‹ Le dernier IrlandaisChapitre 114 sur 149 · CHAPITRE PREMIER. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. i

regard sombre sur sou frère , qui achevait de quitter les oruement sacrés.

Miss Avondale entra dans le parloir. Elle était méconnaissable , tant les larmes et les sanglots avaient altéré ses traits dans l'espace de quelques heures.

— M. Richard, dit-elle avec agitation i. est-ce vous? La pauvre Julia, entendant du bruit à la porte de la maison, s'est doutée de votre retour, et elle m'a envoyée pour m'en assurer. Elle a un si grand désir de vous voir, de vous embrasser ! Elle me disait tout à l'heure qu'elle n'attendait plus que vous pour...

— Pourquoi, miss Avondale?... Achevez.

— Pour mourir en paix ! murmura la jeune fille en sanglotant.

Elle entraîna le capitaine dans l'escalier; Angus les suivit.

Julia était couchée dans sa petite chambre virginale. Une longue robe blanche l'enveloppait toute entière ; ses mains et son visage avaient eux-mêmes la blancheur transparente de la cire. Déjà le sang ne paraissait plus circuler sous cette peau satinée ; une légère teinte violette se montrait autour de la bouche et aur des yeux, qui conservaient un reste d'éclat 'reux. La pauvre enfant pouvait à peine faire

iS LE DEBNIEA IRLANDAIS.

quelques mouyemefits languissants, fille me xivaît plus que par la pensée et le regard. Uo seul flambeau éclairait la chambre d*une lumière insuffisante et laissait dans là pénombre cette forme livide et vague , déjà prête pour le cercueil. Un crucifix d'ivoire , qui provenait de sa mère ^ était posé devant la mourante et ^notifiait son agonie.

Une seule personne veillait sur elle pendant Tabseoce de miss Avondale : c'était une des matrones qui avaient été apf)eiée8 pour lui porter secours. Celle-ci , vieille femme rechignée , couverte de haillons, se tenait à Técart; convaincue de l'inutilité de ses efforts pour sauver Juliai elle croyait n'avoir plus qu'il attendre l'événement. On se demandait, à voir cette vieille tremblotante , étique , véritable squelette , k la peau de parchemin , comment la mort avait pu l'épargner, quand elle frappait h côté d'elle cette belle jeune fille, l'amour de ses proches et l'orgueil de la contrée.

Quand Richard entra, missO'fiyme parut se ranimer un peu ; une nuance rose passa rapidement sur ses joues ; elle essaya de tendre vers lui ses nains diaphanes.

— Richard 1 murroura-t-elie, 0h! merci, mon Dieu ! vmn exauces mon désir le plus cher t

Son frère, mal^é sa force d'Ame, ne put rester maître de lui-même devant ce lit d'agonie. Fou de douleur, il se précipita à genoux en s'écriant d'un ton déchirant :

- — Ma pauvre sœur!..* ma obère Julia ! me pardonnes-tu le mal que je t'ai fait?

Les sanglots l'empêchèrent d'en dire davantage.

La mourante voulut encore se soulever, mais, ne pouvant y parvenir, elle chercha en tàloanant la main de son frère.

— Riehard , dit-elle , pendant qu'un léger sourire se jouait sur ses lèvres entr*ouvertes , pourquoi me demander pardon? Ne suis-je pas la plus heureuse des femmes, et Dicii lui-même n*a-t-il pas pris soin de trancher un tkœmi inextricable pour notre prudence humaine? Que serais-je devenue dans le monde si ce Dieu tout-puissant n*eût daigné m'épargner de longues années de supplice , en m'appelant à lui avant l'heure ?

Elle s'arrêta pour respirer ; ce peu de mots l'avaient épuisés.

-^ Richard , poursuivît-elle , j'avais déjà en^

trevQ cette solution , et j'avais voulu hier la

cipiter par un action coupable, par un

ne. Le ciel soit béni qui m'a sauvée de mon

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aveugle désespoir pour me pousser aujourd'hui dans ce port de salut auquel j'aspirais. Ne pleure donc pas sur moi , mon frère , quand mon bonheur est si digne d'envie. Je suis désormais en paix avec Dieu et avec mes semblables; dans quelques instants ]es portes de la béatitude éternelle s'ouvriront devant moi. Vous tous que j'ai aimés, que j'aime encore, je prierai pour vous, et je vous plaindrai à mon tour.^

Richard, suffoqué par la douleur, était incapable de parler. Miss Avondale , agenouillée près de lui, fondait en larmes. A quelques pas en arrière, Angus se tenait debout, recueilli, mais calme; le prêtre dominait du haut de sa piété les passions et les misères humaines.

La mourante parut prendre plaisir à contempler les têtes des deux jeunes gens si rappro> chées l'une de l'autre que leurs chevelures se touchaient.

— Que vous êtes bien ainsi, dit-elle avec un accent de joie enfantine : toi, Richard, si brave, si noble , si généreux ! vous , Nelly, si belle , si aimante , si dévouée ! Ne semble-t-il pas que le ciel vous ait faits l'un pour l'autre, tandis que le monde creusait entre vous un abîme de haine et de colère? La pensée m'est venue bien des fois... mais quand je serai devant Dieu , je le prierai

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