‹ Le dernier IrlandaisChapitre 10 sur 149 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

à celui qui renie ses pères, et leurs grandes aelîons, et leur noble gloire! Les morts se lèveront un jour contre lui; les davine-maittre sortiront de leurs rathes pour le tourmenter, et Satan tient dëjà étendu sur lui sa griffe brûlante.

Pour la plupart des assistants, ces sinistres paroles du vieux barde avaient un sens prophé* tique. Donnagh parut enfin s'en effrayer luimême.

— Ah çà ! vieux corbeau, s'écria-t-il encolère, allez-vous me porter malheur avec vos croassements de mauvais augure? Allez-vous me jeter un sort ? Je sais bien que vous avez vos privilèges , parce qu'une fois ou deux vous avez amusé miss Nelly, la fille de mîlord, avec vos chansons et vos contes de l'ancien temps ; mais il y a des lois pour punir les sorciers comme vous. On leur fait faire un plongeon dans la mare , et leurs épaules reçoivent le fouet, entendez-vous? Je ne souffrirai pas qu'on insulte en ma personne l'honorable livrée de milord!

Ces menaces excitèrent une vive agitation parmi les paddys.

Le fouet... le plongeon à William Sullilit un vieillard contenant à peine son in-

OBRHIBR IRLAHDAIS. !. ^

S8 LE DEaNIBR IRLANDAIS.

diguation ; M. Donoagh, vous n'y pensez pas !• • • c'est ]e saint du pays !

— Si justice était rendue, reprit le garde exaspéré, les saints de cette espèce n'embarrasseraient plus le sol de l'Irlande. Ce sont eux qui vous tournent la tête avec leurs sottes histoires et leurs rapsodies contre Sa Très-Sacrée Majesté la reine (que Dieu la bénisse!). C'est k faire regretter le temps où la tête d'un de ces fainéants était payée une bonne livre sterling, comme celle d'un de vos prêtres... Mais ce temps-là reviendra, grâce k Dieu, et, comme le disait le révérepd M. Bruce dans son sermon de di-^ manche dernîa*, les temps sont proches où le dragon du papisme sera foulé aux pieds et ses adhérents seront exterminés par le fer et le feu.

L'audace de cette provocation fut restée imr punie si, en ce moment, quelques hommes, attirés pa,r le bruit, ne fussent sortis du cottage de la veuve Flanagai^. Autant l'Irlandais est patient quand il est sobre, auta,nt il est irascible et fougueux quand il a bu ; or, les nouveaux venus, parmi lesquels se trouvait le paddy Tom Irwing, venaient d'avaler coup sur coup plusieurs grands verres de whiskey de contrebande, et leur teint enluminé témoignait déjà d'uo

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oommenoeineDt d'ivresse. Aux derniers mots prononcés par le garde, ils s'élancèrent sur lui.

— Le ehien maudit a blasphémé Dieu et les saints! s'ëcriaient-ils ; gap for ever! Allons, les garçons d'O'Byrne et d'O'Kalljs ! Hourra pour la vieille Irlande!

En un instant Doiinagh fut entouré, tiraillé en tous sens, tandis qu'une grêle de coups de bâton et de coups de poing tombait ^ur lui. On sait avec quelle rapidité électrique se propage l'humeur querelleuse sur les champs de foire irlandais; la lutte commence entre deux individus isolés, et en un clin d'œil des milliers de gens y prennetit part. Il en fut de même sur la place de Saint-Patrick. D'abord les ivrognes seuls avaient osé lever la itiain sur l'agent du redoutable landlord ; mais quand Donna^^h fut par terre, les plus faibles et les plus lâches voulurent lui apporter leur part de supplice. Des hommes se glissaient sournoisement par derrière pour le frapper sans être vus; des femmes, des enfottts même se hasardaient au milieu de la mêlée pour tâcher de l'atteindre du pied ou du poing. Le garde néanmoins s'efforçait de se fl^fpndre avec la crosse de son fusil; mais les — Ires se inultiplaient autour de lui, et ^ureux , étourdi , les vêtements déchi-

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rés,le visage sanglant, commençait k perdre la tête.

Deux personnes, cependant, élevèrent la voix, pour le protéger : c*étaient l'aveugle Sullivan , cause première de la lutte, et le maître d'ëcole John Morris. William conjurait ses compatriotes de se calmer, d'abandonner le coupable à la vengeance divine qui, tôt ou tard, le punirait de ses apostasies et de ses blasphèmes. Mais cette voix toujours si respectée n'était pas entendue au milieu de cet effroyable vacarme. Morris, de son càté, s'épuisait à crier au milieu des groupes :

— La paixl la paix! au nom de l'Irlande!... Â moi, les bons reappekrs! Souvenez-vous de ce que vous a recommandé master O'Connell au meeting de Galwai : a N'ayez pas de querelle avec les torys... >♦ Vous l'avez promis, vous l'avez juré ! ... Le rappel pour toujours !

Mais que pouvaient des promesses politiques déjà anciennes sur cette populace enivrée de colère et de haine? On n'écoutait pas plus le reappeler que le barde. Tom Irwing, sorti de la foule où il avait laissé le dernier pan de sa fragile redingote, dit au maître d'école avec un sourire moqueur :

— Bah ! bah ! M. Morris, tout est bien comme il faut... Nous avons promis de ne pas attaquer

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