‹ [Le Dernier mot de RocamboleChapitre 83 sur 100 · I.E RETOUR OE ROC. AM BOUE · texte numérisé non relu

I.E RETOUR OE ROC. AM BOUE

En5o, le quatrième jour, ma |»»rie ('ogirH an malin, et Roumia entra. l’axe 300,,

Nadir me regarda ; nous parâmes nous consulter.

— Quatorze cents, dit-il enfin.

— Goddam ! murmura l’Anglais, ces chiens de moricauds veu'ent être pavés comme des ambassadeurs.

Après le juron, il lâcha un soupir et finit par dire :

— C’est fait, vous êtes à moi tous les deux.

Et 11 ouvrit un gros sac de cuir qui pendait h sa ceinture de flanelle rouge, en tira dix guinées et nous les donna en manière d'arrhes sur le marché.

Puis il se remit à se promener dans la salle, examinant les autres matelots malais qui tous étaient des Indiens dévoués à Nadir.

Mais soit qu'il n'eût pas besoin de huit matelots, soit qu'il trouvât que quatre des six autres fussent trop chétifs pour son rude service, il n'en prit que deux.

— Hum ! me dit Nadir, quatre hommes pour lutter contre tout un équipage, c’est peu...

— Mais, lui dis-je, nous nous embarquerons donc ?

— Sans doute.

— Et puis?

— Nous nous emparerons du navite.

— J'entends bien.

— Nous jetterons Tippo-Runo â la mer et nous ramènerons le navire, l'enfant et les trésors en Europe.

— Tu consentirais donc â y revenir?

— Oui, me dit Nadir, car je veux revoir Roumia.

Une flamme sombre avait passé dans son .regard

tandis qu'il prononçait ce nom.

Évidemment je ne connaissais encore que la moitié de son histoire avec la Belle Jardinière.

I.e capitaine anglais, tandis que nous parlions, avait fait apporter sur une table deux bouteilles de rhum et des verres.

Sur un signe de lui, nous nous approchâmes ainsi que les deux faux Malais qu'il avait embauchés.

Il nous versa à boire, puis quand nous eûmes aligné

nos verres, il tira de sa poche un porte-feuille dans lequel se trouvaient des engagements tout préparés selon la formule ordinaire du commerce anglais.

Et, nous tendant un crayon rouge, il nous fit signe d'apposer notre nom au bas de cet écrit.

L’autorité britannique s'occupe peu de savoir à quel prix un capitaine de navire a acquis la liberté d'un homme pour un temps quelconque.

Du moment oh la signature de cet homme se trouve au bas d'un engagement, elle met toute sa force de coercition au service de l'embaucheur.

Nous appartenions dpnc. désormais au capitaine John Happer, et il nous compta, selon l'usage, trois mois d’avance de notre solde.

Puis, quand ce fut fait et que les bouteilles furent aides, il nous dit :

— En route, maintenant, nous appareillons ce soir.

Il n'y avait plus h s’en dédire.

Seulement Nadir fronça le sourcil. Au lieu de huit que nous comptions être, nous n'étions plus que quatre.

Et quatre hommes pour en réduire douze ou quinze, c'était peu .

Cependant Nadir ne (terdit pas courage et me dit :

— Un homme résolu en vaut six. Marchons !

Nous quittâmes le schouliry et nous suivîmes John Happer, qui nous traînait après lui comme un véritable bétail.

Une heure après nous étions à bord.

Il fait une de ces nuits sombres, en dépit de la voftte étoilée qu'on ne retrouve que sous les latitudes tropicales.

Le navire marche silencieusement.

A peine un léger crépitement se fait-il entendre, à peine un peu d'écume se montre-t-il à l'avant.

Le HVsl-Jndùi, c’est le nom du brick que commande le capitaine John Happer, a levé l'ancre a sept heures du soir, comme le soleil descendait majestueusement da la dernière crête des montagnes dans la mer.

Il y a six heures que nous marchons.

Pour la première fois, depuis ces six heures, Nadir et moi pouvons être seuls.

On nous a placés dans la seconde bordée.

La seconde bordée est de quart et nous voilà réunis, causant tout bas en français, une langue que personne ne parle à bord, si ce n'est le capitaine John et son illustre passager Tippo-Huno.

Celui-ci s'est embarqué au dernier moment.

Nous Pavons vu monter à bord comme un simple mortel, entièrement vêtu à l'européenuc et portant un parapluie sous son bras.

Il avait eu le temps de blanchir, à Calcutta, et de perdre ce magnifique teint bistré qui le faisait prendre pour un Indien.

Il avait coupé ses cheveux, laissé pousser ses favoris et s'était donné la vraie tournure d'un gentleman

du comté d’York ou du Lancashire qui voyage par économie.

A le voir, dans son costume tout pareil, jaquette, gilet et pantalon verdâtres, coiffé d'un chapeau gris et un parapluie sous le bras, personne ne se serait douté un seul instant que toute la nuit précédente avait été employée à entasser ses trésors dans la cale du Weit-lndia.

Le capitaine John Happer a-t-il cru transporter des tonneaux de riz et de café ou des tonneaux d'or ?

Ou bien le capitaine John Happer a-t-il une de ces probités robustes qui résistent à la tentation ?

Mystère.

Toujours est-il que Tippo-Runo, redevenu le major sir Edwarde I-inton, parait être le maitre absolu à bord.

Rrutal, insolent d'ordinaire avec tout le monde, John Happer se montre envers Tippo-Runo d'une politesse obséquieuse et servile.

Tippo est le vrai capitaine.

— J'ai craint un moment , dis-je à Nadir, qu'il ne m'ait reconnu.

— Quand?

— Lorsque, après son embarquement, il a passé

une sorte d inspection de l'équipage. *•

— Ne crains tien, me répond Nadir, tu es méconnaissable. Quant à moi, il ne me connaît pas et ne m'a jamais vu.

Le calme de Nadir m’étonne un peu.

— Notis ne sommes que quatre à bord, lui dis-je.

— Je le sais.

— L'équipage se composa de matelots angtais qui te battront résolhmeiit.

Nadir se prend à sourire.

— En outre, Tippo-Runo et ses deux domestiques sont un auxiliaire de quelque valeur.

Nadir sourit toujours.

— Enfin, Jolm Happer est un homme résolu. . .

— Qui sait ? fait Nadir.

Un moment j'ai eu la pensée que Nadir comptait corrompre le capitaine.

Il m'a deviné.

— Non, me dit-il, pas encore.

— Pourquoi ?

— il faut nous réserver cela comme dernière ressource.

— Tu comptes donc sur autre chose ?

— Oui.

Alors, Nadir s’appuyant à la muraille du bord, étend la main vers l'horizon, à l’ouest.

— Regarde bien, me dit-il, ne vois-tu pas une lumière qui rasa les flots ?

— En effet.

— On dirait'uno étoile détachée du ciel.

— Eh bien?

— C'est une jonque.

— Une jonque chinoise?

— Montée par de faux Chinois, comme ici fly de faux Malais.

LE RETOUR DE ROCAMBOI.E

— Explique-toi, Nadir. »

— Quand nous sommes sortis du schoultry, j'ai eu le temps de glisser dans la main de l’un de nos compagnons dédaigné par John Happer, un morceau de feuille de palmier, sur lequel j’avais écrit quelques mots à la hâte.

— Et ces mots étaient adressés?...

— A l'homme qui commande après moi les fils de Sivah.

— Que lui ordonnais-tu ?

— D’armer sans retard une jonque qui nous appartient et qui était à l’ancre dans le bassin de carénage.

— Bon!

— Il y a dix hommes résolus à bord.

— Oseront-ils attaquer le brick?

— Sur un signal que je leur ferai.

— Quand ?

— Oh! nous ne sommes pas pressés... dans deux ou trois jours.

— Mais la jonque sera-t-elle assez fine voilièrc pour nous suivre?

— Elle a une marche supérieure à tous les bricks du monde et ne navigue d’ordinaire que sous la moitié de sa toile.

L’espoir de ressaisir les trésors du rajah me revenait au cœur.

En ce moment le capitaine John Happer parut sur le pont.

— Silence ! me dit Nadir.

Et tous deux, nous nous remîmes à notre besogne comme de vrais matelots.

John venait droit sur nous, le cigare à la bouche, uh sourire d'insoleote satisfaction aux lèvres.

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