/e jugement. =
Pendant que tu vivais, dans une nuit obscure^
Abusant de ces jours que le ciel vous Êoesure ,
Tu perdis à douter ce ^ms fait pour agir!
Bientôt le jour sans fin à tes yeux va surgir!
Mais du dieu qui t'aimait Tineffable démence
T'accorde une autre épreuve. Ecoute! et recommence!
Mais tremble! car tu vas tirer ton dernier sort!
Au Ueu le plus obscur, oii, sur ces champs de mort, II'* Éd. . 17
j3^ LE DERNIER CHANT
La nuit semble épaissir ses ombres taciturnes^
L^ange du jugement vient de placer deux urnes
Dont l'uniforme aspect trompe l'œil et la main;
L'une d'elles pourtant renferme dans son sein
L'incorruptible fruit de cet arbr^ de vie ,
Qu'aux premiers jours du monde une faitale envie
Fit cueillir, avant l'heure, àj'homme criminel »
Fruit qui donna la mort, et peut rendre éternel!
L'autre, cache aux regards , dans son ombre profonde^
Celui qui tenta l'hoftune et qui perdit le monde !
Ce symbole du mal » ce ténébreux serpent ,
Y roule les replis de son orbe rampant.^
Et noircissant ses bords du^enin qui le ronge ^ •
Lance un dard étemel à' la m^in qui s'y plonge !.;
Avant ^e te juger, Jéhova, par ma voix,
T-ordonne de tmterxe redoutable choix;
Mais il te donne encor, pour guider ta paupière,. -
Des trois flai|^eaux divins la céleste lumière;
DU PELERINAGE D* H AROLD. iSi
Marche avec ta raison, ton génie et la foi!
Et si tu les éteiaS) malhenr! malheur à toi ! Ta main, plongeant k Êmx dans Tmiie mal choisît , PulUcraii an hasard on la mort, ou la Tie!., »
XLYIL
Silence! —Tout se tait : Harold, glacé d^effroî, Du ciel à ses côtes voit descendre la Foi; Elle met dans ses mains ce fen pur, dont la flamme Dans la nnit du destin éclaire et guide Famé ; Mais ce jour éblouit son œil épouvantée Harold, aux premiers pas, trébuche à sa clarté, Et rendant à la nuit sa débile paupière.
Le céleste flambeau s^éteint dans la poussière;. Harold emprunte alors celui de la raison;^ Son faible éslat colore un moins large horizon^ n suffit cependant à ses pas quHl assure»
Ses pieds mieux affermis marchent arec mesure;
t3a . LE DERNIER GEANT
Mais des oi$eaux de nuit le vol pesant et bas Fait vaciller ses feux moarans h chaque pas ; De Pombre de sa main en vain il les protège : Lear foule ténébreuse incessamment Tassiége ; Il pâlit, et le vent des ailes d'un oiseau Eteint son autre espoir et son second flambeau!..
Il en reste un dernier !... La clémence ii^ûie Laisse briller encor celui de son génie; Flambeau qui trop souvent brilla sans Tédairerl Harpld, on le portant, tremble de respirer; Et cacbant dans son sein son expirante flamme , Le veille avec efi*roi, comme on veille son ame. Cependant, près do bul, son œil épouvanté Voit baisser par dçgr^s sa douteuse clar^ ; Sur les urnes du sort elle blancbit à p^îm, Il v^ui la ranimer avec sa propre bîdetne ;
DU PÉLERlî^AOE D'HAROLD. i3S
Il souffle... elle s'^tcînt « Malheureux! dit la voîx;
Ta reçus trois fembeaux pour éclairer ton choix;
Tous trois se sont éteints au tenue de ta route :
Uome éclaircira seule un si terrible doute !
Dans son#ein, que la nuit dérobe à ton regard,
Tente un choix étemel , et choisis au hasard !.. »
Une sueur de sang, plus froide q«e la tombe.
Du firottt pâli d'Harold à larges gouttes tombe;
Il reculai il hésite, il voit, U touche en vain;
Trois fois d'une unie à Tautre il promène sa main; •
Trois fois , doutant d^un choix que le hasard inspire,
De leurs bords inceriains, tremblante, il la reftire;
Enfiq , bravant du sort Tarrét mystérieux ,
11 plonge )usqu au fond en détournant les yeux.
Déjà ses doigts , crispés par Thorreur qui les gliMce ,
S^en trouvent pour sonder le ténébreux espace ;
Quand , des plis du serpent soudain enveloppé ,
11 tombe !.. Un cri s'échappe : « Harold , tu t'es trompé ! ! ! »
i34 l'E DERNIER CHANT
Et récho de ce cri, que Josaphat prolokige , L'éveillant en sursant, chasse son dernier songe..";:; Il frémit; il soulève un triste et long regard; Un mot fuit sur sa tèvre^. hélas ! il est trop taidî
II n'est plus f.. il n'est plus , Tenfant die n^on délire f II n^est plus qu'un vain son <^ frémit sur ma lyre ! L'immortel pèlerin est au terme : il s'endort ! * Voyez comme son front repose dans la morti Gomme sa main ouverte , à ses côtés collée ,. S'étend pour occuper le lit du mausolée !
La mort couvre ses yeux, et leur globe éclipsé,. Comme un cristal temi par un souffle glacé ^ Se voilant à demi sous sa noire paupière,.
Semble en la recevant éteindre la lumière.
Est-ce là ce foyer de sentimens divers , D'où l'ame et le regard jaillissaient en éclairs ?
DU PÈLERINAGE D'HAROLD. iS5
Dans VOTQ orbite éteint, ce regard terne et sombre, De ses cils abaissés ne peut plus percer Tombre ; £t ce san, où battait tant de vie et d^amour, , Où cbaque passion frénissait tour-à-tour, Ce sein, dont un désir eût soulève la tombe, Sans inouvement, sans voix, sans baleine, retombe; Et ne peut soulever ce long voile de deuil, €e funèbre tissu, vêtement du cercueil !,..
Mais son ame , où fiiit-elle au moment quHI expire ? Son ame? Ah ! viens , alors! viens , ange du martyre ! Toi) dont la main efi&ce , aux yeux du Tout-Puissant ^ Les pëcbës d'un mortel avec son propre sang î Toi qui y dans la balance où Dieu pèse la vie. Mets la mort d'un héros près des jours d'un impie ! Yiens, les yeux rayonnant d'un espoir incertain, Porter Tame d'Harold au juge souverain ; Et révoquant Tarrêt, sur le livre de grâce Ecrire avec ta palme un pardon qui l'efface !
i36 LE DERN. CHANT DU PELER. D*HAROLD.
Et voas qui jusqu^ici , de climats en climats , Enchaîùës à sa lyre, ayez suivi ses pas; Si ses chants quelquefois ont ëlevë votre ame, Donnez-lui... donnez-lui... ce qu'une ombre rëclame, Une larme!... c'est lîi ce funèbre dénier, Ce tribut qu'à la mort tout mortel doit payer! Et quand vous passerez près du dernier asile Où la croix des tombeaux jette une ombre immobile^ En murmurant des morts la pieuse oraison, N'oubliez pas au moins de prononcer son nom ! Si Dieu compte là-haut les rivets de la terre. •*.. Mais, taisons*nous! la tombe est le sceau du mystère!
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//«* Éd. 18
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