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échoua cinq ans plus tard , parce que ce n'est rien que d'entreprendre les choses avec de grands moyens, si Ton ne saisit le temps opportun. Les Napolitains avaient oublié Henri de Lorraine. Le gouTernement espagnol avait accordé au peuple ce qu'il désirait , et pris de* telles précautions que €'«iit été folie de persister. Le commandant des forces de mer, M. de Fiosvilte , se mit d'ailleurs en querelle avec SOn Alt^se dés le jour du départ, et ne visa qu'aux moyens de lui nuire , ayant d^autres projets en tête qu'il voulait faire adopter au cardinal. Il fallut revenir comme <m était parti , sans avoir livré bataille. L'Espagne ne s'effraya point 9 et r^n disait à Madrid que la France, reconnaissant enfin le mérite de M. de Gutae , l'employait à donner glorieusement un grand oou^ d'épée dans l'eau.
Avant de quitter l'Italie pour la seconde fois 4 Henri de Lorraine entendit un jour la messe à Sorreate ; et comme son aumônier était malade , il fit venir un vieux prêtre du pays pour se confesser à lu!»
Quand il eut récité ses prières, il corn* mença ses aveux de la sorte :
— Mon ami , j'ai fait couler bien du sang dans ma vie...
— Par Bacchus ! interrompit le bonhomme, n*allez-you8 pas vous accuser d'à- Yoir été trop cruel pendant Yotre séjour i Naples ! Moi, Je vous dis que vous étiez trop doux pour ces canailles ; si vous les eussiez traités comme ils le méritaient , on en aurait pendu les trois quarts , et nous ne serions point sous la tyrannie espagnole.
Allez , Altesse , votre belle âme n'a pas besoin de s'humilier à demander pardon. Je vous absous sans vous écouter davantage.
— Mais , mon ami , j'ai d'autre» péchés dont il faut que je Vous entretienne.
—Des bagatelles, des amourettes ! Qu'estce que cela? Un héros comme vous , et un Guise , ne va pas en enfer. Pour qui donc serait fait le paradis? Je vous dis que vos fautes vous sont remises. N'y pensez plus; je prends cela sur moi. Si le ciel le trouve mauvais , qu'il m'en punisse.
Le vieux curé donna l'absolution au prince , et causa politique avec lui ; après quoi il lui baisa les mains en lui souhaitant toutes sortes de prospérités.
M. de Guise reyint à Paris fort piqué au jeu par son mauvais succès. Il le voulait réparer dans une autre entreprise contre les provinces des Flandres. 11 s'emplissait l'imagination de plans de campagne,' et passait les journées, étendu sur des cartes géographiques. En dernier lieu, il songeait à une expédition hardie , pour transporter le théâtre de la guerre au cœur de l'Espagne en pénétrant jusqu'à Madrid , lorsque la paix avec Philippe IV et le mariage du jeune roi Louis XIV vinrent l'arrêter dans ses rêves ambitieux. Il voyait souvent alors Monsieur et la princesse de Montpensier; il leur contait ses projets. La seconde fille de Son Altesse Royale, qu'on appelait la petite Mademoiselle ,^se prit d'une admiration extrême pour notre héros. Il l'épousa , et l'on voit , par les mémoires de sa belle-sœur , qu'il eut une fort grosse dot avec la moitié du palais du Luxembourg.
Le roi cherchait alors à rétablir l'ordre à la cour, qui avait été troublée au point que l'étiquette n'y avait plus de force. Chacun se livrait à des prétentions ridicules
et ôberchail à usurper sur l^s droits de souYoisid. Sa Majesté apprit que M. de Guise donnait lui-même la serviette à sa femme et lui portait le couvert avant de se mettre à table, parce qu'elle était plus princesse qu« lui. Le roi en conçut une estime particulière pour Henri de Lorraine i et témoigna publiquement le plaisu* que lui causait ce sentiment profond des devoirs et du respect pour le sang royal. Il en résulta que , le jour du grand carrousel de 1662^ Son Altesse eut Thon^ neur de commander le quadrille des Mores.
M. le prince de Gondé figurait à la tête dett Turcs 9 et l'on sait ce que dirent les courtisans :
— Voilà les deux héros de la fable et de Tbistoire.
Il est certain que si la chevalerie n*eût pas été passée de mode , nous ne savons lequel de ces deux grands personnages eût effacé l'autre. Par ses brillantes aventures, ses prodigalités , ses amours et ses prouesâ ses de paladin /M. de Guise était le plus beau modèle que pût trouver un faiseur
d'Amadts. La Calprenède.ea aurait bien écrit doiioe Yolumes.
Pendant les longues années de paix qui suivirent le mariage du roi, la France jouis* sait d'une prospérité qu'elle n'avait pas connue depuis plusieurs siècles. On pourrait croire que Henri de Lorraine , placé à la cour au premier rang aireo Tamitié du monarque , devait goûter les douceurs du repos, persécuté par Richelieu ou aban^ donné par Mazarin , il n'avait pas adressé au ciel une plainte ; mais au sein des honneurs, du calttie et de là richesse, il éprou* vait de l'ennui. Dévoré par un étrange be-* soin de mouvement , il aHait et veiiait sans cesse, changeant tous les Jours de résidence Sans se trouver à l'àise nulle pàxti. |Le mé^ decin Yallot lui conseilla les bains de mer et lé croyait hypocondriaque ; cependant le prince ne tournaR Jamais sa mauvaise humeur contre les autres.
On pariait alors de cette expédition contre Candie, qui eut un si mauvais résultat.
C'était bien la guerre la plus aventureuse
qu'on pût imaginer. La jeunesse du roi
doit seule expliquer cette entreprise folle, car il n'était pas autrement besoin de pren* dre souci des affaires du Turc. Ce fut un reste des idées de croisades qui jetaient leur dernier feu. La turbulence naturelle aux Français y entrait aussi pour quelque chose : la maladie qui tourmentait notre héros est assez commune en notre pays.
Dès qu'il eut connaissance du projet, Henri de Lorraine courut chez le roi.
— Il faut, dit-il, que j'avoue à Votre Majesté une faiblesse de mon caractère.
Depuis quatre ans que nous demeurons en paix, je me sens tout rongé par l'ennui. Les délices de la plus belle cour du monde entier ne suffisent point à occuper mes esprits. Si Votre Majesté doittirerdu fourreau quelque épée, je la supplie que ce soit la mienne. Je ne voudrais point finir comme feu mon oncle le chevalier de Gi^ise, qui se tua lui-même par oisiveté.
' — Prenez patience , mon cousin, répondit le roi. Je vous promets que VQls'^j.brftS ne sera pas longtemps au \repos. Je ne dors guère plus tranquillement que vous,
en songeant que la Franche*Cointé nous manque et que le Rhin n'est pas notre frontière. L'expédition contre Candie n'est pas encore tout à fait résolue ; mais je tous en donnerai le commandement si elle a lieu.
— Votre Majesté me rend la vie. Pour fui témoigner ma reconnaissance, je la conjure de sopffrir que je mette du mien aux dépenses de la guerre, en équipant à mes frais une compagnie de gentilshommes.
— Gomme il tous plaira, monsieur le
<luc. Je TOUS laisse la carie blanche , et je
voudrais TOir tous ceux qui ont de grands
biens comme tous, employer leur argent
d'une aussi belle manière.
Henri de Lorraine acheta aussitôt trois cents chevaux excellents, aTCC les armes et l'équipement complet d'une compagnie légère; puis il s'en alla partout, recrutant les jeunes gens qui avaient la réputation d'être braTcs. Il fit les choses avec une magnificence poussée à la profusion , donnant de grosses sommes à ceux qui avaient des dettes et tenant table ouverte. La plupart des
genUlfthommes qui raTàîent 8i bien serti à Naples le vinrent rejoindre. Dés Essarta et M. de Forbfti étaient du nombre; Son Altesse y dépensa quatre cent mille écus d*or« Le roi , qui savait bien juger les hoinmes ^ n'eut point d'ombrage ^de la suite énorme qui accompagnait le prince, et disait aux courtisans :
— Avec trente personnes aussi libérales que 'M« de Guise , je n'aurais pas besoin d'autre armée pour envoyer prendre Gan* die.
Au milieu de ces préparatifs , Henri de
Lorraine avait retrouva la joie et la santé.
L-embonpoint lui était revenu au visage* Gependant, s'il avait pu consulter l'astrologue de Naples ^ il ayrait appris que l'étoile
des Guise était à son déclin. On doit regretter, pourThQnneur de ce beau nom, qu'il n*ait point fini sur un champ de bataille ^omme le pertpettait l'ordre naturel des 43boses, puisqiie le sort avait décidé que l'expédition de Candie serait le tombeau de tous ceux qui l'entreprenaient.
Un jour qu'il s'était fort échauffé à des
exereiees militaires , notre liéros commît l'imprudence de boire de l'eau glacée.
C'était une habitude qu'il avait gardée de son séiour en Italie. En rentrant à soa palais du Luxembourg, un grand frisson le prit, et comme il se coucha sans vouloir appeler son médecin , on le trouva mort dans son lit le lendemain. Le livre de la guerre , de Machiavel, était sur ses genoux,
et sa lampe de nuit brûlait encore , ce qui prouve qu'il avait passé de vie à trépas subitement, sans beaucoup souffrir. Ses affaires étaient dans un ordre parfait, et ^ d'avance , il avait préparé son testament par lequel il laissait à ses gentilshommes une année de leur solde avec les chevaux et bagages qu'il leur avait fournis.
Après la mort de Son Altesse, on «ait que le duc de Beaufort eut le commandement de l'expédition contre les Turcs , et qu'il y périt avec tout son monde, sans que l'ennemi lui-même pût le trouver parmi les cadavres. Il est évident par là que Henri de Lorraine était marqué par un arrêt suprême comme une victime livrée à
la destruction. Il était dans la quaranteneuvième année de son âge.
En jetant un coup d'œil sur la vie étrange de notre héros, on peut se demander à quoi bon ces nobles qualités , cette beauté d'âme et ce courage , unis au plus glorieux nom de notre histoire , pour qu'une destinée capricieuse et des faiblesses déplorables vinssent tourner tant de, grandeurs en petites choses , et faire en sorte que ce fussent des trésors perdus. Si la foi ne nous obligeait à baisser la tête devant Içs volontés célestes , Thomme se pourrait croire abandonné sur la terre à un aveugle hasard , et ces exemples par lesquels la Providence impénétrable se plait à dérouter nos intelligences , serviront plus d'une fois d'aliment aux reflexions du doute et de l'impiété.
On voit , par Favant-propos du gros mémoire de Saint-Ton sur la première expédition de Naples (1) , que M. de Guise laissait un fils âgé de cinq ans , et qui promettait
(1) 1 volume in-4s Paris, 1665.
de ressembler fort à son père. Cet enfant mourut dans sa septième année, d*une rougeole pourprée qui courait en France.
Les autres personnages de cette histoire sont tous de si haute volée qu'il n'est pas besoin de dire ce qu'ils sont devenus. M^^°de Pons, après avoir fait mal parler d'elle par ses galanteries étant fille d'honneur, attira les regards du jeune roi Louis. XIV, et fut un moment rivale de W^* de La Yallière.
Mais si elle pouvait entrer en balance avec cette aimable femme pour la beauté , il n'y avait nulle comparaison à faire pour l'esprit et les qualités du cœur ; elle devait perdre la partie , et la perdit en effet.
M. de Guise la revit à la cour, dans le temps qu'elle intriguait pour devenir favorite , et n'eut jamais le moindre retour de sa faiblesse pour elle. On a vu que l'amour avait assez d'énergie quand il prenait possession de Son Altesse; mais aussi quand une fois il s'envolait , c'était pour tout de bon.
Gabrielle de Pons épousa le marquis d'Heudicourt', et vécut confondue parmi
ces clames qui jouaient au château le rôle d'ornemenls. Elle serait moins ignorée si elle fut restée fidèle à notre héroa etqu'elle eût été la dernière ducheae de Guise.
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