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Le dernier des martyrs [microforme]

Le dernier des martyrs... non pas ; le plus récent ! Les oppresseurs se sont toujours trompés : le sang Des héros en produit infailliblement d’autres. Le bon droit n’en est pas à ses premiers apôtres ; Il n’en est pas non plus à ses derniers martyrs. Avant que luise enfin le jour des repentirs ; Avant que le soleil de justice se lève ; Avant que la rancune ait émoussé son glaive, Le sang bien sûr encor rougira notre sol.

he Le bourreau n’a pas dit son dernier mot ; un vol ; Sinistre de corbeaux sur les têtes tournoie ; Un cadavre c’est peu pour leur faim, et la proie Qu'on vient de leur livrer les met en appétit. Ecoutez la clameur qui là-bas retentit, # Ou plutôt cette voix bestiale qui beugle ; à C’est le rugisseinent du Fanatisme aveugle ; Le hurlement du monstre encore inassouvi. Tant que, sous son pied bot, notre peuple asservi N’aura pas mis son front et plié son échine ; : Tant que nous n’aurons pas, insensible machine, EA Sans luttes, pour pâture à ses instincts étroits, # Abandonné, joyeux, le dernier de nos droits ; } À Tant que nous n’aurons pas, à son intolérance, | É Sacrifié jusqu’au souvenir de la France ; Tant que notre foi sainte, à l’abri des lacets,

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Gardera nos enfants, fiers, libres et français ;

Tant que, par droit d’ainesse et par droit de conquête, Notre race, chez soi, marchera haut la tête,

On entendra rugir le despote. Il lui faut

Notre asservissement ou sinon... l’'échafaud !

Donc tout est consomme, Dans notre fière époque, Quand de tous les côtés s’ébranle et se disloque L’enchevêtrement noir des préjugés boiteux ; Quand des anciennes lois les vieux codes honteux, Devant l'éclat vainqueur des lumières modernes, Eteignent, un à un, leurs fumeuses lanternes ; Quand on voit tous les jours se dissoudre sans bruit Quelque étai vermoulu d’un régime détruit ; Quand de l'humanité la caravane en marche

Voit poindre à l’horizon la colombe de l’arche, Apportant dans son bec le rameau fraternel ; Quand, secouant partout le joug originel

De l’antique union des erreurs et des haïnes,

Les peuples, l'œil tourné vers les:aubes prochaines, Semblent se dire enfin, dans un commun accord, Qu'il est un droit plus saint que celui du plus fort ; Oui, dans ce siècle où tout s'élève et s’émancipe ; Chez nous, au plus flagrant mépris de tout principe De clémence, d'amour, de paix et d'équité,

A la face du monde et de la liberté,

Sur le classique sol de toute indépendance,

Pris de férocité, gonflés d’outrecuidance,

On a vu des guerriers et des hommes d'Etat, Juges, bourreaux, unis dans un même attentat, Au-dessous d’un gibet qu’un peuple entier renie, Groupés pour savourer un râle d’agonie !

Civilisation, admirez! ou plutôt

Contemplez, Patagon, Maoris, Hottentot !

Mancassars, qui de sang tatouez vos visages ! Cafres, qui dévorez vos enfants en bas âge !

Approchez, Turajas, Tamboukis, Moluquois !

Venez, restes épars des cruels Iroquois,

Sioux, aux flancs de qui pendent des chevelures, Fidjiens, qui jetez du sel sur les brûlures,

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