CHAPITRE II
luisait pas de distinctions entre les whigs et les torys, les hérétiques et les fidèles?
Tout en parlant, il s'était baissé, et <rvec Taide de Julie, il avait entouré de son mouchoir le front sanglant du garde-chasse. Mais les spectateurs ne voulurent pas souffrir que le frère et la sœur s'acquittassent de pareils soins, indignes de leur rang. lis s'empressèrent euxmêmes de soulager le blessé avec d'autant plus de zèle que la plupart , comme Tom Irwing, avaient contribué à le mettre dans ce pitoyable état. L'un lui soulevait la tète délicatement, l'autre lui frictionnait les membres ou desserrait ses vêtements. Grâce à ces secours intelligents, Donnagh commença à se mouvoir et à rouvrir les yeux. Le premier signe de connaissance qu'il donna fut d'allonger un coup de poing dans la direction où se trouvait Irwing, l'un de ses chirurgiens improvisés.
— Hem! dit le paddy, je savais bien qu'il ne tarderait pas à relever la crête! Je ne crois pas que la leçon lui serve de grand'chose, à en juger par ce geste de repentance.
Cependant le ministre s'enquérait auprès des
assistants des causes de l'événement. Vingt bou-
i'ouvrirent k la fois pour raconter la mort
"-"n, la discussion survenue entre l'aveu-
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gle et Donnagh, et finalement la punition infligée au garde pour ses provocations et ses blasphèmes. M. 0*fiyme avait écouté ce récit d^un air consterné.
•"^ Cest une fâcheuse affaire, Juiia, dit-it & sa sœur; quelle couleur donner à cette collision devant milord? Vous savez combien il a été irrité dernièrement au sujet de ce constable qui avait voulu box^ avec un de nos gens, et qui avait eu un œil crevé dans la lutte. Cette fois Sa Seigneurie aura bien d'autres motifs de s'emporter, et son parent, sir George, si fier, si jaloux de ses droits de chasse, ne contribuera pas sans doute à l'adoucir. II y aura des familles chassées de leurs pauvres habitations, des malheureux punis de l'amende et de la prison. Le cœur me saigne d'y penser, d autant plus que les méchants rapports ne se feront pas attendre, et milord, vous le savez, ne revient jatkiais d'une prévention.
— Eh bien ! Ângus, reprit la jeune fille avec empressement, il ne faut pas laissa h ces préventions le temps de se former. Milord et sa famille sont au temple ; vous pouvez voir d'ici leurs voitures arrêtées en bas du village ; allons les attendre. •• Vous verrez milord et sir George ; vous leur conterez comment les choses se sont
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passées, et yraimeat les insolences de ce Doonagh devenaient intolérables... Moi, de mon cdlé, je causerai avec miss Ne]iy ; quoique Anglaise, elle a toujours eu beaucoup de sympathie pour nos idées, pouir nos traditions, pour nos usages; je tâcherai d'obtenir sa puissante intercession auprès de son père. Peut-être aussi, ajouta-tr-elle en rougissant, pourrai-jc glisser un mot à sir George lui-même, pour le disposer i rindMigence...
— Oui, oui, TOUS aye^ raiso^f iuUa, reprit M. O'Byrne, il n'y a pas un moment à perdre pour prévenir o^ilord ; nous allons partir.
Puis s'adressant aux paddys qui attendaient avec anxiété le résultat de cet entretien :
— Mes amis, transportez cet homme chez moi, et dites à Katy de lui donner tous les secours possibles; en même temps James, le sacristain, montera à cheval et ira prévenir le docteur Murrey... Pour moi, je vais voir milord et tenter de Tapaiser.,. si c'est possible.
Mille bénédictions accueillirent cette an- Donee) et quatre robustes paddys se mirent en deyoir d'obéir en prenani le blessé dans leurs bras, pour le transporter à la mense.
'lais, uii moment ! reprit le ministre d'un *me, on ne m'a pas nommé encore les
auteurs de l'acte de férocitë qui vient de se commettre. Milord ne m'écouterait pas si je ne pouvais désigner ceux sur qui doit légitimement retomber sa colère... Voyons, mes amis, ajouta-t>il d'un ton plus doux , nommez-m'en un, un seul, le plus coupable , et je tâcherai d'obtenir que les autres ne soient pas poursuivis.
Tout le monde se tut. Malgré le proverbe anglais qui dit: « Mettez un Irlandais à la broche, vous trouverez toujours un autre Irlandais pour le retourner, » il y avait parmi les habitants de Neath une solidarité qui ne leur permettait pas de se trahir les uns les autres.
— Ah ! est-ce ainsi? reprit le prêtre dont les noirs sourcils se froncèrent; je saurai la vérité pourtant. Tom Irwing, je vous ordonne de me dire ce que vous avez vu.
Irwing, qui s'était déjà emparé triomphalement d'une jambe du blessé pour aider à le transporter, répondit d'un ton embarrassé :
— Och ! je ne saurais dire, Votre Révérence. . . J'ai vu seulement que le petit Joë avait Poreille arrachée et Dick Morton laHéte fendue... Voilà tout ce que j'ai vu.
— Oui-da , vous n'êtes guère clairvoyant aujourd'hui, reprit M. O'Byrne avec ironie;