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CHAPITRE II

A partir de ce moment, Donnagh avait manifesté une hostilité constante à ses anciens compagnons de misère, qui, de leur côté, ne pou vaient dissimuler leur mépris i son égard. Il les vexait en toute occasion et n'hésitait jamais à recourir contre eux aux moyens violents. Mais ce qui avait contribué particulièrement à porter au comble la haine qu'il inspirait, c'était sa conduite envers un malheureux paddy dont il avait voulu épouser la fille. La jeune personne ayant refusé, malgré son indigence, de donner sa main à un homme qui avait renié la religion de ses pères, Donnagh, irrité, était parvenu à la faire chasser, elle et sa famille, du misérable cottage qu'elle occupait dans le village. Les pauvres gens avaient été renvoyés par une froide nuit d'hiver, sans qu'on leur permit d'emporter les moindres provisions, les moindres bagages. L'horreur qu'inspirait cet acte d'inhumanité si commun en Irlande, au lieu de remonter plus haut, s'était arrêté sur le garde Donnagh, et avait laissé une sourde et profonde rancune contre lui dans la population du voisinage.

Mais Donnagh savait trop quelle était sa jn ce moment pour s'effrayer de cette ex f*^ de sentiments ennemis. Il comptait que

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cette population, tant catéchisée par O'Connell^ le vieux légiste, tant façonnée à une patience et à une résignation sans bornes par le clergé catholique, n'oserait jamais, si exaltée qu'elle fût, résister publiquement k la loi et à l'autorité officielle. Aussi ne se montra-t-il pas inquiet de ces démonstrations menaçantes. Le front haut , le sourire sur les lèvres , il dit d'un ton insolent :

— Oui, oui, grognez, pourceaux ! Mangeurs de pommes de terre pourries, grognez... Mais voyons si vous aurez le courage de m'insulter en face ! Qu'un de vous ose répéter ce cri de tout à l'heure ; je l'en défie, entendez- vous bien, je l'en défiie... Allons ! sera-ce toi, Dick Culloek, le damné boxeur? ou bien toi, Willî Mac-Bo* rough, le fraudeur de wiskhey? Voyons, qu'un seul de vous dise un mot, élève la voix ou remue seulement la main et vous saurez ce qu'il en coûte d'insulter un agent de Sa Seigneurie le comte d'Avondale, pair d'Angleterre !

Un profond silence s'établit dans la foule. Ceux & qui le garde avait adressé nominativement la parole se taisaient et baissaient la tète.

— A la bonne heure, donc ! reprit Donnagh d'un air railleur; vous ressemblez à ces chiens

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de village qui aboient de Foin, mais qui se taisent quand on est près d'eux et quand on les fegarde. Et à propos de chien,. qu*est devenue cette béte galeuse qui ose chasser le gibier de Sa Seigneurie? J'espère qu'elle est tout k fait norte et que je n'aurai pas à brûler ma poudre pour achever oetle sale besogne.

lusqoe là William SuHivan était resté penché ssr le pauvre animal, épiant inutilement un denner bftilemenit de cœur ; il se redressa alors et fixa sur le garde ses yeux vitreux.

— Tu n'as pa& manqué ton eoup, Donnagh, lui dit^il d'une voix sourde ; tu as bien tué le cbien de l'aveugle, te seul ami du mendiant... Puisses-tu pour cette action devenir si odieux el si misérable , que tu n'aies pas même un chien pour suivre ton corps le jioor que tu re*tourneras dans la terre d'où tu es sorti ! Tu as déjà renié t(Mi> peuple et ton Dieu; tu as pactisé, toi, enfant de la prière, avee les sassarmch orgueilleux qui oppriment ton pays ; lu es devenu entre leurs mains un instrument de violence et de colère, le fouet qui cingle les maigres épaules de la pauvre Irlande.... £t pourtant, Mac-DonnashrGlendore, tn étais de bonne race ; un de ».eux £ut tué pour la foi à la bataille de ^~^t contre les païens du Nord, aux côtés

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du Taillant roi de Munster Brian -Born; un autre fut pendu avec une branche de saule par les undertakers d'Elisabeth parce qu'il ne voulut pas reconnaître pour chef de sa religion cette reine impudique ; un autre mourut brave* ment combattant les fanatiques tétcs rondes de Cromwell... Qu'as-tu fait Mao-Donnagh*61endore afin de te montrer digne de tes saints et généreux ancêtres? Tu t'es vendu au démon pour la livrée que tu portes et tu as tué le chien d'un vieil aveugle !

Le garde-chasse devenait tour à tour rouge et blême ; toutes sortes de passions haineuses se reflétaient sur son visage. On faisait cercle autour d'eux ; les paddys grillaient d'applaudir h cette nouvelle humiliation de leur persécuteur, mais ils ne l'osaient pas.

— Allons! bonhomme, reprit Donnagh avec rudesse, en aurez-vous bientôt fini avec vos histoires sempiternelles du temps passé? Qu'ont & voir mes ancêtres, morts il y a mille ans, dans les affaires de la chasse de milord? Quant à moi, sachez-le bien, je me soucie de vos radotages comme des neiges de l'an passé.

— Alors, Mac - Donnagh -Glendore, reprit Sullivan avec véhémence, tu es encore plus lâche et plus dégradé que je ne pensais. Honte

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