SCÈNE Xlfl
Les Mêmes, GAILLARD.
GAILLARD, chargé de paquets * ** .
J’apporte des chaussettes, des cravates, des foulards ; (a VerpitloD.)mais ne me demande plus rien! (n pose le tout sur un meuble.)
Monsieur Gaillard, je suis venu comme c’était dit, pour vous présenter ma fille Lucienne !
Ah ! la jolie enfant I
LUCIENNE, h part.
Il n’est pas beau, le bonhomme* * I
CAMUSEAU.
C'est-y vrai que vous avez changé d’idée?
Moi?
PRUDENCE
Sans doute... à quoi vous servirait une femme, puisque vous avez un fils ?
VERPILLON.
Et un fils de dix-neuf ans 1
* Prudence, Médard, Gaillard, Camnsean, Lucienne, Verpillon.
** Prudence, Médard, Gaillard, Lucienne, Camuseau, Verpillon.
LUCIENNE
Qui est très-gentil ! (Varpillon remonta an fond i droite et va près la table.)
MÉDARD
C’est vrai, Papa... à quoi que ça vous servirait ?
GA1LLA RD.
Mais dam!... C’est par précaution ! — J’ai un fils... mais, si j’en avais deux, je serais plus sur d’en avoir un ! '
CAMUSEAU.
Ainsi, vous épousez Lucienne ?
Plutôt dix fois qu’une I
LUCIENNE
Oh 1 mais je ne veux pas 1
MÉDARD
Oui, Papa ! elle en tient pour moi I
CAMUSEAU, bas à sa fille.
Mais M. Gaillard est millionnaire, petite bête !
LUCIENNE
Ah ! vous êtes millionnaire, monsieur Gaillard ?
Oui, mademoiselle!... Je suis colossalement riche !
LUCIENNE
Ah! dame!... C’est un bel état ! (Vcrpiiion, qui est au fond, A droite, est irrite de tout cc qu’il entend, brise une assiette et vient # en scène.*)
VERPILLON, allant à Gaillard.
C'est honteux 1 c’est honteux! un vieux rabougri comme toi, qui a un fils unique... un fils qui fera relleurir les Gaillard... qui t’entourera d’une famille de petits Gaillard... un fils qui compte sur ta succession!., et tu veux lui enlever cotte douce perspective ?
Tu es gentil, toi !... Tu es à croquer !
* Prudence, Mcdard. Gaillard, Verpillon, Lucienne, Camuseau.
VERPILLON.
C’est une spoliation !...
PRUDENCE
Oui, monsieur, c’en est une !
VERPILLON.
Tu es un mauvais père !
MÉDARD
Oh 1 Papa, c’est vilain !
LUCIENNE
Oui, monsieur, très-vilain !
Laissez-moi en repos! ma résolution est coulée en bronze
CAMUSEAU.
Tenez bon, M. Gaillard 1
VERPILLON, à part. *
Détournons! (Hant.) Eh 1 bien, nonl... et, puisqu’il faut révéler ici des secrets que je voulais ensevelir à cent pieds sous terre... ce mariage est impossible !
Impossible ? Pourquoi ?
VERPILLON.
Parce que Lucienne et Médard.... Médard et Lucienne... Ces jeunes gens se connaissent depuis longtemps... Certes, ils n’avaient pas l’intention... mais l’amour... Je ne veux pas excuser Médard... il a été bien coupable!,.. Enfin, il faut les unir 1... c’est indispensable!... Il n’est que temps I il n’est que tèmps !
CAMUSEAU.
Qu’est-ce que VOUS dites donc là ? (Verpillon remonte an fond **. GAILLARD.
Serait-il vrai, Médard ?
MÉDARD
Quoi ?
* Prudence, Médard, Gaillard, Verpillon, Lucienne, Camusean. •• Verpillon, Prudence. Médard, Gaillard, Lucienne, Ciuiuseau.
Ce qu’il vient d’affirmer ?
MÉDARD
Dame ! faut croire !
CAMUSEAU.
Il l’avouel mais défends-toi donc, Lucienne! Tu vois bien qu’on te ternit !
LUCIENNE
Moi? comment?
CAMUSEAU.
Tu n’as donc pas compris ?
LUCIENNE
Non, je n’ai rien compris!
CAMUSEAU.
Ah! petite dissimulée!... Te v’ià bien comme ta mèro ! (n
fait passer Lucienne à sa gauche*.)
*• LUCIENNE
Maman?...
CAMUSEAU.
Oui !... heureusement, je ne suis pas ton père!
LUCIENNE
Vous ?
CAMUSEAU.
Je ne suis que ton oncle! (a tous.) Et elle est la fille de ma sœur Popeline!
TOUS
Popeline! (vèrpillon remonte au fond**.)
CAMUSEAU.
Vous avez dû entendre parler de ça, monsieur Gaillard... puisqu’elle travaillait chez vous! Elle a écouté un gueux, que •je ne connais pas et qui l’a subordonnée . .. Alors, Lucienne est venue au monde I...
* Prudence, Médard, Gaillard. Vèrpillon, Lucienne, Carnuseau.
** Vèrpillon, Prudence, Médard, Gaillard, Lucienne, Carnuseau.
Mais, d’après ça, ce serait donc Lucienne... et ce ne serait pas Médard?
PRUDENCE, bas h Verpillon.
Tout va se découvrir!
VERPILLON, bas à Prudence.
Détournons! ,11 passe devant Prudence, bouscule Médard et Gaillard, et va se jeter aux pieds de Camuseau... Haut *.) Ali! vertueux Camuseau, je me jette à vos pieds!
CAMUSEAU.
Vous?... *
VERPILLON.
Pardonnez à mon repentir!... Pauvre chère Popeline!... si elle vivait encore, je lui offrirais toutes les réparations... mais il est trop tard... et tout ce que je puis faire, c’est de reconnaître Lucienne!
CAMUSEAU.
Quoi! vous seriez?...
VERPILLON, se levant.
Lucienne! ma fille! viens sur mon cœur!... (il l'étreint.)
LUCIENNE
Ali! bah!... vous, mon père**!
MÉDARD
Mon Professeur!
PRUDENCE, à part.
Est-il roué!
GAILLARD, allant 11 Verpillon.
Alors, c'est à toi que je m’adresse; j’ai l’honneur de te demander la main de ta tille!
LUCIENNE
Refusez, Papa!
VER P1ULON.
La main de ma fille... à toi! ti i ! ! . . Je la donno à Médard!
* Prudence, Médard, Gaillard, Verpillon, Camuseau, Lucienne.
** Prudence, Médard, Gaillard. Verpillon, Lucienne, Camuseau.
Mais, malheureux, Médard ne peut être son mari!
VERPILLON.
Mais si ! mais si !
Puisqu'il est aussi le fils do Popeline!
TOUS
De Popeline I
VERPILLON, à part, tout déconfit.
Je n’avais pas réfléchi à ça !
CAMUSEAU.
De Popeline? C’est faux! elle n’a jamais eu qu’une fille!
VERPILLON.
Le blanchisseur a raison!
MÉDARD *
Puisque Papa le dit! (Allant à Verpilion.) C’est vous qui ôtes cause de tout! Un joli Professeur! Vous me chipez mon déjeuner, mon argent, ma montre, mes habits... et vous alliez me faire épouser ma sœur! Vous n’ôtes qu’un filou!...
VERPILLON.
Insolent! (il lui lionne un coup de pied.)
MÉDARD, tombant dans les bras de Gaillard.
Oh! Papa! il m’a flanqué un coup de botte!
Je l’ai senti... moralement! Je le blâme... et t’autorise, pour cette fois seulement, à lui rendre la pareille!
MÉDARD
Merci, Papa 1 (il S’apprête b donner un coup de pied à Verpilion.) PRUDENCE, passant derrière Gaillard, et arrêtant lo pied de Médard **. Arrête, malheureux! tu frapperais ton père!
TOUS
Son père!...
* Prudence, Gaillard, Médard, Verpilion, Lucienne, Camusean.
** Gaillard, Prudence, Médard, Verpilion, Lucienne, Camiscau.