SCÈNE VI
PRUDENCE, VERPILLON.
PRUDENCE
•C’est donc vous... infâme que vous êtes! (Elle le prend au
collet.)
VERPILLON.
Prudence, ne récriminons pas! Je vous ai quittée, c’est vrai...
PRUDENCE
Quand vous veniez do m’épouser on cachette de M. Gaillard...
VERPILLON, s'étant dégagé.
Qui ne voulait pas de femme mariée à son service...
PRUDENCE
Et vous m’avez plantée là... au bout d’un mois do mariage!
VERPILLON,
C’est encore vrai!... mais pourquoi?
PRUDENCE
Oui, pourquoi, misérable?
Pourquoi? parce que je t'aimais!
PRUDENCE
La belle preuve 1
VERPILLON.
Je n’avais rien... ni vous non plus; je tirais le diable par la queue... et je n’ai pas voulu vous atteler, avec moi, à cette machine!... Je suis parti... J’ai été, sous d’autros climats, conquérir des trésors, pour les déposer à vos pieds !
PRUDENCE
Eh bien, où sont-ils, vos trésors?
VERPILLON.
Je les rapporte!... Des trésors d’expérience et de philosophie... qui rendent l’homme supérieur à l’adversité! prudence.-
Ah! c’est joli! nous voilà riches avec ça!... Et, s’il n’y avait que moi, je ne me plaindrais pas!... mais Médard, le petit Médard... cet enfant que nous avons trouvé dans la campagne?
VERPILLON.
N’était-ce pas un jour qu’il faisait très-chaud?
PRUDENCE
Justement!... nous nous promenions dans les blés...
Où nous allions cueillir des bluets. ..
PRUDENCE
Lo mioche dormait, comme une souche, au milieu de la paille...
VERPILLON
Tout à coup, un orageéclate... et il tombe une forte averse!
PRUDENCE
Nous emportons lo petit, pour qu’il ne soit pas trempé...
VERPILLON.
Et nous l’avons appelé Médard... à cause de la pluie.
PRUDENCE
Par malheur, lo marmot ne parlait pas encore!
VERPILLON.
Nous l’avons fait tambouriner dans tous les environs...
PRUDENCE
Mais il n’y a pas eu do réclame...
Et nous l’avons gardé!
PRUDENCE
C’est-à-dire que c’est moi qui l’ai gardé... car, trois jours après, vous décampiez sans songer à lui!
VERPILLON.
J’y songe à l’instant!...
PRUDENCE
Trop tard !... il n’est plus à nous !
VERPILLON.
Médard serait défunt?
PRUDENCE
Non! il est gros et gras; mais, vous croyant disparu pour toujours, j’en ai disposé !
VERPILLON.
Vous l’avez vendu?... c’est raide*!
PRUDENCE
Je l’ai placé avantageusement! M Gaillard désirait un rejeton mâle... et, au moyen de la lettre d’une certaine Popeline, qu’il avait connue jadis, je lui ai persuadé que Médard lui appartenait.
VERPILLON.
C’est très-fort!... et il a endossé le petit?
PRUDENCE
En plein 1
Mais l’enfant de cette Popeline?
PRUDENCE
On ne sait pas ce qu’il est devenu!
VERPILLON.
Ainsi, ce maçon dont Gaillard me parlait tout à l’heure...
PHUDENCE.
C’est Médard... qui n’a jamais su d’où il venait I... et c’est en qualité de Marraine que je l’ai élevé!
* Vorpillon, Prudence.
YEllPILLON.
Il y a des personnes grincheuses qui trouveraient tout ça un peu fantaisiste!,.. Mais, pour moi, qui suis allé au Japon... c’est une opération financière... c’est de la haute banque!
PRUDENCE
L’enfant, au lieu de végéter dans le plâtre, aura une position superbe!
VERPILLON,
Le confiturier lui donnera de la fortune!
Et de l’éducation !
VERPILLON.
Gaillard m’a nommé son Professeur; je lui apprendrai l’emploi des richesses!
PRUDENCE
Nous ne le quitterons plus!
VERPILLON.
A-t-il delà chance, ce polisson-là!
MÉDARD, paraissant an fond.
La porte à gauche ! bon ! ça doit être ici !
PRUDENCE
Oh! oh!... Le voici! je l'entends!