‹ Le dernier des martyrs [microforme]Chapitre 2 sur 4 · PSS LL LS LL SL SL LS SSL LL LS LÉ · texte numérisé non relu

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Dont vous déchiquetez votre ennemi vivant,

Voici pour vos regards un spectacle émouvant !

Venez tous, Papouas, Boers, Zoulous, Comanches ; Regardez bien ces blancs qui retroussent leurs manches, Et voyez ce qu'on fait quand on est baptisé,

Qu'on est bon orangiste, et bien civilisé !

Loin de tout ce qui brille et de tout ce qui tente,

Un brave petit peuple avait planté sa tente

Au désert, sur les bords de grands prés giboyeux, Pour labourer le sol où chassaient leurs aïeux.

Bons, paisibles, naïfs, ne lisant qu’au grand livre

)e Dieu, ne demandant rien que le droit de vivre

Et mourir à l’abri de toute agression,

Ils travaillaient avec la seule ambition

De léguer à leurs fils le petit coin de terre Qu'ils arrosaient de leur sueur de prolétaire...

La persécution les attaqua chez eux,

Et, sans même invoquer de prétextes oiseux, Sur leurs biens, au soleil qui lt it pour tout le monde, S'en vint effrontément poser sa patte immonde, Alors ces paysans, sans fusils, sans canons, Retranchés sous les bois et dans leurs cabanons, Défendant corps à corps leur franchise usurpée, Furent tout simplement des héros d'épopée,

Ils vainquirent d’abord, mais on les écrasa :

Contre ces quatre-vingts rebelles on osa,

—Deux grands cœurs ont depuis, sans morgue et sans faiblesse, Reçu pour cet exploit des lettres de noblesse, — Risquer, durant trois jours de combats imprudents, Cinq mille hommes de troupe armés jusques aux dents !

Mais l’on avait la ruse... et des parlementaires !... Confiant dans l’honneur et la foi militaires,

Le chef, pour protéger les femmes, les enfants,

Se livra de lui-même aux vainqueurs triomphants. Les fatigues, la faim, les anxiétés sombres

Avaient sur s& . ‘14e, hélas ! jeté leurs ombres. Les épreuves l’avaient vaincu ; la trahison

Dans son âme acheva de tuer la raison.

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Sa vue eût attendri des loups ; mais l'Orangisme Ne fut jamais suspect de sentimentalisme.

On fut clément pourtant : Riel, à son pied nu, Ne dut traîner qu’un seul boulet, Du reste on eut La générosité d'épargner la torture.

On ne lui disloqua ni muscle ni jointure ;

Nuls brodequins, nuls fers rougis, nul chevalet ; Rien qu’une chaîne avec un tout petit boulet !... Puis, vite un tribunal ! vite un jury complice, Un juge bien choisi, puis, là, dans la coulisse, La lèvre torse et l’œil tout injecté de sang,

Le fanatisme avec son museau grimaçant !...

— Mais cet homme n’a fait que défendre ses frères

Et leurs foyers. — À mort ! — Mille actes arbitraires Ont fait un drapeau saint de son drapeau battu... — A mort !...— Mais, songez-y, cet homme est revêtu Du respect que l’on doit aux prisonniers de guerre : Vous avez avec lui parlernenté naguère,

— A mort !...— Mais tout rayon en lui s’est éclipsé ; Allez-vous de sang froid tuer un insensé ?

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C’est impossible ! — À mort !...— Mais c’est de la démence ;

Pour lui le jury même implore la clémence...

A mort !...— Un peuple entier réclame son pardon ; Son supplice peut être un terrible brandon

De discordes sans fin et d’hostilités vaines....

Allons ! — À mort ! il a du sang français aux veines !

— C'est ce sang qu’il vous faut ? eh bien, vous avez tort :

Un martyr ne meurt pas, — À mort ! à mort ! à mort !...

A mort, soit. Mais la mort a des formes nombreuses. Pourquoi ne pas prouver, en âmes généreuses,

Par des raffinements encore inusités,

Que l’on peut être artiste en fait d’atrocités ?

C’est là ce qui fut fait, De semaine en semaine,

De sursis en sursis, la justice inhumaine

Laissa flotter la corde au cou du condamné.

Tuer c’est peu de chose ; un homme assassiné

C’est bientôt fait ; —pour mieux jouir de sa souffrance, N'était-il pas charmant de laisser l'espérance

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