‹ [Le Dernier mot de RocamboleChapitre 82 sur 100 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

bassin de carénage, et se termine par une ouverture percée à fleur d'eau.

C’est par là que les trésors du rajah Osmany sont JOïtis.

— Et où sont-ils maintenant ?

— A bord d'un brick de commerce qui a longtemps fait la contrebande et dont la cale a un double Tond.

— Et c'est demain qu’il part ?

— Oui. Mais d'ici à demain...

Un sourire vint aux lèvres de Nadir.

— Viens toujours, me dit-il, tu verras...

Et il m’emmena vers la ville Noire, dans le schoultry, où, d’ordinaire, il quittait ses habits de gentleman pour redevenir Indien.

Là, il donna quelques ordres mystérieux et le maître du schoultry me fit signe de le suivre.

Il me conduisit dans la pièce la plus sombre de sa maison et étala devant moi des vêtements que je reconnus str-le-champ pour être ceux d’un matelot malais.

Les Malais sont d’excellents marins, et les bâtiments de commerce les emploient de préférence aux matelots Indiens.

Seulement , et en dépit du soleil de l’Inde qui m'avait bruni, j’étais trop blanc encore pour pouvoir passer pour un Malais.

Mais l’hôte du schoultry m’apporta un petit bassin de cuivre dans lequel se trouvait un liquide noirâtre.

Et lorsque je fus tout nu, il se mit à m'éponger avec ce liquide , et soudain ma peau prit une belle teinte d'un brun acajou et devint luisante et lustrée comme une vraie peau de Malais.

Moins d'un quart d'heure après , revêtu du pantalon rayé , de la veste brune et du large chapeau de paille que le maître du schoultry m’avait donnés, je redescendis avec lui dans la grande salle, en plein air, où se réunissaient les buveurs de thé et les fumeurs d'opium.

Quand je l'avais quittée, elle était presque vide.

Maintenant, il s'y trouvait bien une trentaine d'hommes, parmi lesquels une demi-douzaine de Malais vêtus comme moi.

D'abord, je ne vis pas Nadir et je crus qu'il était parti. Mais un des Malais se mit à rire en me regardant, et je tressaillis sur-Ic-charop.

Ce Malais, c’était lui.

La même métamorphose s'était opérée chez Nadir.

J'allai m'asseoir auprès de lui, et il se pencha à mon oreille :

— Tout cela t’étonne beaucoup, n'est-ce pas ? me dit-il.

— En effet, répondis-je. Et je ne sais pourquoi...

— Nous sommes vêtus tous deux en Malais ?

— Précisément.

— Je vais te le dire. L'équipage du navire de commerce sur lequel Tippo va s’embarquer, n’est pas complet.

— Ah!

— Le capitaine qui est un vieil Anglais très-dur au

service et très-âpre à l'argent, ne dédaigne point les Malais, parce qu'ils sont meilleurs matelots que les Indiens et qu'on les paye moins cher.

— Fort bien.

— Il va venir ici et nous embauchera tous.

— Comment, tous ?

Nadir me montra tous ceux qui étaient vêtus comme nous.

— Eh bien ? demandai-je, qu’est-ce que ces hommes?

— Des gens qui me sont dévoués.

— Et qui se laisseront embaucher avec nous ?

— Oui.

— Je comprends...

Je n'eus pas le temps de demander à Nadir de nouvelles explications.

La porte du schoultry s'ouvrit et un homme entra.

C’était le capitaine anglais qui venait recruter sa bordée de bâbord.

Ce capitaine se nommait John Happer : petit, trapu , d’une force herculéenne, son cou de taureau disparaissait dans un collier de barbe rouge; le front bas, l’œil dur, cet homme avait un aspect repoussant.

On sentait qu’il devait avoir une volonté de fer et que. 1 homme qui ne plierait pas sous sa volonté serait brisé.

Il entra d'un pas brutal, son chapeau de toile cirée sur le derrière de la tête et jeta dans la salle ce regard investigateur d’un marchand d'esclaves au bazar.

Il compta les Malais du doigt.

Nadir s’était penché vers moi et me disait :

— S'il nous prend tous, nous serons les maîtres à bord.

Mais Nadir se trompait dans ses calculs, comme on va le voir.

Iæ premier qui attira l'attention du capitaine fut Nadir lui-même.

Il marcha droit à lui et lui dit en baragouinant 1a langue de l'archipel indien :

— Es-tu libre ?

— Oui, répondit Nadir

— Combien veux -tu pour une navigation d'un* année ?

— Huit cents piastres, répliqua Nadir.

Le capitaine haussa les épaules.

— Et toi ? me dit-il en me regardant.

Nadir ne me donna pas le temps de répondre :

— C’est mon frère, dit-il, nous ne naviguons jamais l'un sans l’autre, il faut nous embaucher tous las doux.

— Pour douze cents piastres, dit le capitaine.

—v Non, dit Nadir.

L'Indien savait qu'en se montrant âpre au gain il inspirait d'autant plus de confiance à John Happer.

— Allons, dit celui-ci, treize cent cinquante piastres, et c'est marché conclu.

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