ÉPILOGUE
Et mon rêve se rompt à force de terreur :
Je m'éveille baigné d'une froide sueur ; Et je me ressouvins que, par la pénitence, Ninive fit jadis révoquer sa sentence.
Et m'écriai : Seigneur, reste encor parmi nous. Ne livre pas le monde à ton dernier courroux ; Car sa raison superbe, avouant sa défaite.
Commence à s'effrayer de la nuit qu'il s'est faite. Hais chacun de ses fils, pour sortir du trépas. Sur le bord de sa fosse appuie en vain les bras. Viens leur tendre la main et dénouer leurs langes Qu'ils recouvrent la vie et chantent tes louanges ! Puise des jours de plus dans ton éternité Et donne-les au temps qui semble être arrêté. Pour que le vieil Adam se purifie encore Et s'ofire moins coupable à sa dernière aurore.
NOTES
DU CHANT DXXZSMS
NOTE I"
Je n'aperçois plus rien dans Timmense étendue ; Sur tout ce qui Tiyait ma main s*est étendue.
( Page i85, vers 9 et 10.^
Toute cette tirade n'est que le développement de ces mots de rÉcriture : « O mort, où est ta Tictoire? et qu'as-tu Tait de ton aiguillon ? »
NOTE II
Écueil des premiers jours» vieux serpent, 6 mon père . Toi par qui le péché m'engendra sur la terre.
(Page 187, vers i5 et 16.)
Le Seigneur, dit le sage , n'a point Tait la mort , car le régne de l'enfer n'était point au commencement sur la terre. L'homme en sortant des mains de Dieu ne se sentait travaillé par aucun principe de corruption. S'il fût demeuré obéissant.
la mort lui eût été un mal à jamais inconnu , et l'incorruptibillté de ^n âme passante son corps, on eût yu l'immortalité compagne inséparable de Tinnocence. Adam , après avoir accompli les comn^andements du Seigneur , serait parvenu au séjour céleste , non par la route du tombeau , mais comme Enoch , par un ravissement
NOTE III
Qu'à la mort de la Mort par un second hymen , La matière et Tesprit se redonnent la main.
(Page i88, vers i5 et x6
n y a eu de nos jours des philosophes humanitaires qui voulaient, disaient-ib , réhabiliter là chair, comme si le christianisme Tavait anathématisée, comme si, par la promesse de la résurrection de l'homme en corps et en esprit, il ne Tavait pas immortalisée et rendue en quelque sorte participante de la nature céleste. Ses désirs n'ont pas même été proscrits, ils ont été seulement réglés, et ces salutaires restrictions tournent au bénéûce de ses jouissances. C'est de là qu'est née la pudeur, sans laquelle il n'y a point d'amour, j'allais presque dire point de voluptés ; le vice même est de cet avis. Mais en de pareilles matières on ne peut pas tout dire ; le libertinage est là avec son rire stupide pour accueillir vos paroles, on, chose plus malheureuse, pour les interpréter à contre-sens et les tourner contre la vertu.
NOTE IV
Biais du foyer central la lave sort eucor. L'emporte enfin sur l'onde et donne à tout la mort.
(Page 192, vers i et 2.)
Les dogmes de la fin du monde , d'un lieu de purification temporaire, du jugement dernier, et d'une éternité soit de
i98 NOTES DU CHANT DIXIÈME.
jpeines, soitdéréeoitipeiiàes, sur lesqtleli toiile toute Taction dv poème, se retrouvent dans les traditions primltiTes de toiis les peuples, n faut de toute nécessité remonter à l'ensèigneménl positif que Dieu donna à la race humaine àés les premiers jours de la création, pour en expliquer Foriginé. Cette perpétuité et cette universalité de traditions sont partictdléiieinént reiparquables au sujet de Tembrasement final du monde , croyance qui n*a pu trouver de première donnée ni dans la raison, ni dans la physique. — Écoutons d*abord la tradition chrétienne et catholique , la seule sans mélange d'erreur, toujours orthodoxe, toujours pure :
<c Or, le jour du Seigneur viendra comme un volcan, et alors, au milieu du bruit d'une grande tempête, les cieui passeront, les éléments embrasés se dissoudront ; et la terre, avec tout ce qu'elle renferme, sera consumée par le feu *. »
Écoutons maintenant les peuples dispersés sur la face du globe :
Les Juifs: — a Les enfants de Beth ont aniioficé que l'univers sera détruit par le feu *. »
Les Égyptiens : — « Le monde est périssable. Il arrivera de grandes exterminations d'hommes par le feu >. »
Les Perses : — La fin du monde arrivera par la chute d'un astre sur la terre. La chaleur du feu fera fondre les montagnes et les métaux qu'elles renferment. Ces métaux en liquéfaction se répandront comme un vaste fleuve *. »
Les Chinois : — « A la neuvième heure du grand jour (qui se compose de milliers d'années ) , il y aura une perturbation qui fera retomber l'univers dans le chaos d'où il est sorti >. »
* Saint Pierre, épit. a, cbap. 3, v. lo.
* Josèphe, Antiquités judaïques, 1. i, c. 2.
s Aristagoras , cité par Diogène Laerce , et parole* d'un prêtre de Sais, dites à Solon et rapportées par Platon , Timée.
* Zend'Avesta, Fendidad-Sad , hâ 3o.
& Longobardi, missionnaire en Chine, TrtUté sur quelques points de la reUgion chinoite,
Les Indiens : — « Les mondes ont été fixés dans leurs places , pour y rester jusqu'à la grande dissolution. Les nters seront un jour desséchées, les montagnes s'écrouleront , Tétoile polaire changera de lieu, le soleil et la lune s'obscurciront, un feu consumera tous les globes, les réduira en cendre s. »
Les Tartares du Thibet : — « La mer et les fleuves se dessécheront, et la terre sera détruite par le feu 7. »
Les Grecs : — « Il viendra, il viendra ce temps où l'air enflammé vomira un torrent de feu; et la flamme dévorante embrasera avec fureur toutes les choses terrestres et aériennes >.»
Les Romains : — « Un temps viendra où la mer, la terre et les cieux brûleront , et où la masse du monde sera la proie des flammes. Le monde est destiné à un bûcher auquel les astres n'échapperont pas ». »
Les Celtes : — « Un jour, disent les druides , le feu et l'eau envahiront le monde ><>. »
Les Scandinaves : — « A la fin des temps, le soleil et la lune seront dévorés... Les étoiles tomberont du ciel... Le monde entier sera brûlé >>. »
Les Turcs : •— « Un jour la terre sera ébranlée; les montagnes réduites en poussière deviendront le jouet des vents... Le soleil sera couvert de ténèbres, les étoiles se détacheront du firmament , les mers s'enflammeront >m>
Les Mexicains et les Péruviens croient aussi, selon Lopez de Gomara, à la conflagration future du monde; et l'on trouve chez
^ Le Shaster bedang , cité par Parraad, p. 106, et VOupnek^hat, traduction de M. Lanjuinais.
7 Bergmann exposant la théologie mongole; voyage cité dan» le tome 3 dn Journal asiatique.
S Vers de Sophocle conservés par saint Clément d'Alexandrie; Stromates, 1. 5, n. 14.
9 Ovide, Métamorphoses, I. i ; et Lucain, Pkarsale, 1. 7, v. 81 a.
10 Strabon, Géographie, I. 4*
11 VEdda^ livre sacré des Islandais.
»« Le Coran, cb. 73 et 8r.
les sauvages dont Lafiteau a décrit les mœars , des vestiges d*une semblable croyance.
Les anciens pythagoriciens plaçaient le feu dans le centre ou dans le milieu du monde , par la raison que c'est l'élément dans lequel tout le reste sera dissous , et qu'il restera éternellement. (Swinden, p. 132.y^
Les vers sibyllins décrivent ainsi la fin du monde : « Alors un torrent de feu tombera du ciel , et avec son courant impétueux il détruira tout, la terre , le grand océan » les lacs, les fleuves et les fontaines ; les cieux et les étoiles qui sont dans le firmament perdront leur beauté, leur lumière ; et les astres, détachés du ciel, tomberont. »
Sénèque le philosophe et d'autres stoïciens pensèrent et enseignèrent la même chose : « Les étoiles s*entreheurteront les unes les autres , et le monde entier étant en feu , tout ce qui est maintenant dans un ordre admirable sera alors consumé par les flammes. » (Senbc, De consolât, ad mart. c. 26.)
NOTE V
Et tout fut aussitôt ombre , vide et silence.
(Page 198, vers 28.)
Quand les bornes fixées par Dieu à la vie des mondes et inconnues aux mortels seront atteintes, alors surviendront d'immenses et lugubres catastrophes. L'univers tombera dans une épouvantable agonie. Les soleils et les planètes s'entrechoqueront. Le bras de l'Éternel brisera les uns contre les autres. Les mers de feu que celles-ci recèlent dans leurs entrailles s'épancheront de toutes parts. Un incendie général embrasera les mondes, les dévorera comme de la paille. Tout sera détruit , fracassé , consumé.
Tout aura passé , hormis la religion, qui s'envolera vers les cieux >. d'où elle est descendue, pour rendre compte à l'Éternel
ûe l'accueil qu'elle aura reçu de chacun de nous ici- bas. Àlon s'ouvriront les assises de l'univers. A la voix du Tout-Puissant les cendres des morts se ranimeront Toute créature humaine viendra comparaître devant le souverain juge, n sera fait une solennelle manifestation des consciences. Puis la justice divine prononcera ses irrévocables arrêts. Par là sera fixé pour toujours le sort de chacun de nous. Dèslors plus d'épreuves, plus d'expiations, plus de changement. Le ciel ou l'enfer, la félicité ou la souffrance, à jamais, sans vicissitudes, sans rariations, sans fin.
Que fera des ruines de l'univers la Sagesse étemelle ? On l'ignore sur la terre , car la religion ne l'a pas dit aux mortels. Peut-être la parole du Créateur, cette parole toute-puissante qui doit rendre la vie aux cendres des morts, reconstruira-t-elle, avec les débris des anciens globes, de nouveaux mondes, pour y placer encore des êtres vivants , et y faire parcourir à des créatures susceptibles de mérite une carrière morale. Peutêtre aussi ces vastes ruines seront- elles laissées en proie à la fureur des flammes , et les réprouvés bannis dans cet abîme de désolation *. {La Religion constatée universeUement , i. 2. p. 418.)
> C*est ropinion du docteur Moore : Le grand mj:tère de U Divinitéf I. 6, ch. 9.