‹ Le dernier Duc de GuiseChapitre 10 sur 12 · PAUL DE HU86ET · texte numérisé non relu

PAUL DE HU86ET

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dans le bruit et les batailles, sMi retournait en France. II se reprocha comme une chose honteuse de perdre sa jeunesse dans les délices , tandis que ses parents et ses amis maniaient leurs ëpées en pleine rue au milieu de Paris, Il ne rêva bientôt plus que guerre, et, dans son sommeil, il se voyait couvert de la cuirasse du grand Balafré, distribuant des horions de paladin , menaçant du fer de sa lance le trône chancelant, et faisant trembler la reine mère au fond de son palais.

Le loisir de délibérer ne lui manqua point, car les choses allaient avec une lenteur incroyable à la cour d'Espagne. La temporisation y était poussée jusqu'à la 'manie. L'opinion du roi était qu'on devait appuyer M. de Guise pour donner un surcroit d'embarras à M. deMazarin; mais don Louis de flaro ne partageait pas cet avis. Il ne croyait point que la royauté fut sérieusement menacée en France. Il rappela que les tentatives de ce genre n'avaient servi , ^ans les siècles précédents , qu^à mettre le gouvernement en frais, sans amener aucun

résultat. Le roi fut obligé d'eu; demeurer d'accord ; cependant il insista pour que le prisonnier fût lâché sur la Frauce comme un nouveau brandon de discorde. Don LouiC fit la grimace en pensant qMC sa nièce avait tout l'air de n'être jamais duchesse de Guise. Il cacha son déplaisir, et redoubla ses lenteurs , dans l'espoir que les événements tourneraient ce projet en fumée.

Philippe IV s'occupait davantage de bâtir son ^lise que de la politique ; le ministre pria bien fort Sa Majesté de lui laisser le soin de mener cette afi'aire , et se promit de payer M. de Guise avec des leurres et de la politesse. Henri de Lorraine une fois ému, oa ne s'en débarrassait pas à si bon marché. Notre héros ne laissa ni paix ni trêve au roi jusqu'à ce qu'il eût une promesse.

Un soir qu'il suppliait Sa Majesté de le sortir d'incertitude, Philippe IV déclara que la liberté lui serait rendue à une condition. , — Laquelle? demanda le prince avec empressement ; si l'honneur me permet de l'accepter, j'y souscris à l'instant.

— 11 faut me jurer que vous prendrez

parti pour la fronderie et que tous y seres le pltlê ardent et le plus aobanxé contre M. de Mazarîd. Yoilà toute la rançon que j'exige de vous.

— J'en fais le serment , sire. Donne^^ moi un passe-port et je quitte Madrid sur l'heure.

^-^ Attendes à demain ; je dois en causer avec don Louis.

Le lendemain il j eut contre-ordre. Le ministre avait obligé le roi à revenir sur sa parole. Trois autres fois encore M. de Guise arracha le consentement de Philippe IV, et vit les girouettes se retourner dans l'espace d'une nuit. Il perdit patience et résolut d'en finir. 11 acheta vingt-quatre chevaux de selle, les meilleurs coureurs qu'il put trouver, et les envoya , deux à deux, par relais édhetonnés, jusqu'aux Pjrénées. Un matin, Son Altesse écrivit à don Louis de Haro le billet suivant :

*i Le roi m'a si souvent donné ma liberté »

pour s'en dédire après, que je ne sais plus au juste si je suis ou non prisonnier. Dans le doute, je choisis d'être libre comme

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iUàni plu» à mon avantagé. Ne vous attendez paé à lût voir servir la cour d'Espagne eontre la France ; je ne voudrais pas vous le promettre, n'en ayant pas le dessein.

Lorsque vous recevrez ceci , je serai à vingt lieues de vous y et votre grandesse m'excusera de n'avoir pas pris congé d'elle en considération du péril que je cours en

m'échappant. •

Cette lettre fut remise trois heures après que M. de Guise se fut enfui eh compagnie de Des Essarts. Don Louis envoya aussitôt à leur poursuite ; mais il était trop tard, et on trouva qu'ils avaient tué leurs chevaux à chaque relais, de peur qu'on ne s'en servit pour les atteindre. Les deux prisonniers franchirent la frontière dans la nuit et arrivèrent sains et saufs en Béàrn où M. de Grammont les reçut dans un de ses châteaux.

S'il fût revenu en d'autres temps , après ses aventures, ses batailles et sa fuite, Henri de Lorraine eût fait parler de lui la cour et la ville ; mais il trouva Paris assiégé, le peuple en émotion, ses amis divisés

et les querelles politiques emplissant le^ esprits. ÂTant de s'informer des causes de tout le bruit qu'on faisait, notre héros se remit avec quelque plaisir en possession de

sa fortune. 11 remonta sa maison, et appela autour de lui les gentilshommes qui étaient dévoués à sa famille. Ayant ensuite réfléchi sur les questions du jour, il se résolut à se mettre dans le parti kIu duc d'Orléans et de la grande Mademoiselle, qui tenaient les bouts de la Fronde, comme on disait alors.

Il sortit donc en bon équipage un matin, pour aller au palais du Luxembourg , où demeurait Monsieur. Sur le Pont-Neuf, il aperçut deux dames qu*on menait dans une chaise à porteurs , et qui riaient de toutes leurs forces.

— Excusez-moi , mesdames , de tous interrompre, dit-il en s'approchant de la chaise. Je suis M. de Guise et j'arrive d'Espagne , où l'on ne rit pas d'aussi bon cœur que vous le faites ; vous plairait-il me dire ce qui vous cause tant de joie , aûn que je me divertisse avec vous ?

— Bien volontiers , monsieur le duc , ré-

pondit la plus belle des deux personnes. Je, contais à M^^* Lambert qu'on Toulait me chasser de Paris et m'excommunier pour avoir mangé de la viande, un vendredi.

M. de Miossens déjeunait avec moi ; il jeta par la fenêtre une cuisse de poulet ,. qui tomba sur le nez du curé de Saint Germain- TAuxerrois. Le digne homme mit la pièce dans sa poche , et s'en alla faire vacarme chez tous les premiers bonnets ecclésiastiques en criant au scandale. Voilà le sujet de nos rires ; mais au fond , je suis fort embarrassée; car n'étant pas en odeur de sainteté, l'on me pourrait donner bien du tourment. Je suisM^^* de Lencios, monsieur le duc. .

— C'est le ciel qui m'envoie pour vous protéger, belle Ninon. Souffrez que je vous accompagne chez vous, et ne craignez rien. Je ferai en sorte qu'on vous laisse en repos.

Le prince, au lieu d'aller au Luxembourg, suivit M"** de Lencios à la Place-Royale, où elle demeurait. 11 y trouva des beaux esprits et des poètes , une liberté agréable,

et la conlrer9àtiOfi la plua oharmantâ qu^il eût ouïe depuis deui^ a»»» MoHèfre y vint, qui travaillait alors à sa comédie de VÉ-toUrdiy et n'était encore qu'un jeune homme. M» de Guise y demeura tout le jour, comme Ninon se mit en frais de gentillesse j il en tomba aussitôt amoureux à là fureur, et s'écriait à chaque bon mot qu'elle disait :

~-^ Il ri'y a que les Françaises au monde!

Les auti^es femmes sont des emplâtres, auprès d'elles.

Le soir » M^ de GUlse Toulut manger sa part du souper , dont la demoiselle fit admirablement les honneurs. Yefs minuit , les convives s'étaient retirés; mais le prince, animé par la bonne chère, disait qu'il ne pourrait jamais se résoudre à sûriiré

•^ Demeurez autant qu'il voua plaira, répondit Ninon ; je tiendrai dampagnie à Totre Altesse. Je dois pourtant l'avertir que nous aurons tout à l-heurè -la visite d'un tiers.

•^ Votre amant, sana doute ? fit qui estil , je vous prie ?

-- M « dé Villandry.

Dans ce mottietit ud earro«êe s^arréu de- ▼atlt la maison. M. de Gttiée oUTrit la fenètreé

*^ Est-ce Tous j Yîllandry ? cria Son Altesée*

— Cest moi-même , répondit^on.

— Vous Tenez coucher ici ?

— Je me berçais de cet espioir ; mais îe Tols qu'il en faut rabattre.

— ' Comme vous le dites, chevalier; la place est prise ; c'est à chacun son tour.

— Rien de plus fuste. Puis-je au moin» savoir qui est l'heureux mortel ?

— Henri de Lorraine.

— > Le conquérant de Naples ! je baisse pavillon et vous souhaite bonne nuit.

— Adieu, chevalier ! venez déjeuner avec nous demain.

M^* de Lenclos riait de la plaisanterie.

Suivant la mode des personnes galantes , il sufliéait d'un tour comique et bien joué pour lui inspirer un caprice. M. de Guise profita de la bonne humeur où elle était^ et demeura une semaine entière chez elle.

Au bout de ce temps , Ninon ayant parlé d'une envie qu'elle avait de visiter Rouen , , ils y allèrent ensemble. La mer n'était pas loin , ils la voulurent voir et gagnèrent le Havre-de-Grace ; le prince eut une fantaisie de pousser jusqu'à Nantes. Deux mois s'écoulèrent ainsi , pendant lesquels Henri de Lorraine oublia l'ambition-, les guerres et la fronderie.

Cependant, un jour que M. de Guise trouva par hasard un pamphlet du coac^juteur, sur les affaires du moment , il résolut de prendre parti et de tirer l'épée contre la cour. En revenant à Paris dans ce dessein, il rencontra au Bpurg-la-Reine des mousquetaires de l'armée. Il y avait parmi les officiers plusieurs gentilshommes qui le reconnurentet le vinrent embrasser.

— Où donc atle^vous? lui dirent-ils.

— Au Luxembourg , pour m'unir à Mon* sieur contre vous.

— Il est trop tard^M. de Turenne a battu » les rebelles et repris la capitale. M. de Ma-

. zarin rentre ce matin en triomphe au Palais-Royal ; venez avec nous lui faire votre . cour.

C'était le lendemain de la bataille du faubourg Saint- Antoine , où la fronderie avait reçu le dernier coup. M. de Gondi était prisonnier; Gaston d'Orléans et Made^ moiseile avaient fait leur soumission. M. de Guise arriva au moment de la réconciliation générale ; on le reçut à bras ouverts , et la reine lui fit conter ses aventures ; comme il parlait très-bien , on prit un grand plaisir à l'écouter.

— Savez-vous, dit Monsieur au cardinal, que vous n'avez pas apprécié les mérités de mon frère de Guise?

Le ministre posa les mains sur ses yeux, et s'écria comme un vrai Italien :

— Je suis un fou , un ingrat, un- méchant!

monsieur de Gttise, pardonnez-moi mes injustices. Il faut qu'on m'ait ensorcelé; c^est aujourd'hui seulement que je vois briller vos vertus , votre courage et votre héroïsme. J'ai une dette à vous payer, et je Yeux m'acquitter dès que nous aurons mis ordre à nos affaires; ne seriez-vous pas en goût de faire un nouvel essai pour reprendre Naples?

— Je ferai tout ce que voudra Votre Émineaee.

— £h bien ! je tous donnerai une flotte et des troupes. Vous retournerez en Italie, et nous TOUS soutiendrons de tcmte nàtne puiâsance.

M. de Mazarin parlait sérieusement c^le fois où l'on devait croire cependant qu'il poursuivait son système de menteries et de fausses promesses. De9 préparatifs coasidérables se firent à Marseille pour une expédition par mer. On ne regarda pas aux frais , et M. de Guise eut mission de reprendre Naples pour le compte de la France, avec le titre de vice-roi , dans le cas où il réussirait.

Nous ne raconterons pas ici cette expédi* tion , qui n'eut point de succès. On peul la cqjf^nsâire par un petit livre que Saint- Yon a écrit sur ce sujet (1). Avec des forces dix fois plus grandes qu'il n'eût fallu pour empêcher la chute du prince en 1648 , on

(1) Mémoire sur la seconde entreprise contre Naples par Son Altesse Henri de Lorraine , duc de Guise; 1 vol. in-18, 1665.

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