‹ Le dernier chant du pèlerinage de Childe-HaroldChapitre 9 sur 13 · PAGE 91 , VERS I · texte numérisé non relu

PAGE 91 , VERS I

Quel immense corle'ge , en blancs habits de deuil , De colline en colline, etc.

Cet épisode est historique : et , s^il ne rétait pas dans tous ses détails , qui aurait osé l'inventer ?

Dans le recueil des Chants Populaires de la Grèce moderne (*), publiés et traduits par M. C. Fauiiel , on trouve le morceau suivant :

(*) Ce Recueil se vend chez Dondey-Dupre' Père et Fils, Imp.-Lib., rue Si Louis , iv^ 4^» ^^ Marais, et rue Richelieu, nP 67; et chez Ponthieu, Libraire, Palais- Royal , Galerie de bois,

i7a NOTES.

(( Le combat de la première journée ne » fut pas décisif. Le second , celui du » lendemain , fut terrible j il était en- » core un peu incertain , lorsque soixante » femmes , voyant qu'il allait finir par l'ex- » terminadon des leurs , se rassemblèrent » sur une éminence escarpée qui avait un » de ses flancs taillé à pic sur un abîme, au » fond duquel un gros torrent se brisait » entre mille pointes de roc dont son lit » et ses bords étaient partout hérissés. Là, » elles délibérèrent sur ce qu'elles avaient » à faire pour ne pas tomber au pouvoir » des Turcs , qu'elles imaginaient déjà )) voir à leur poursuite. Cette délibération

» du désespoir fut courte , et la résolution » qui la suivit, unanime. Ces soixante fem- » mes étaient, pour la plupart, des mères » plus ou moins jeunes, ayant avec elles » leurs enfans , que les unes portaient à » la mamelle ou dans leurs bras , que les » autres prenaient par la main. Chacune )) d'elles prend le sien , lui donne le der- » nier baiser , et le lance ou le pousse , » en détournant la tête , dans le précipice » voisin. Quand il n'y a plus d'enfans à )) précipiter , elles se prennent l'une Fau- » tre par la main , commencent une danse » en rond , aussi près que possible du » bord du précipice , et la première d'elles

» qui , le premier tour fait , arrive sur le » bord, s'en élance, et roule de roche en » roche jusqu'au fond de l'horrible abîme. » Cependant le cercle ou le chœur conti- » nue à tourner , et , à chaque tour , une » danseuse s'en détache de la même ma- » nière jusqu'à la soixantième. On dit » que , par une sorte de prodige , il y eut » une de ces femmes qui ne se tua pas^

» dans sa chute »

Voilà un des prodiges d'héroïsme et d'infortune dont notre âge est chaque jour témoin Et l'Europe regarde !!!,...

PAGK 93 , VERS II.,

Mais, au moment fata! du divin sacrifice, Quand le prêtre, en ses mains e'ievant le calice , Boit le sang adoré du Martyr immortel , Une vierge s'e'lance aux marches de l'autel , etc.

En Grèce , les oraisons funèbres ou myriologues sont prononcés par des femmes. Voici, à ce sujet, les détails donnés par M. Fauriel, dans son discours préliminaire des Chants Populaires de la Grèce moderne j ohdinX^ qui nous semblent démontrer jusqu'ici, que si les Grecs modernes ont recouvré la valeur de leurs aïeux , ils sont loin encore de rappeler leur génie

ijfi NOTES.

poétique. 11 y a plus de Léonidas et de Thémistocle*que d'Homère et de Tyrtée.

« Les chants funèbres par lesquels on » déplore la mort de ses proches, prennent » le nom particulier de mjriologia^ comme » qui dirait discours de lamentation , coin- » plaintes. Les myriologues ont , avec les )) autres chants domestiques des Grecs , » cela de commun , qu'ils sont d'un usage )) également général, également consacré -, » mais ils offrent des particularités par les- )) quelles ils tiennent à quelques-uns des » traits les plus saillans du caractère et du » génie national. J'en parlerai dans un » autre endroit, pour considérer l'espèce

» et le degré de faculté poétique qu'ils » exigent et supposent : il n'est question » ici que de donner une idée sommaire )) des cérémonies funèbres dont ils font )) partie , et auxquelles il faut toujours les )) concevoir attachés.

» Un malade vient-il de rendre le der- )) nier soupir , sa femme , ses filles , ses )) sœurs , celles , en un mot , de ses plus » proches parentes qui sont là, lui ferment » les yeux et la bouche , en épanchant li- » brement, chacune selon son naturel et » sa mesure de tendresse pour le défunt , )) la douleur qu'elle ressent de sa perte. » Ce premier devoir rempli, elles se re-

» tirent toutes chez une de leurs parentes

» ou de leurs amies les plus voisines. Là,

)) elles changent de vétemens , s'habillent

» de blanc , comme pour la cérémonie

» nuptiale, avec cette différence qu'elles )) gardent la tête nue , les cheveux épars

» et pendans. Tandis qu'elles changent

» ainsi de parure , d'autres femmes s'oc-

» cupent du mort. Elles l'habillent, de la

» tête aux pieds , des meilleurs vétemens

» qu'il portait avant que d'être malade-, et, ^) dans cet état , elles retendent sur un lit

» très-bas , le visage découvert , tourné

)) vers l'orient , et les bras en cro'x sur

■» .sa poitrine.

» Ces apprêts terminés, les parentes » reviennent, dans leur parure de deuil, » à la maison du défunt , en laissant les » portes ouvertes , de manière que toutes » les autres femmes du lieu , amies , voi- » sines ou inconnues , puissent entrer à » leur suite. Toutes se rangent en cercle » autour du mort , et leur douleur s'exhale » de nouveau, et comme la première fois , )) sans règle et sans contrainte , en larmes, » en cris ou en paroles j à ces plaintes » spontanées et simultanées , succèdent » bientôt des lamentations d'une autre es- )) pèce : ce sont les myriologues, Ordinai- » rement c'est la plus proche parente qui

i8o NOTES.

» prononce le sien la première. Après elle )) les autres parentes , les amies , les sim- » pies voisines , toutes celles , en un mot , )) des femmes présentes qui veulent payer )) au défunt ce dernier tribut d'affection , )) s'en acquittent Tune après Tautre et quel- )) quefois plusieurs ensemble. Il n'est pas )) rare que, dans le cercle des assistantes, » il se rencontre des femmes étrangères à )) la famille, qui, ayant récemment perdu » quelqu'un de leurs proches , en ont l'ame » pleine , et ont encore quelque chose à M leur dire -, elles voient dans le mort pré- » sent un messager qui peut porter au » mort qu'elles pleurent un nouveau té-

NOTES. i8ï

)) moignage de leurs souvenirs et de leurs » regrets , et adressent au premier un my- )) riologue dû et destiné au second. D'autres » se contentent de jeter au défunt des bou- » quets de fleurs ou divers menus objets » qu elles le prient de vouloir bien re- )) mettre , dans l'autre monde , à ceux des » leurs qu elles y ont.

)j L'effusion des myriologues dure jus- » qu'au moment où les prêtres viennent » chercher le corps pour le conduire à la )) sépulture, et se prolonge jusqu'à l'ar- » rivée du convoi funèbre à l'église. Ils » cessent durant les pvières et les psalmo- » dies des prêtres, pour recommencer au-

i82 NOTES.

» moment où le corps va être mis en terre. j) Quand quelqu'un est mort à l'étran- » ger , on place sur le lit funèbre un simu- » lacre de sa personne , et Ton adresse à » cette image les mêmes lamentations que )) l'on adresserait au vrai cadavre. Les » mères font aussi des myriologues sur )) les enfans en bas-âge qu'elles perdent , » et ils sont souvent du pathétique le plus » gracieux. Le petit mort y est regrette » sous l'emblème d'une plante délicate, )) d'une fleur , d'un oiseau , ou de tout )) autre objet naturel assez charmant pour » que l'imagination d'une mère se com- » plaise à y comparer son enfant.

NOTES. i85

» Les Qiyriologues sont toujours chan- » tés et composes par des femmes. Les )) adieux des hommes sont simples et la- » coniques. Je n'ai jamais entendu par- » 1er d'un myriologue prononcé par un » homme. Dans la Grèce asiatique , il y a » des femmes myriologistes de profession, » que l'on appelle au besoin, moyennant un » salaire , pour faire et chanter les my- » riologues , ou , pour mieux dire , ce qui )) en tient lieu. ))

(^Chants Populaires de la Grèce moderne.^

PAGE lo4,VERS 11.

Evoquant de ces bords le gc'nie exilé ,

Il s'e'lance , il franchit les hauteurs de Phyle' , etc.

Pliylé , ville ruinée dont on voit encore les débris ^ elle fut prise par Thrasybule avant l'expulsion des trente tyrans.

PAGE Io6 , VERS 5.

Le fe'roce Albanais , PEpirotc au front chauve , etc.

L'Albanie comprend une partie de la Macédoine 5 Tlllyrie et l'Épire. Ce pays, qu'on peut apercevoir des cotes d'Italie , est un des plus beaux de la Grèce. Lord

Byron dit qu il n est point de plume ou de pinceau capables de rendre la beauté de ses sites-, nous pourrions ajouter qu'il n'y a ni plume ni pinceau capables de rendre l'héroïque dévouement de ses habitans ^ dans les derniers lems de la lutte qu'ils ont soutenue , plus que tous les autres , pour l'affranchissement de la Grèce. Ils ressemblent, assure- 1- on, aux montagnards d'Ecosse ^ leurs vétemens , leur figure, leurs mœurs sont les mêmes. Les montagnes de l'Albanie seraient tout-à-fait celles de la Cfilédonie , si le climat en était moins méridional. J'ai trouvé , ajoute lord Byron , en Albanie , les femmes les plus

i86 NOTES.

belles que j'aie jamais vues pour la taille et pour la tournure. Elles étaient occupées à réparer un chemin dégradé par les torrens. Leur démarche est tout -à -fait théâtrale ; cela vient , sans doute , de leur manteau qu'elles portent attaché sur une épaule. Leur longue chevelure fait penser aux Spartiates , et l'on ne peut se faire une idée du courage qu'elles déploient dans les guerres de partisans.

PAGE Io6 , VERS 7.

Les dauphins de Parga, ces hardis matelots

Qui jamais de leur sang ne teignent que les flots.

Les Grecs appellent les Parganiotes,

dauphins des mers. Tout le monde connaît les infortunes de Parga , vendue à Ali-Pacha par les Anglais, aux Turcs par des chrétiens.

Page 1