‹ Le dernier jour: poèmeChapitre 18 sur 19 · V. Je m'approcherai de VaiUel de Dieu · texte numérisé non relu

V. Je m'approcherai de VaiUel de Dieu

çh. Du Dieu quiréj<niit majeuneue,

T. Faites luire votre lumière et votre vérité ; elles m'ont corir duit dans vos tabernacles et sur votre montagne tainie.

1^. Je m'approcherai de l'autel de Dieu^ du Dieu guiréjpuit ma jeunesse,

Y. Je chanterai vos louanges sur la harpe, ,ô Seigneur mais mon âme, d'où vient ta tristesse, et pourquoi me trou, bles'tu?

vf. Espérez en Dieu, etc.

Ce dialogue est on réritàble poème lyrique entre le prêtre et le catéchaméne : le premier, pleio de jours et d'expérience, gémit sur la misère de l'homme pour lequel il va offrir le sacrifice ; le second, rempli d^espoir et de jeunesse, chante la victime par qui il sera racheté.

Tient ensuite le ConfUeor, prière admirable par sa moralité. Le prêtre implore la miséricorde duTout-Puiisant pour le peuple et pour lui-même.

Le dialogue recommence.

y. Seigneur, écoutez ma prière!

ij. Et quemes cris s* élèvent jusqu'à vous.

Alors le sacrificateur monte à Tautel, s*inc1ine, et baise avec respect la pierre qui, dans les anciens jours, cachait les os des miartyrs.

Souvenir des catacombes.

En ce moment le prêtre est saisi d'un feu divin : comme les prophètes d'Israël, il entonne le cantique chanté par les anges sur le berceau du Sauveur, et dont Ëzéchiel entendit une partie dans la nue.

a Gloire à Dieu dans les hauteurs du ciel, et paii aux hommes de bonne volonté sur la terre! Nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons, Roi du ciel, dans votre gloire immense ! etc. »

L'éptire succède au cantique. L'ami du Rédempteur du monde, Jean, fait entendre des paroles pleines de douceur, où

le sublime Paul, insultant à la mort, découvre les mystères de Dieu. Prêt à lire une leçon de l'Évangile, le prêtre s'arrête, et supplie rÉtemel de puriGer ses lèvres avec le charbon de feu dont il toucha les lèvres dlsale. Alors les paroles de Jésus- Christ retentissent dans rassemblée : c'est le jugement sur la femme adultère; c'est le Samaritain versant du baume dans les plaies du voyageur; ce sont les petits enfants bénû dans leur innocence.

Que peuvent faire le prêtre et l'assemblée, après avoir entendu de telles paroles? Déclarer sans doute <]u*lls croient fermement à l'existence d'un Dieu qui laissa de t«ls excmples^àla tetre. Le symbole de la foi est donc chanté en triomphe. La philosophie, qui se pique d'applaudir aux grandes^ choses, aurait àd remarquer que c'est la première fois que tout un peuple a professé publiquement le dogme de l'unité d'un Dieu : Credo in unum Deum,

Cependant le sacriGcateur prépare l'hostie pour lui, pour les vivants, pour les morts. Il présente le calice : a Seigneur» nous vous offrons la coupe de notre salut. » II bénit le paû et le vin. a Venez, Dieu éternel, bénisses ce sacrifice, » Il lave ses mains.

« Je laverai mes mains entre les innocents Oh I ne me

faites point finir mes jours parmi ceux qui aiment le sang. »

Souvenir des persécutions.

Tout étant préparé , le célébrant se tourne vers le peuple, et dit:

a Pries, mes frères, »

Le peuple répond :

« Que le Seigneur reçoive de vos mains ce ioerifice. »

Le prêtre reste un moment en silence , puis tout à coup annonçant l'éternité : Per omnia sœcula sœculorum, il s'écrie :

« Élevez vos cçputsi »

Et mille voix répondent :

NOTES DU CHANT NEUVIÈBIE. i79

« Bàbemut ad Dominum : Nous les élsvons vers U Sei^ ffneuri »

La prérace est chantée sar Tantique mélopée ou récitatif de là tragédie grecque; les Bominatioiis , les Paissances, les Terlas, les Anges et les Séraphins sont invités à descendre avec la grande Victime, et à répéter avec le cœor deslBdéles» le triple Sanettu et VHosannah étemel.

Enfin Ton touche au moment redoutable. Le eanan, où la loi éternelle est gravée, vient de s*ouvrir : la consécration s*acliéve par les paroles mêmes de Jésus-Christ. « Seigneur, dit le prêtre ea s'indinant profondément, que Vhostie sainte vous soit agréable comfne les dons d'Abel le juste, comme le sacrifice d* Abraham notre patriarche , comme celui de votre grandprêtre Melchisédech. Nous vous supplions d^ordonner que ces dons soient portés à votre autel sublime par les mains de votre ange, en présence de votre divine majesté.»

Cesi alors que le sacrifice s'accomplit, et» comme le dit le poète , que le prêtre élève le colice au^essus de sa tête , demandant h Dieu que le sang de Jésus-Christ garde son ftme pour la vie éternelle.

NOTE III

Et lorsque ta foi sainte en tout lieu se délabre. D'avoir au milieu d'eux porté son candélabre.

(Page 173, vers 12 et 13,)

Dans le liwe des révélations de saint Jean, Dieu adresse àcs reproches à sept évêques d'Asie, que le prophète évangéliste désigne par le nom é*ànges de leurs églises.

Ildie à range de l'église d'Éphèse :

m Souviens-toi donc d'où tu es tombé, et fais pénitence^ et re- « prends tes premières œuvres : sinon je viendrai bientôt h toi, » et si tu ne fais pénitence, je transporterai ailleurs ton candéla- » brc. »

{Apocalypse , chap. î, verset 5.)

iW LE DERNIER JOUR.

« Lorsque la lamière de rËvangile cesse quelque part, cHene s'éteint pas pour cela; mais elle est transportée ailleurs, et passe soulemeot d*un peuple à un autre, d (Bossuet.)

- Qui ne connaît les.pages éloquentes Je dirais presque bibliques, qu*a inspirées à Fénelon lapensée effrayante de ce cercle de vocations et de r^robations des peuples, dans lequel semble se mouvoir la vérité catholique, selon certaines lois mystérieuses de ia grâce?

<c Jetez^ mes frères, s*écrie Tarcbevéque de Cambrai, jetez des yeux baignés de larnies sur ces vastes régions d'où la foi 8*est levée sur nos têtes, comme le soleil. Que sont-elles^ devenues ces fameuses églises d* Alexandrie, d'Ànlioche , de Jérusalem , de Constanlinople, qui en avaient d'innombrables sous elles? C'est laque pendant tant de siècles les conciles assemblés^ont étouffé les plus noires erreurs, et prononcé ces oracles qui vivront éternellement; c'est là que régnait avec migesté la sainte diseiplioe, modèle aprèslequel nous soupirons en vain. Cette terre était arrosée du sang des martyrs^ elle exhalait le parfum des vierges; le <iéscrt môme florissait par ses solitaires ; mais tout est ravagé sur CCS montagnes découlantes de lait et de miel, où paissaient sans crainte les troupeaux d'Israël. Là maintenant sont les cavernes inaccesibles des serpents et des basilics.

» Que resle-t-il sur les côtes d'Afrique, où les assemblt^sii'évcques étaient aussi nombreuses que les conciles universels, et où la loi de Dieu attendait son explication de la bouche d'Augustin? Je ne vois plus qu'une terre encore fumante delà foudre que JDicu y a lancée.

«Mais quelle terrible parole de retranchement. Dieu n'a-t-il pas fait entendre sur la terre dans le siècle passé ! l'Angletenre, rompant le sacré lien de l'unité, qui peut seul retenir les esprits, s'est livrée à toutes les visions de son cœur. Une partie des Pays- Bas, TAUemagne, le Danemarck, la Suède, sont autant de rameaux que le glaive vengeur a relrancbés, et qui ne tiennent plus à l'ancienne tige.

«L'Église, il est vrai, répare ces pertes : de nouveaux enfants, qui lui naissent au delà des mers, essuient ses larmes pour ceux qu'elle a perdus ; mais TËglisc a des promesses d'éternité, et noa?>

qa'avons nous, mes frères, sinon des menaces qui noas montrent à chaque pas i*abtme ouvert âous nos pieds? Le fleuve de la grAce ne tarit point, il est vrai ; mais souvent, pour arroser de nouvelles terres, il détourne son cours, et ne laisse dans Tancien canal que des sables arides. La foi ne s'éteindra point, je Tavoue; mais elle n*e8t attachée à aucun des lieux qu'elle éclaire ; elle laisse derrière elle une affreuse nuit à ceux qui ont méprisé le jour, et elle porte ses rayons à des. yeux plus purs.

« Que ferait plus longtemps la foi chez des peuples corrompus jusqu'à la racine, qui ne portent le nom de fidèles que pour le flétrir et le profaner? Lâches et indignes chrétiens, par vous le christianisme est avili et méconnu ; par vous le nom de Dieu est blasphémé chez les Gentils ,* vous n'êtes plus qu'une pierre de scandale à la porte de la maison de Dieu, pour faire tomber ceux qui 7 Tiennent chercher Jésus-Christ.

«Est-ce donc là être chrétien? Allons, allons dans d'autres terres, où nous ne soyons plus réduits à voir de tels disciples de Jésus-Christ! O ËvangUe ! est-ce là ce que vous enseignez? O foi chrétienne ! vengez-vous ; laissez une éternelle nuit sur la face de la terre, de cette terre couverte d'un déluge d'iniquité.

« Le flambeau de l'Évangile, qui doit faire le tour de l'univers, achève sa course. O Dieu ! que vois-je? où sommes-nous? Le jour de la ruine est proche, et les temps se hâtent d'arriver. Mais adorons en silence et avec tremblement l'impénétrable secret de Dieu?»

^îBAsra SK.

ARGUMENT

Mort de la mort, — La ^trompette dernière. — Dissolution des globes. — Le néant. — Épilogue.

Et vers le ciel, tandis que, de ces solitudes, Le murmure fervent des saintes multitudes Montait, je vis venir du bout de Thorizon Un spectre dont les pas noircissaient le gazon. Et qui faisait tomber au vent de son passage Ce qui restait encore aux forêts de feuillage. Son haleine atteignant les oiseaux dans leur vol Les faisait comme un plon^b tomber morts sur le sol; Et son ombre fétide, en passant sur les ondes, Qiangeait leurs habitants en cadavres immondes Roulant au gré des vents et des flots corrompus, Ainsi que les débris de navires rompus ;

El je vis une faux d'une longueur extrême

Qui devant lui marchait et fauchait d'elle-même;

Et tout ce qui vivait tombait sous son tranchant,

L'ivraie et le bon grain, le juste et le méchant;

Et, cité par cité, royaume par royaume.

Le moissonneur terrible enlevait jusqu'au chaume.

Sa tâche est achevée ; et, gravissant un mont,

Il dit en promenant ses yeux sur l'horizon :

« Je n'aperçois plus rien dans l'immense étendue;

Sur tout ce qui vivait ma main s'est étendue ;

Tous les enfants d'Adam ont subi mon pouvoir,

Au gouffre du tombeau mon bras les a fait choir.

Ainsi que de son fouet un pasteur implacable

Précipite un troupeau dans la ntfît de l'étable,

Mon glaive a moissonné de l'un à l'autre bout ;

Sur le monde désert je suis seule debout.

Aujourd'hui ma puissance arrive jusqu'au faîte...

Mais quoi?... ma rage encor n'en est pas satisfaite!

Ma victoire m'eflTraie et me coûtera cher :

Je sens ma faim renaître et n'ai plus que ma chair...

Dilemme sans pitié, je n'ose te poursuivre !

Ce n'était qu'en tuant que la Mort pouvait vivre.

Si la vie immolée était mon aliment,

Ma dernière victime est mon dernier moment.

Toi dont j'ai trop iservi la colère divine.

Tu vas donc me mêler à la grande ruine.

Comme tu Tas votilu dans ton courroux ardent, Décharné jusqu'aux os sous Teffort de ma dent Je te livre ce monde... et, pour ma récompense, Je me trouve forcée & subir ma puissance !

Pour m'y voir consumer j'aurais dressé l'autel ! Et la mort tomberait au-dessous du mortel !

Ah ! sans peine à la mort les mortels pouvaient croire ; Mais, la mort pour la Mort est un affreux déboire ! Je ne pouvais jamais dissoudre que leur corps. Leur esprit en riant trompait tous mes efforts ; Ils mouraient pour revivre, et je meurs tout entière Avec les vains débris de l'inerte matière!

Que dis-je? leur chair même, hélas! ne peut mourir, Son réveil dans les cieux va bientôt retentir. Et moi?... moi, je vais être une chose inconnue ! Puissance de mon nom, qu'êtes- vous devenue?... Que mon être au néant ne soit pas condamné, Jéhova! donne-moi la faveur du damné.

L'enfer, non- le néant... l'enfer est une vie...

Mais, je le sens, il faut que ma fureur s'expie : Mes vœux dépasseraient ton pouvoir souverain Et doivent expirer contre ton ciel d'airain.

La mort ne peut pas être une chose qui dure.

Et l'essence éternelle est loin de ma nature.

L'arrêt qui me condamne est inscrit dans mon nom ; Et ma douleur n'a pas même une illusion !

Oh ! qui me donnera des paroles amères Pour dire jusqu'où va le puits de mes misères? Horreur ! j'ai beau tourner, retourner mon destin, Je ne puis rencontrer qu'une impuissante fin, Une énigme sans clef, une implacable impasse Où toujours je me fuis et me vois face à fece... Tous les gémissements qu'exhalent mes douleurs Retombent sur ma tête en funèbres vapeurs.

Et, tâtant dans la nuit du piège où je succombe. Ma main ne peuttoucher que les murs de ma tombe... Ardeur de me tuer, horreur d'y consentir.

Votre lutte est trop longue et je veux en finir !

Écueil des premiers jours, vieux serpent, ô mon père! Toi par qui le péché m'engendra.sur la terre. Viens assister ta fille au moment de mourir Et sois le seul témoin de son dernier soupir ; Car j'ai cette douceur, dans mon malheur extrême. Que nul ne jouira de mon heure suprême ; Je ne puis évoquer d'autre appui que le tien, Ma chute pour toi seul ne peut pas être un bien. »

Elle dit, et consomme enfin son suicide; Tel l'insecte hideux hôte de l'ombre humide.

Quand un cercle de feu le retient en prison, Se pique de son dard et meurt de son poison.

CHANT DIXIÈBfE. 189

Hors les pulsations qiie donnaient mes artères, le n'entendis plus rien aux cieux et suf les terres. Dans le cercle sans fin de leur immensité Tout n'était que silence et qu'immobilité :

Avant que l'ouragan en sursaut se réveille.

Ainsi dans la stupeur la nature sommeille, Et l'air qui doit briser le vieux tronc de l'ormeau Ne fait pas remuer la plume d'un oiseau.

Mais, entre le ciel morne et la terre muette. Sept esprits dont chacun portait une trompettt Apparaissent; au son qu'ils firent retentir.

Je vis que les tombeaux cesseraient de dormir. Et j'entendis après ces puissantes paroles.

Dont l'éclat fit ouïr la surdité des pôles :

« Qu'à la mort de la mort, par un second hymen. La matière et l'esprit se redonnent la main.

Quel que soit votre lit, sortez, restes de l'homme ; Quand vous seriez broyés et réduits à l'atome. Quand, esclaves passifs des lois des changements, Vous seriez confondus à tous les éléments, Quand vous seriez au fond des liquides domaines, Quand le bloc de.granit vous aurait dans ses veines, Quand les vents du trépas contre vous irrités

i 90 LE i>BRNiBR JOUR .

Aux bornes du néant vous auraient emportés !

La Voix qui vous appelle est celle qui pénètre Au fond de ce qui fut et de ce ,qui doit être ; Et le maître du rien aussi bien que du tout Est celui qui vous dit de vous lever debout. »

Et la terre et les mers entr'ouvrant leurs entrailles Mirent à découvert leurs vieilles funérailles ; Et la chair et l'esprit ranimèrent ces os :

Quand, troublant des marais le lugubre repos, A rhaleine du sud le roseau se remue.

Des flots de moucherons obscurcissent la nue ; Leurs myriades vont où les pousse le vent ; Ainsi le genre humain, redevenu vivant, Par le souffle divin voit emporter ses races. Pendant qu'eUes flottaient d'espaces en espaces, Devant elles soudain les cieux se sont ouverts ; Leur nuage resta suspendu dans les airs.

Et, debout, sur le seuil du céleste royaume.

Je vis l'Emmanuel, le Christ, le Fils de l'homme, Non pas tel qu'il était sous les voiles mortels, Jetant les fondements de ses premiers autels. Alors que sur les bords du lac de Galilée Toute douleur par lui se trouvait consolée ; Non pas tel qu'on le vit, dans un triste abandon, Pour tous ses ennemis implorant le pardon ; Mais terrible, et le front dardant une lumière Où l'ire du Très-Haut éclatait tout entière.

CJ^NT DIXIÈME. i9i

Dans les cœur3 ténél:^*^ux son rayon introduit Du crime de chacun Illumina la nuit :

Chacun lit au grand jour les forfaits de son frère ; Malgré lui le ji^chant est devenu sincère.

Et, devant le grand juge, il pressent éperdu Que quiconque osa trop doit se voir confondu. Abjurant sa clémence et gardant sa justice.

Le Cairist dit : « Le remords cesse d'être propice. » Et, sur les flots mêlés du pâle genre humain. Il étend une croix qu'il tenait à la main ; Et cette foule en deux aussitôt se sépare ; L'une s'élève au ciel, l'autre plonge au Tartare ; Et du Fils du Très-Haut la voix reprit soudain :

« Vous tous & qui ma loi fut révélée en vain. Allez brûler, maudits, qui, dans le misérable. M'avez toiqours foulé d'un pied inexorable ; Vous qui, chez vos pareils n'absolvant aucun tort. Gardiez la haine au cœur comme on garde un trésor, Et qui faisiez entrer, comme un bien nécessaire, Dans vos fôlicités le deuil de votre Irère 1 Allez brûler!... Et vous, vous dçwttt le cœur clément Ne s'endormit jamais sur un ressentiment.

Ames que mon amour fit vivre dans tes autres. Et qui, des maux d'autrui faisant toujours tes vôtres. Sur l'épaule du pauvre 6t sur ma nudité Jetâtes le manteau de votre charité.

Entrez dans Tineffable et l'éternelle vie !

A ses félicités le Seigneur vous convie !.. »

Et j'entendis, de Tune et l'autre profondeur :

tt Rochers, écrasez nous ! — Soyez béni, Seigneur ! »

La matière à son tour entendit la menace ; Les sept esprits ailés ont regonflé leur face. Et leur soufiQe puissant fait revibrer Tairain. Le globe a répondu par un bruit souterrain.

Et, de sa propre voix sonnant sa dernière heure, II vomit par torrents sa lave intérieure.

Son flot rouge se mêle au vaste océan bleu ; Et j'entendis rugir et les eaux et le^feu ; Et je vis une lutte, un ouragan étrange.

De flammes et de flots effroyable mélange-, A peine un élément est près de triompher Que l'autre se relève afin de Tétouffer ; Et sous leurs longs efforts l'un l'autre se dévorent, Et d'épais tourbillons dans les airs s'évaporent : Tels, dans l'amphité&tre, aux yeux épouvantés, De leur queue excitant leurs flancs ensanglantés. Deux forts lions, ruant crinière sur cnnière. De leur ardent combat font monter la poussière.

Mats du foyer central la lave sort encor, L'emporte enfin sur Tonde et donne à tout la mort. Ainsi, quand un vaisseau se rompt dans sa poitrine Sous l'efifort douloureux de la toux qui s'obstine, Le phthisique appuyé sur un bras languissant Exhale à gros bouillons sa vie avec son sang. Et n'offre, retombé sur son lit mortuaire, Qu'un cadavre où les vers n'ont presque rien à faire.

Et la terre n'est plus qu'un reste inanimé, Que le bâton noirci d'un flambeau consumé, Qu'une tête de mort par le temps décharnée, Dans un fiinëbre enclos gisant abandonnée, Et qui ne montre plu3 que des vides affreux, ' Où brillait le sourire et flamboyaient les yeux.

Et les cieux sur ma tète ont repris leur délire ; Et la loi du hasard seule s'y faisait lire ; Leur cantique, tournant à la conAision, Au dire de l'athée aurait donné raison.

Pareils à des oiseaux dont une main cruelle Aurait anéanti la vivante prunelle Et qui, livrés aux airs, dans leur vol ténébreux. S'embarrassent de l'aile et se choquent entre eux, Tous les astres, privés de leurs célestes guides, N'ont plus le souvenir de leurs routes splendides, Se heurtent dans l'espace, et volant en éclats

194 LE PCANIER JOUE.

Remplissent les échos d'un immonse fracas. Et Geu¥ qui résistaient dans ce choc étaient comme Des coursiers haletants dans le ya3te hippodrome, Qui, tout vainqueurs qu'ils sont, s'affaissent épuisés, Sur les restes des chars que leur course a brisés. Je distinguais à peine à travers la poussière Quelques reflets mourants d'un reste de lumière ; La cendre d'un soleil dans le sombre lointain Fumant encor, semblable au flambeau qui s'éteint ; Par la mort endormie une triste planète Flottant, comme un noyé que l'Océan rejette

Mais, du plus loin des cieux un souffle est déchaîné,

Et dans son cours terrible il a toujL ^^tr^l^^ ;

Fleuve dont les débris du ciel forment leç ondes.

Cataracte roulant les cadavres des mondes.

Qui précipite tout danç un gouffre béjant

Au bord duquel je vis un fantôme géant

Debout, les bras croisés, li^ pa,upière charmée

De la création dans le rieii aï)liQée ;

Et, voyant tout tari, sa bouche dit trois fois :

a Je fus longtemps bamû, mais je reprends mes droits. »

C'était le vieux Néant rentrant dans sa puissance.

Et tout fut aussitôt ombre, vide, silence.

CHANT DIXIÈIIE. 195

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