‹ Le dernier chant du pélerinage d'HaroldChapitre 9 sur 15 · PAGE 39, VERS II · texte numérisé non relu

PAGE 39, VERS II

Albano Tentendit , en découvrant Fabime , Saluer i*Océan d*nn adieu si sublime.

Nous faisons allusion ici à ces dernières strophes du IV* chant de Oiilde-Harold , un des plus magnifiques morceaux de poésie que les tems modernes aient produits ; les voici :

D^oule tes vagues d^azur, majestueux Océan ! Mille flottes parcourent vainement tes routes immenses^ Thomme qui couvre la terre de ruines voit son pouvoir s'arrêter sur tes bords ; tu es le seul auteur de tous les ravages dont Thumide élément est le théâtre ! Il n'y reste aucun vestige de ceux de Fhomme^ son ombre se dessine à peine sur ta surface, lorsqu'il s'enfonce comme une goutte d'eau dans tes profonds abtmes , privé de tombeau , de linceul, et ignoré !

Ses pis ne sont point imprimés sur tes domaines , .qui ne sont pas une dépouille pour lui Tu te loulèyes et l6 re-

pousses loin de toL Le lâche pouvoir qu'il exerce pour la destruction de la terre , n'excite que tes dédaios ; tu le &is voler avec ton écume jusqu'aux nuages 9 et tu le rejettes, en te jouant , aux lieux où il a placé toutes ses espérances ; son cadavre gît sur la plage , près du port qu'il voulait aborder.

Que sont ces arméniens redoutables qui vont foudroyer les villes de tes rivages , épouvanter les nations et faire trembler les monarques dans leurs capitales ? Que sont ces citadelles mouvantes , jsemblables à d'énormes baleines , et, dont les mortels qui les construisent sont si fiers , qu'ils osent se parer des vains titres de seigneurs île rjQcéan , et d'arbitres de la guerre? Que sont-elles pour toi ^ un simple jouet. Nous les voyons , comme ta blanche écume , se fondre dans les ondes amères qui anéantissent également l'orgueilleuse Armada ou les débris de Tra&lgar. •

Tes rivages sont des empires qui changent sans cesse , et tii restes toujours le même! Que sont devenues la Styrîe , la Grèce, Rome et Carthage? Tes flots battaient leurs frontières au jour de la liberté , et plus tard , sous le règne des -tyrans , leurs peuples , esclaves ou barbares , obéissent à des

i42 NOTES.

lois étrangères. La destinée fatale a converti des royaumes en

déserts Maïs rien nç chaîne en toi, que le caprice et tes

vagues; le tems ne grave aucune ride sur ton front d'azur : tel que tu vis l'aurore de la création, tel tu es encore aujourd'hui !

Glorieux miroir où le Tout-Puissant aime à se contempler au milieu des tempêtes , calme ou agité , soulevé par la brise , par le zéphyr ou par Taquîlon , glacé vers le pôle, bouillonnant sous la 2one torride , tu es toujours sublime et sans limites ; tu es rimage de Téternité , le trône de l'invisible ; ta vase féconde, elle-même, produit les monstres de l'aUme! Chaque région t'obéit : tu t'avances terrible , impénétrable et solitaire !

Je t'ai toujours aimé , Océan , ejb les plus doux plaisirs de ' ma jeunesse étaient de me sentir sur ton sein, errant à l'aventure comme tes flots. Dès^non enfance, j^e jouais avec tes brisans ; rien n'égalait le. charme qu'ils^ avaient pour moi. Si la iper irritée les rendait plus terribles , mes terreurs me charmaient encore; car j'étais comme un de tes enfans : je me confiais galment à tes vagues , et je jouais avec ton humide crinière 9 comme je le fais encore en ce n^oment.....

PAGE 5l , VERS I.

Où va-t-il ? Il gouverne au berceau du soleil. Mais pourquoi sur son bord ce terrible appareil ?

Lord Byron avait , dit un de se» amis qui le connaissait bien , Fambition de se faire un nom aussi grand par ses actions, que celui qu'il s'était fait déjà par ses écrits. Peu de tems avant sa mort, il composa une ode belle et touchante sur le 36* anniversaire de sa naissance ; ode qui prouve , d'une manière remarquable , cette nouvelle passion. Voici un des couplets :

Si tu regrettes ta jeunesse , pourquoi vivre ? Tu es sur une ^ terre où tu peux chercher une mort glorieuse : cours aux armes, et sacrifie tes jours. Ne réveille point la Grèce ^ elle est réveillée ; mais réveille toi loî-niême !

Lord Byron s'embarqua à Livourne, et arriva à Céphalonie dana les premiers jours du mois d'août 1823 , accompagné de six ou sept amis, à bord du vaisseau anglais VHercule , capitaine Scott , qu'il

i44 NOTES.

avait frété exprès pour le conduire en Grèce. Il aimait à observer la nature ; il passait la plus grande partie des nuits à contempler les objets qui se présentent dans un voyage de mer ; car il savait jouir des charmes de la douce présence de la nuit. Il était bien au-dessus de Taffectation des extases poétiques , mais on voit , dans tous ses ouvrages , combien il trouvait de délices à nourrir son imagination des beautés du monde physique. Il y a dans ses écrits plus d'images empruntées au spectacle de la mer, que dans ceux d'aucun autre poète. Il les devait toutes à la Méditerranée et à ses rivages éclairés par le soleil du midi. Tandis que le vaisseau majestueux glissait à l'ombre de Stromboli , il contemplait le cours mélancolique des vagues , et , quoique plongé dans ses rêveries ordinaires , son œil paraissait plus tranquille , et son front pâle plus doux.

C'était un point très-important de déterminer vers quelle partie de la Grèce lord Byron dirigerait sa course. Le pays était en proie à des divisions intestines ^ il eût craint de donner aveuglément le poids de. son nom à une faction \ il voulait s'in&truire. Il

NOTES. i<5

se détermina à relâcher à Céphalonie -, îl y fut trè«bi^i accueilli par les autorités anglaises.

Lord Byron , après quelque séjour à Céphalonie , sur les instances de JVIaurocordato et du héros Marc Botzaris , vint débarquer à Missolunghi , enflammé d^une ardeur militaire q^i allait jusqu*au délire ^' il le dit lui-même dans, une de ses lettres. Après avoir, de son argent , payé la flotte grecque , il s'occupa de former une brigade de Souiiotes. Cinq cents de ces soldats, les plus braves de la Grèce , se mirent à sa solde le i^^ janvier i8a4 -, et il ne fut pas difficile de trouver un but digne Jeux et de leur nouveau chef.

Page 1