‹ Le dernier IrlandaisChapitre 113 sur 149 · CHAPITRE PRBWER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRBWER

l'arme dans le fourreau et resta immobile , le front baissé , sans répondre un seul mot. Wil* liam s'écria en écartant rudement le jeune homme égaré :

— Insensé ! pouvez vous parler ainsi à votre lord , au courageux Irlandais qui va peut-être assurer à tout jamais l'indépendance de son pays?

— Mais il a tué sa sœur ! hurla Morris avec un accent de rage ; oh ! puisse cette pensée empoisonner la joie de son triomphe ! Puisse-t-il ne trouver qu'ingratitude et mépris auprès de ceux à qui il a sacrifié Julia O'fiyrne et l'honneur de son ancienne famille !... £t d'ailleurs que me fait l'Irlande, à moi, maintenant que Julia va mourir? Périsse l'Irlande, car c'est elle qui a tué Julia... Julia... Julia!

Et le malheureux tomba à terre en proie à d* effrayantes convulsions. Richard le contempla quelques secondes en silence.

— Il aimait bien cette pauvre fille ! dit-il enfin d'un air pensif; il l'aimait plus que moi peut-être, puisque j'ai préféré.. «William, ajoutat-il rapidement , faites donner des soins à cet infortuné ; quand il reviendra à lui, assurez-le

" ses reproches ne seront pas perdus , qu'ils ■*etenti dans mon cœur, que Julia sera bien

ià LE INBBmSft IBLAMIAI6.

vengée... Oui, dites-lui cela, s'il peut trouiF«r des consoiatioBs à ee quîaeivi désernuais le sup> pJicc de ma vie !

Puis il entra précipitaïAment dans la maîscm.

Encore bouleversé par ces témoignages inattendus de réprobation , il traviersa à tâtons le vestibule obseur. Ua rayon lumineux s'éefaflppant par la fissure d'une porte entr'ouverte attire son attention. Muchinalemeftt il poussa celte porte et se trouva dans le parloir ou ^oa de k Bieiise.

Cette pièce qui d^ordioaire , dans les habitations anglaises , est la plus luxueuse de la maisoB, était d'une ausitérité claustrale. Ni tapis ni boiseries ne la décoraient; elle était enduite d'une espèce de stuc brillant, sans naoulures et sans ornements. Des gravures de religion , un christ enoadré.de bois noir étaient suspendus aux murailles^ Los oueubles consistaient en fttclques chaises de paiMe, une table et «la prie-Diev disposé devant te crucifix. Â la lueur d'une petite lampe , Riebard aperçut un hoiame agenooMlé sur ie prie-Dieu et paraissant iégaicmeRt absorbé par sa prière et par sa -doolaiir. C'était Angus Micore revêtu de ses ernements aaeei^ dotaux.

Au brtiit que causa fitchavd en entrant, ie

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prèAre se retourna. Sans adresser un mot h son frère , M lut désigna du doigt une place sur le prJe-Dku près de lui ; mais Hichnrd resta debout , les brus croisés sur la poitrine , et attendit.

Enfin Aitgiu ûi le signe de la croix , se leva , et, 8'a:pppoehaat de son frère, lui dit avec dou* œur :

— Pourfuw -avez vous refusé de vous joindre à ma prière^ RieJiard? Manque-l-il de grâces que vous pussiez demander à Dieu, de concert avec moi, dans cette terriUe soirée?

— La prière est cbose grave, répliqua O^Byrne d'un ton farouebe ; pour l'adresser a Dieu, avec espoir de la voir exaucée , il faut un cceur simple , exempt de baine et de oolère««. Tel n'est pas r.état ûe mon cœur en ce moment.

— De la haine, de la colère, fiichard ? reprit ingiis en soupirant , et contre qui donc pour* riee<^au8 «n avoir, sinon contre vous-même , dent le loi enthousiasme a causé ce grand scandale où nous perdons notre sœur ?

— Ne jdiles pas cela, interrompît le tapiitaine en ffiappant du piied ; ces affreuses inipuiRtions ont ûéik retenti a ntes oreilles, là tout à l'heure,

le seuil de voire porte; mais que je ne les ende pas sortir de votre bouche, ou elles me

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rendraient fou. Peut-élre alors vous demanderais-je compte, à mon tour, de la manière dont vous avez conservé, en mon absence, nos haines de famille qui étaient aussi un héritage, de l'imprudence avec laquelle vous avez laissé une naïve enfant , notre sœur , exposée aux entreprises infâmes de nos ennemis... Je vous demanderais compte enfin de ces malheurs qui éclatent autour de nous et dont on m'accuserait seul à tort, car le premier et le principal auteur, c'est vous, Ângus O'Byrne!

Le prêtre devint pâle, mais il étouffa aussitôt les sentiments tumultueux que ces accusations venaient de soulever dans son âme.

— Richard , répondit-il avec un léger tremblement dans la voix , vous êtes mon aîné , et vous avez peut-être le droit de me parler ainsi. Mais nous voyons l'un et l'autre toutes choses a des points de vue différents ; vous pensez en homme du monde , et moi en chrétien ; vous faites presque des vertus de ces colères et de ces vengeances que la loi divine m'ordonne de repousser... Quelle que soit votre opinion de ma conduite passée, je ne m'en offense pas, et si j'ai péché, que le ciel me pardonne, car mes intentions étaient pures !

Richard ne répondit rien , mais il jeta un

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