I.'lïi’nue (lut d(Mrir. (Pari* MK
Ii la trace de son sang, arrivèrent à la rivière et perdirent cette trace.
A ces notes, il avait ajouté ces mots :
< Monsieur,
> Peut-être vous dirai-je quelque jour comment je me suis repéché, et ce que je suis devenu entre ce moment-là et le jour oit je vous ai revu, c'est-à-dire hier soir.
« Pour le moment, je ne puis disposer que de ces modestes confidences.
Votre serviteur,
> ROC 1MH0LK. >
J’étais sans doute en froid avec la Patrie, et il ne fallait pas même songer à proposer cette nouvelle série des exploits de mon héros à M. Delamnrre, qui, du reste, était en train de vendre son journal.
Cependant les derniers Mémoires de Rocambole étaient selon moi beaucoup plus intéressants que les premiers.
D’un autre cêté, j'avais d'autres engagements et plusieurs choses à finir.
J'avais même dit à Milon :
« Je ne vous promets pas de publier tout de suite ce nouveau roman. J’attendrai qu'une occasion se présente. >
Et, comme on va le voir, l'occasion ne se fit pas attendre.
La presse quotidienne à un sou était née, depuis la publication des premiers Drames lie Paris, et cette presse n'était représentée encore que par le Petit Journal.
Un soir à une première représentation du Théâtre Déjazct, je ne sais plus qui me présenta à un monsieur qui portait des lunettes d'or.
C'était M. Polydore Millaud.
M. Millaud me témoigna sa satisfaction de cette rencontre et me demanda un roman.
— Vous savez, me dit-il, que je ne publie que des réimpressions, et je les paye au tarif de la Société des Cens de lettres.
J'autorisai M. Millaud à chercher dans mon bagage
LA VÉRITÉ SLR ROCAMBOLE
J* mis hait jours * les lire (l'ace 570.)
ce qui lui conviendrait, et un mois après, je trouvai dans les colonnes du Petit Journal un roman que j’ai fait il y a plus de dix ans : Le Diamant du Commandeur.
La publication terminée, la caisso de la Société des Gens de lettres me compta quelques centaines de francs et je n’entendis plus parler de M. Millaud.
Mais un soir d'aoùt de l'année 1865, comme je flânais sur le boulevard Montmartre, une main me prit au collet; et une voix sonore et sympathique me dit ;
— Je ne vous lâche plus.
La voue et la main appartenaient h M. Félix Clément, un jeune savant qui fait les bulletins scientifiques du journal la France, et qui est un ami de la maison Millaud.
— Non, reprit-il, je ne vous lâche plus et vous allez venir avec moi.
— Où cela T
— Au Petit Journal.
— Pourquoi faire 1
— Votre Diamant du Commandeur a eu du succès.
— Bon!
F.t Millaud voudrait réimprimer les Exploite de Itocambole.
Je suivis Félix Clément ; j’écoulai la proposition de Millaud et je lui répondis ;
— Voulez-vous la Résurrection de llocambole y
— Inédit ?
— Oui.
Un quart d'heure après je sortais du Petit Journal, et lout était convenu.
On allait annoncer mon roman, et la publication commencerait en octobre.
Le soir même, je quittai Paris pour aller ouvrir la chasse cl je n’y revins qu'â la fin d’octobre, alors que tout le prologue de la Résurrection avait déjà paru.
Le pays que j'habite en automne est un petit village perdu au bord de la forêt d'Orléans.
Le maire reçoit le Journal du Loiret, l'instituteur primaire le Petit Moniteur, et les nouvelles de Paris y sont rares.
Tandis que je massacrais des lièvres et des perdreaux tout en envoyant chaque jour rjcn feuilleton par la poste, cet excellent AI. Millaud, qvâ enlen I la
publicité à merveille, avait couvert les inurs de Paris d’affiches pyramidales annonçant ie Bagne , Y Échafaud, etc...
Les voitures du Petit Journal avaient promené ces affiches pendant quinze jours.
Tout cela me fit frémir à mon retour .
Heureusement le roman réussit, et Rocambole remporta une nouvelle victoire.
Pendant sept ou huit mois les nouvelles aventures de mon héros s’étalèrent dans les colonnes du feuilleton du Petit Journal ; on se passionna pour Rocambole devenu vertueux; on s’intéressa aux malheurs d’Antoinette à Saint-Lazare.
A propos de Saint-Lazare, je dois avouer que j’ai commis un petit faux bien innocent.
Les notes de Rocambole ne me suffisaient pas pour décrire cette prison. Je voulais voir de mes yeux.
M. Millaud demanda une autorisation pour moi. Elle lui fut refusée; mais on lui permit, personnellement, de visiter Saint-Lazare avec non fUs.
J’ai donc appelé Millaud papa tout un dimanche que nous avons consacré à visiter la prison du faubourg Saint- Denis.
Je conduisis la Résurrection de Rocambole jusqu’à la dernière page des notes que Milon m'avait apportées.
Alors Millaud me dit ce que m'avait déjà dit M. Delamarre :
— Faitea-moi une suite.
Mais je me souvenais des Clu’valiers du clair de lune , et je refusai.
Et puis, la Petite Presse venait de naître sous le nom de Presse illustrée, et elle m’avait passé au cou une chaîne d’or et de fleurs.
J’émigrai donc à la Presse illustrée , avec le secret espoir que Rocambole me donnerait de ses nouvelles au premier jour.
On va voir que je ne me trompais pas.
U y a un an de cela .
Nous avions dîné, un de mes amis et moi, au chalet de la Porte-Jaune.
Ne croyez pas que ce fût précisément par goût, car je dois confesser que la cuisine de cet établissement ne rappelle celle du Café anglais qu’avec modestie et modération.
Mais j’avais, avec le dit ami, un projet de drame dont un tableau devait se passer à Nogent-sur-Marne. Le drame u’a jamais été écrit, du reste. Il faisait une de ces belles nuits d’été où le ciel tout parsemé d’étoiles, mais dépourvu du moiudre rayon de lune, laisse la terre dans une complète obscurité.
Entre la Porte Jaune et le champ de manœuvre de Vin» ennes, le bois est coupé d’une demi-douzaine de routes qui divergent en tous les sens, et rien n'est plus aisé que d aller à Saiut-Maur ou à Joinville quand on croit aller à Paris.
Nous n 'étions pas encore à ces maisons en briques qu’on appelle la Vacherb, que mon ami s’aperçut qu'il avait oublié son paletot.
— Eh bien, lui dis-je, retournez le chercher, vous me rattraperez sur la route.
Et je tendis les rênes à mon domestique qui passa de son siège sur mon coussin et tourna bride. Mon cigare aux lèvres, les mains dans mes poches, je me mis à marcher droit devant moi.
Au bout d’un quart-d’heure je me retournai. J’avais un assez )>on trotteur et il me semblait qu'il devait avoir eu le temps de retourner à la Porte-Jaune et d’en revenir.
L’obscurité la plus profonde régnait autour de moi J et je n’aperçus pas de lanterne.
Je cheminai un quartd’heurc encore; puis un autre.
Aucun bruit de roue n’arrivait à mon oreille, aucune lanterne ne se montrait derrière moi. Je traversai ainsi le champ de manœuvre, passai sous le donjon et gagnai la nouvelle route qui rejoint à Saint-Mandé le boulevard Daumesnil, lequel, on le sait, aboutit à la Bas tille.
Comme c’était le chemin que nous avions pris en venant, il ne me parut pas possible que mon ami, mon domestique et mon cheval en prissent un autre et je me dis philosophiquement :
-- Allons ! toujours !
Ce fut ainsi que j'atteignis Saint-Mandé, au moment où ma montre indiquait six heures du soir.
L’avenue était déserte. Mais j’aperçus un cabaret sur la gauche dont la porte fermée, du reste, laissait filtrer un rayon de clarté.
J’avais laissé éteindre mon cigare, et je n’avais pas de feu.
Je frappai donc à la porte pour en demander.
On parut hésiter à ouvrir.
J’entendis à travers la porte quelques chucbottements.
Je frappai de nouveau.
Cette fois la porte s’ouvrit, et une vieille femme parut sur le seuil.
— Que voulez-vous? me demanda-t-elle.'
— Un verre de bière et du feu pour mon cigare, répondis-je.
Elle me regarda attentivement, grâce au rayon de clarté qui sortant du cabaret m’enveloppait, et parut sans doute satisfaite de l'examen, car elle s'effaça pour me laisser entrer.
Il y avait un homme dans le cabaret.
Assis devant une table, tout au fond, auprès du comptoir, il avait la tête appuyée dans ses mains.
Son chapeau de feutre gris à larges aile» lui couvrait la moitié du visage ; et je n’eusse fait aucune attention à lui, s’il ne ra’eùt regardé fixement ot n’eût laissé échapper un geste de surprise.
En même temps il ôta son chapeau.
Je demeurai stupéfait.
— Le major Avatar I balbutiai-je.
11 mit un doigt sur les lèvres:
LA VÉRITÉ SUR ROCAMBOLE
— Chut ! fit-il.
En mémo temps, il me fit signe de m’asseoir à sa table.
La vieille femme avait été quelque peu surprise de cette scène de reconnaissance.
Le major lui dit :
— Donnez à monsieur ce qu’il vous demande et allez vous coucher, la mère.
— Ce sera comme vous voudrez, monsieur, répondit-elle avec soumission.
Je venais de comprendre que Rocambole n’était point fâché de causer avec moi, mais qu’il ne voulait pas le faire devant témoins.
La cabaretière posa devant moi un bock de bière, un briquet rempli d’allumettes et gagna une espèce d'échelle qui conduisait à une soupente dans laquelle elle couchait sans doute.
Rocambole — car c’était bien lui — me regarda et me dit en souriant :
— Vous vous demandes ce que je fais ici, n’est-ce pas?
— En effet...
— Je travaille.
Je me mépris au sens de ce mot qui en argot sinifie voler , et je lui dis :
— Comment 1 vous avez donc repris votre ancien métier ?
Il ne se fâcha point et me répondit avec douceur :
— Vous vous trompes. Je n’ai pas cessé de me bien conduire depuis que je suis sorti du bagne.
— Ah ! fis-je en respirant.
— Le mot travailler est, dans ma bouche, pris dans son vrai sens.
— Mais...
— Tenez, à cette heure, je suis «a train de dénouer un de ces drames dont vous ferez quelque jour deux cents feuilletons.
— Vraiment?
U se leva, alla ouvrir la porte que la vieille avait fermée et me dit :
— Venez voir.
Je le suivis sur le seuil.
— Voyez-vous cette maison en construction, là, de l’autre côté de la roûte, me dit-il.
— Oui. '
— Rllc vous parait habitée... Eh bien ! la nuit dernière dans les caves de cette maison, il s’est joué une comédie terrible.
— Comment cela?
— Un homme allait mourir du plus épouvantable des supplices.
Je le regardai,' me demandant s'il ne se moquait pas un peu de moi.
— Un supplice chinois, poursuivit-il, la privation du sommeil...
— Et... cet homme...
— Je l’ai sauvé.
A cette révélation, j’éprouvai le besoin de me tâter
pour me convaincre que je ne devenais pas et que je n’étais pas la victime d’un cauchemar.
Un bruit de roues se faisait maintenant entendre dans le lointain, et deux lanternes brillaient à l’extrémité de l’avenue.
— Ah ! dis-je, je crois que voilà ma voiture.
— Votre voiture ?
— Oui. Hile est retournée à la Porte- Jaune.
— Vous vous trompez, me dit Rocambole, ce n’est pas votre voiture.
— Qu’en savez-vous ?
— C'est la mienne.
Les lanternes étaient assez près maintenant, pour que je pusse distinguer la forme de la voiture.
C’était un petit omnibus, comme on en voit aux gares des chemins de fer.
Et, comme elle s’arrêtait à la porte du cabaret, Rocambole cria :
— Milon, est-ce toi?
— Oui, Maître, répondit une voix.
Et je pus voir sur le siège le colosse qui tenait les rênes en mains.
XXUl
La voiture , l’attelage , tout cela était au moins bizarre.
Rocambole souriait de mon étonnement.
— Un jour, me dît-il, vous aurez l’explication de tout cela.
Puis, se tournant vers Milon :
— Va voir si elle est prête ?
— Oui, maître, répondit Milon.
Nous demeurâmes seul* auprès des chevaux , et nous vîmes Milon se diriger vers la maison en construction.
Je le suivis des yeux jusqu’au milieu du jardin ; mais là, il disparut comme si la terre se fût entr’ouverte sous ses pas.
J’eus beau le chercher, je ne le vis plus.
Rocambole souriait toujours.
Ce diable d’homme était perpétuellement environné de mystères.
— Ne cherchez pas, me dit-il. Plus tard encore, tout vous sera expliqué; et puisque nous avons dix minutes devant nous, profitons-en.
— Ah I nous avons dix minutes ï
— Pas davantage.
— Mais vous rentrez dans Paris, ce soir ?
— Non, je vais, par les boulevards extérieurs, à la gare du Nord.
— Comment ! lui dis-je, vous repartez?
— Qui, je vais à Londres. C’est de là que je vous écrirai.
— Quand ?
— Au premier jour.
— Mais depuis quand êtes-vous revenu de l’Inde?
.w» le m; ii n non mot me koc.uibole
lu lioiiimc allait mourir du plus ipwuvjiilablc dc< tupplirct... cet lioumc je l'ai «auvé. iPtfC 5SJ.J
— Depuis quarante-huit heures.
Je le questionnai vainement; il ne voulut rien me ri' pondre si ce n’est ceci :
— J’ai lutté avec les étrangleurs.
— Les Thuggs ?
— Oui, les Thuggs de l’Inde.
— Et vous avez été victorieux, j'imagine !
— Sans cela, serais-je ici î
— Cest juste. Je vous demande pardon.
J’avais toujours les yeux fixés sur la maison en construction.
— Vous vous demandez ce que Milon est allé faire là ? me dit-il.
— En effet.
— Il est allé chercher ma compagne de voyage
— Valida?
— Non, Vanda est déjà partie.
Une lumière brilla tout à coup à travers les fenêtres sans volets de cette maison qui m'intriguait tant.
l’uis je vis apparaître Miluti qui portait une lanterne à la main.
Une femme enveloppée dans un grand burnous de cachemire blanc marchait auprès de lui.
— Voila ma voyageuse, me dit Rocambole.
En effet, la femme s'approcha de la voiture et un moment les rayons des lanternes tombèrent sur son visage.
J'éprouvai un véritable éblouissement.
Jamais je n'avais vu de femme aussi belle.
Elle me regardait avec un certain étonnement; il lui dit en l’aidant à monter en voiture :
— Ne craignez rien... ce n'est pas monsieur qui nous trahira.
Puis, se penchant à mon oreille :
— Dans la note quo je vous enverrai do Londres, il sera souvent question d’une femme : la Belle Jailli nihe.
— Ahl
i.a vkiiiti: si i; hucamiuh.k
4KÎ!
lu«j femme rn»el©p|>é« dans un grand burnou* blanc. ;Pace rw».'
— C’est elle.
Et sur ces mois il me salua, monta sur le siège et prit les rênes.
Milon demeurait sur la route.
— Et moi. Maître, dit-il.
— Toi, répondit Rocambolo, tu as mes instructions. Suis-les de point en point. Adieu.
— Au revoir. Maître, dit Milon.
Rocambole fit un appel de langue et rendit la main, les trotteurs s’élancèrent, et l’omnibus se trouva lancé sur la route.
Je me retrouvai, alors, seul avec Milon.
Je mourais d’envie de le questionner ; tandis que je cherchais une formule, il me dit :
— Excusez-moi, monsieur, de vous laisser seul ainsi au milieu de la route. Mais j’ai des ordres...
Et U mt jlua et s’en alla.*
[letton /eau, il entra dans le jardin de la maison en construction. » .
74' l.IVRAISOS.
De nouveau, il disparut 4 mes yeux avant d’avoir atteint l’édifice.
1,'omnibus était loin et je n’apercevais même plus ses lanternes.
D'un autre cûlé je n'avais pas la moindre nouvelle de ma propre voiture. ,
I.a curiosité l'emporta chez moi sur le désir que j'avais de ne pas contrecarrer les plans de Rocambole.
Je m’élançai vers le jardin, bien décidé 4 savoir comment Milon avait pu se dérober tout 4 coup 4 mes regards.
Mais grande fut ma déception.
11 n’y avait, dans le jardin, d'antre ouverture qu'un puits.
Je pris une pierre et je la jetai dedans.
J’entendis l'eau clapoter.
Il était assez difficile d'admettre que Rocambole efil ordonné 4 Milon de se noyer.
Ce n’était pas dans le puits qu’il était descendu
J’avais un mystère de plus à ajouter à tous ceux que j'avais déjà racontés.
Je Os le tour de la maison en construction.
Portes et fenêtres étaient ouvertes.
Je la parcourus, et nulle part je ne trouvai trace d'habitants.
Enfin, comme je m'en revenais découragé sur la roule je vis une lueur dans le lointain.
D'abord on eût dit uns étoile tombée du Ciel et cherchant à y remonter.
Puis l’étoile se dédoubla.
Puis enfin je reconnus distinctement les deux lanternes d’une voiture.
En même temps j’entendis le trot rapide et sonore de mon double poney.
Cétait bien mon ami qui revenait.
— Halte ! criai-je , comme la voiture arrivait sur moi; mais que vous est-il donc arrivé?
— C’est ce diable de bols de Vincennes qui est la cause du retard, répondit mon ami.
— Comment cela ?
— Il y a vingt routes qui se croisent.
— Eh bien?
— Eh bien ! au tournant de la Porte Jaune, nous avons pris la route de Joinville-le-Pont, croyant prendre celle de Paria, et ce n’est qu'à Joinville que nous nous sommes aperçus de notre erreur.
— U n’y a pas grand mal à cela, répondis-je en reprenant ma place, mon fouet et mes rênes.
Quinze jours après l’aventure que Je viens d9 raconter, un pli volumineux m’arriva par la poste.
Ce pli portail des timbres anglais.
Je l’ouvris.
U contenait un manuscrit divisé en cinq cahiers.
C’étaient les Mémoires de Rocambole, depuis le jour où il avait disparu, à la suite de son étrange duel avec la russe Yasilika.
La première partie s’appelait les Ravageur t, la seconde les Millions de la Bohémienne, la troisième la Belle Jardinière, U quatrième enfin le Retour de
Nos lecteurs connaissent tous les détails de cette quadruple épopée.
Mais ce qu’ils ne connaissent pas, c’est la lettre d’envoi qui accompagnait le manuscrit.
Elle était datée de la prison de Neu'gate et conçue en ces termes :
« Monsieur,
« Quand vous serez arrivé à la dernière page des notes ci-jointes, vous vous demanderez ce que sont devenus et Marmouset et Vanda, et mon fidèle Milon,
et le traître Tippo-Runo, ainsi que le trésor de l’infortuné Rajah Osmany.
« Malheureusement, il m’est impossible de vous le dire, ne le sachant pas moi-mème.
« Je suis en prison depuis huit jours.
• J’ai employé ce temps à rédiger les notes que je vous adresse et qu’un prisonnier libéré , qui va sortir d’ici dans une heure, se charge do vous faire parvenir.
v Vous allez certainement voua demander commemt il se fait qu’un homme qui, comme moi, sortait si facilement du bagne de Brest et dont vous avez raconté la surprenante évasion du bagne de Toulon, s’amuso à demeurer prisonnier des Anglais.
• Je vais vous répondre ;
< J'ai commis un crime, selon la loi maritime anglaise ; mais j’ai rendu précédemment, comme vous pourrez le voir par mes notes un grand service à l’Angleterre en la débarrassant du chef des Étrangleurs, Ali-Remjeh, son plus mortel ennemi.
Je puis me fier à Marmouset et à Vanda du soin de mettre en sûreté le trésor du rajah ; et je veux que le traître Tippo-Runo vienne s'asseoir à cûté de moi sur le banc de la cour martiale.
• J’ai été interrogé par les magistrats.
• Ils connaissent mon passé ; Us savent qui j’ai été, mais Us savent aussi que le vice-roi des Indes m’a donné des lettres de réhabilitation.
■ Je ne suis donc détenu que pour ce fait, d’avoir essayé de jeter aur U où le un bâtiment qui naviguait sous pavillon britannique.
« Mais si Je puis prouver la trahison et l’infamie de Tippo-Runo. je serai aquitté.
« Or, pour cela, on a écrit, aur ma demande, à Calcutta.
« Le vice-roi fera faire une enquête.
< L'Indien Nadir se chargera certainement de fournir toutes les preuves à la charge du major sir Edwards Linton, surnommé Tippo-Runo.
• Dans ce cas-lè, Je serai acquitté.
< Je préfère donc de beaucoup être jugé que m'évader.
< Mais rassurez-vous, monsieur , votre roman n'y perdra rien; et bien certainement, avant qua vous ayez épuisé les notes que je vous transmets, j’aurai de nouvelles aventures à vous raconter.
« Votre héros dévoué et obéissant.
< Kocambou. »
Quand ce manuscrit et cette lettre me parvinrent, je terminais dans la Presse illustrée un roman intitulé
les Cosaques.
La Presse illustrée était à la veille de subir une transformation et de devenir la Petite Presse.
Le premier numéro de cette dernière parut avec le premier chapitre de ces nouveaux mémoires de Rocambole.
U y a de cela près d’un an.
Voici un mois que je suis arrivé à 1a fin des note» de mon héros, et j’allais me trouver dans le nécessité
LA VÉRITÉ SUR ROCAMBOLE
d’interrompre, sans pouvoir vous expliquer pourquoi, lorsqu'une lettre de M. Gruau, de Tours, m'a amené à vous dire enfin ce qu'il y avait de vrai sur ce personnage étrange appelé Rocambole.
Mais tout finit; et, arrivé au bout de ce récit, j’allais me retrouver dans le même embarras lorsque j'ai reçu hier soir la lettre suivante :
Cher maître.
« Je suis libre : j’en ai fini avec Tippo-Runo. Comment 7 c'est ce que je vous dirai bientôt.
■ Pour aujourd’hui, esclave de la mission que je me suis donnée, je me trouve mêlé à toute celte affaire qui se dénoue en ce moment devant les tribunaux de Londres.
« Au mois de novembre, je vous enverrai de nouvelles notes.
Votre héros,
• Rocambole. »
Vous le voyer, mes chers lecteurs, je suis donc forcé de m’arrêter et, d’attendre de nouveaux documents
Mais je ne puis ni vous quitter ni quitter la Petite Presse.
Et en attendant la suite des Aventures de liocanibole, il a été convenu hier avec la direction de celle petite feuille, qui a quatre ou cinq cent mille lecteurs, que je vous donnerais la suite d’un autre roman demeuré inachevé jusqu'à ce jour, et que certainement vous avez lu, ou dont tout au moins, vous avez entendu parler, ne fût-ce que par la pièce jouée au théâtre impérial du Châtelet cent soixante-sept fois :
La Jeunette du roi Henri.
m DC DEKVI8R MOT DE ROCAMBOLE
LL1CUY. — lbi|>r <lc Nauiice Loicisos Cl Cic., rue du lUe-d’Auiivres, li