‹ Le dernier chapitre de mon romanChapitre 7 sur 8 · A LE DERNIER CHAPITRE · texte numérisé non relu

A LE DERNIER CHAPITRE

— A la bonne heure, puisque vous êtes au fait .

— On ne m'y trompe point, en garde!

— Vous défendez donc l'entrée de la rue de Berry?

— Pas de défaite ; en garde !

— Et vous en voulez aux gens qui se marient ?

— Je vous l'ai prouvé, en garde!

— Mais je n'ai point d'arme!

— En second , et point d'arme ! en garde !

— Je ne suis point en second , c'est un quiproquo

— Cela m'est égal , en garde !

Un plus brave auroit reculé; ce maudit homme m'attaquoit d'estoc et de taille, et m'étourdissoit tellement de ses provocations furibondes, qu'il n'v avoit pas moven de placer un mot d'éclaircissement. J'avois déjà rompu de cinq ou six toises , quand mon pied heurta quelque chose de sonore, et je ramassai une épée. A cette rencontre inespérée, je rassemblai toutes mes forces pour justifier la foveur de la providence , et j'opposai une défense opiniâtre à une attaque vigoureuse. Nos fers étincelants se pressoient , se croisoient ,

ft s'eiitreclloqiloieiit en tous sens; et à nous voir si aclianiL's à ce débat homicide, on l'auroit pris pour la suite d'une inimitié ancienne, envenimée par de nouvelles injures; mais mon étoile me servoit d'une manière également bizarre dans tous les genres de combats; et, après m'a voir livré des plaisirs que je n'a vois pu prévoir, elle me créoit des adversaires <jue je ne pouvois haïr; je me bornois donc, autant qu'il m'étoit possible, à me préserver des atteintes du miUtaire, et à déjouer ses tentatives par des parades plus heureuses que savamment combinées. Je ne perdois rien de mon sang-froid , mais la chaleur de l'action sembloit augmenter l'emportement de mon antagoniste ; il s'élançoit comme un lion , se replioit comme un serpent , et se multiplioit autour de moi par la rapidité de ses mouvements et la variété de ses positions. J'allois succomber à la fatigue, lorsque, haletant, épuisé, et toujours furieux, il se précipita lui-même au-devant de mon épée, et s'en traversa de part en part. Je la retirai toutesanglante de la blessure, je déchirai mes vêtements, et je m'empressai d'en préparer un

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appareil j hélas inutile; il venoit de rendre le dernier soupir...

Je m'assis pour reprendre haleine , et pour méditer sur cet étrange événement ; mais l'aspect de ce malheureux m'inspiroitune si forte émotion, que je fus obligé de détourner mes regards de l'endroit où il étoit étendu. Quel fut mon étonnement, quand je retrouvai d'un autre côté le spectacle que je fuvois; et de quelle terreur mes sens ne furent-ils pas saisis, quand je me vis placé entre deux cadavres! Cette circonstance m'expliquoit la rencontre fortuite de Fépée que j'avois prise à quelques pas de là ; mais elle doubloit mes incertitudes et le danger de ma situation. Je n'avois rien fait que d'irréprochable ; et cependant , ce concours inattendu d'incidents extraordinaires compromet toit d'autant plus gravement ma sûreté, que personne ne pouvoit témoigner de ma conduite, et me disculper de ce double assassinat, si on s'avisoit de me l'attribuer. Je pris le seul parti que devoit me suggérer la prudence, et je m'éloignai , avec toute la vitesse dont j'étois capable, de ce théâtre de mésaventure.

DE MO.N UOMAN. i i

Mais la frayeur couroit avec moi ; vX ma bravoure, qu'une rixe imprévue n'avoit point trouvée en défaut, ne tenoit pas à l'idée des poursuites de la justice ; le bruit le plus léger , l'apparence la plus incertaine , me faisoient craindre un accusateur, et je voyois partout des commissaires et des prévôts. Parvenu à un fossé de peu de largeur que je me disposois à franchir, je crus apercevoir plus distinctement les formes d'un homme debout, mais immobile , qui sembloit m'attendre au passage et me regarder fièrement. Après une minute de perplexité , je me composai de mon mieux, et je marchai à l'ennemi. Heureusement, ce nouveau péril n'étoit pas de nature à justifier mon effroi , et je ne pus m'empécher d'en sourire lorsque je me fus convaincu , par une rapide inspection , que l'objet qui m'avoit tant ému n'étoit autre chose qu'un habit noir surmonté d'une perruque de cérémonie , et symétriquement fiché au haut d'un pal, comme la cotte d'armes de quelque noble chevalier. Je n'essayai point de me rendre compte des motifs qui avoient nécessité l'érection de ce singulier manne-

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