‹ Le dernier oblatChapitre 23 sur 27 · I-* Roiit; pr >«»r,F · texte numérisé non relu

I-* Roiit; pr >«»r,F

il y avait dans le secrétaire huit mille cinq cents francs : c'était tout ce qui resialt de la fortune de la marquise et de la baronne.

C'éiait de qr.oi vivre un an et demi à peu près, en y mettant un peu d'éconoiiiie, et le voyage de Henri ne devait durer que si\ mois. De ce côté, les jeunes gens pouvaient donc deiiieurer assez tranquilles.

Cependant Henri donna un conseil dicté à la fois par sa sagesse et par son amour. Il conseilla à Cécile et à la marquise, au lieu de rester dans Tliôtel où elles étaient descendues, de prendre un petit logement garni qui leur coulerait inflniment meilleur marché. Puis, en prenant d'avance cette mesure, à laquelle il eût fallu recourir un jour ou l'autre, tandis que Henri serait à Paris encore, Henri, du moins, connaîtrait la <;ham])re qu'habitait Cécile, et, pendant sa longue absence, il pourrait avec les yeux du souvenir la suivre dans cette chambre à chaque heuie du jour et de la nuit.

C'était une médiocre raison à faire valoir aux yeux de la marquise, qui ne connaissait pas toutes ces petites délicatesses du cœur; mais on appuya surtout sur une nécessité d'économie, et elle se rendit.

Dès le lendemain, Herai se mit en quête et trouva quelque chose convenable rue du Coq -Saint -Honoré, 5.

La journée fut employée au déménagement. On régla les comptes de l'hôtel où l'on devait un peu plus de cinq cents francs, et le capital de Cécile se îrouva ainsi réduit à un peu moins de huit mille francs.

Hemi vit donc Cécile installée dans son nouvel appartement; il plaça avec elle t haque njeubic à l'endroit

LA r.OBE DE AOCE. 191

OÙ il devait rester, il cloua le crucifix dans l'alcôve, il posa les aii)inns sur les tables et ii fut convenu que tout demeurerait ainsi.

Tous ces dc'taiis paraissaient bien futiles à la marquise; mais pour îes ûeiw jeunes gens, ils étaient de la plus grave importance.

Les jours s'écoulèrent. Souvent Henri avait demandé à Cécile quelle serait son occupation favorite pendant son absence, et Cécile lui avait répondu en sourianX : «Je broderai ma robe de noce. »

La veille de son départ, Henri apporta à Cécile une pièce de mousseline des Indes magnifique. C'était la robe de noce.

Elle commença la première fleur devant lui, elle devait broder la dernière à son retour.

Les jeunes gens ne se quitlèren! qu'à tros heures du matin. C'était la dernière nuit qu'ils devaient passer l'un près de l'autre, et ils ne pouvaient prendre sur eux de se séparer.

A huit heures, ils étaient réunis de nouveau.

Cette journée avait pour eux quelque chose de solennel. Après le serment fait, Henri n'avait pas eu un instant l'idée de demeurer encore. Il avait en conséquence retenu sa place à îa malie-poste de Boulogne pour cinq heures du soir.

^ous n'entreprendrons pas de décrire îes détails de cette deriiièrc journée. Quoique l'histoire que nous écrivons soit une œuvre de sensation et non d'événement, quoiqre nous ayons avard tout la prétention d'être simple et vrai, et surtout parce que nous avons cette prétention, nous n'osons fouiller ces mystères de deux jeunes cœuis purs et endoloi is. Des larmes, des 1 romesscs, des serments, de longs et tendres baisers,

19ii LA ROBE DE NOCE.

voilà rhistoire de cette dernière journée, l^une des plus douloureuses de la vie de Cécile, après celle où elle avait perdu sa mère.

Et avec tout cela, Theure s'avançait, rapide, inflexible, impitoyable; les pauvres enfanls reportaient à chaque instant leurs yeux d'eux-mêmes à la pendule et de la pendule à eux. Ils eussent oliort des années de leur vie à venir pour un jour, pus, quand arriva le momeiit de partir, pour une heure.

Enfin la pendule marqua cinq heures moins un quart, puis cinq heures moins dix minutes; ils allèrent une dernière fois s'agenouiller devant le crucifix. Quand ils se relevèrent, ils n'avaient plus le temps que d'échanger un dernier baiser.

Henri s'élança hors de la chambre, mais alors Cécile jeta un tel cri de douleur quil rentra. Un dernier mot, un dernier sermenr, une dernière larme, un dernier baiser furent encore échangés, puis Henri se détacha d'elle et s'enfuit.

Cécile se pi'ucha sur la rampe et le suivit des yeux, puis elle courut à sa fenêtre pour le voir monler en cabriolet; Henri l'aperçut à sa fenêtre et la salua en agitant son chapeau.

Le cabriolet s'éloigna du côté de la rue Saint- Honoré. Un embarras de voitures l'arrêta une seconde, Henri sortit tout le haut du corps de la voiture et fil avec son mouchoir un signe à Céciîe.

Puis, dans la nuit, il vit à la fenêtre une ombre et un mouchoir qui lui répondaient.

Le cabriolet reprit sa course, mais Henri resta toujours penché dehors et saluant jusqu'à ce qu'il eût tourné l'angle de la rue; alors il retomba assis et sanglotant.

Il était déjà aussi séparé de Cécile, que si tout l'océan Atlantique eût roulé entre eux deux.

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