‹ Le dernier oncle d'Amérique vaudeville en un acteChapitre 6 sur 31 · GENS · texte numérisé non relu

GENS

■ ANATOLE , refermant la porte.

Allez au diable !

ALFRED

Ainsi, mon pauvre Anatole, tu es ruiné, complètement ruiné?

ANATOLE

Ruiné à plates-coutures.

JULIEN

Mais il ne te reste donc aucun vieux parent ? Tu n’as donc plus d’espérances?

Des espérances... vous ne savez donc pas combien j’en ai englouti d’espérances? combien j’en ai consommé de vieux parens ? Vous igno- «4

»rez donc l’histoire de mes nombreux oncles d’Ain érique ?

• ’ ALFRED

Je n’en ai jamais entendu parler.

TOUS

Ma foi, ni moi!

- ANATOLE

Eb bien, écoutez ce récit... ça remplacera le déjeuner... •

ALFRED

Il est charmant!., ça remplacera... nousn’attraperons pas d’indigestion, toujours...

JULIEN

Enfin , parie , nous t’écoutons...

ANATOLE

Vous saurez donc, mes amis, que je suis issu d’un négociant greffé de quatre frères... mon père mourut, et sa fortune fut naturellement dépensée au milieu des consolations que je recherchais avec ardeur.

ALFRED

Je comprends...

Six mois après , ruine complète ; les créanciers commençaient à me persécuter , lorsque , tout-à-coup me reviut de la Guadeloupe , un de mes quatre ondes, criblé de piastres, de bijoux et autre monnaie courante... Oh! alors, noce nouvelle et indéfinie... chevaux, amis , voitures, j’achetai tout au grand complet... Ça dura une année... après quoi, il fallut attendre le second oncle de Masulipatam... Il arriva, le vertueux vieillard , non moins riche que le premier...

julien.

C’est charmant!

ANATOLE

Deux ans après, vint le troisième ; et toujours, toujours des piastres, des ducats, ou des écus ; toujours les fêtes , les plaisirs , la noce , auxquels je m'adonnais avec acharnement, en me disant que, pour devenir sage, rangé , économe, pour assurer le pain de mes vieux jours, il me restait le quatrième oncle Galuchet... Je complais fermement sur lui... il ne pouvait abuser de mon inexpérience , de ma candeur... Eh bien , mes amis, Galuchet m’a trahi... Trois ans se sont écoulés sans un mot de lui, sans nouvelles, sans héritage enfin.

ALFRED

Ce pauvre Anatole !

ANATOLE

Ait de» Girourttt*. (cnrt.i

O Jeunes gens, ced vous prouve Que quand trois fols vient un trésor,

Il est imprudent , Je Je trouve.

D’en espérer un autre encor.

Dans la mansarde où Je séjourne ,

Retenez bien ce peu de mots:

■La chance tourne, tourne, tourne,

■•Et puis elle tourne le dos. -

ALFRED

Ma foi, à ta place , je n’aurais mangé que les deux premières fortunes...

ANATOLE

On dit ça après... mais une fois qu’on est en .train, on y prend goût... ça va! ça va! ça va!

Page 1