SCENE VI
ANATOLE, pois MARIE.
. ANATOLE, seul.
Ouf! respirons... Que d’émotions... de joiedo bonheur !.. Je vais donc encore être riche... posséder des millions peut-être... des millions! et je n’ai pas déjenrfé !. . Bah! ne pensons ptas à cela. Je me vois déjà dans ma nouvelle splendeur... j’enfonce dan» la plume... je m'étends sur
' ' . SCÈNE VU. à
un moelleux divan. (Il se laisse tomber sur une *9* Anatole.
Mais...
marie. '
Vous, voulez que je quitte celle modeste robe ?.. Je uc le ferai pas, parce que c’est le costume
chaise.) Ali! Dieu! que c’est dur!.. (Ju’ost-ce qui est là? Tiens, c’est la petite, Marie... Comment, déjà de retour!
MARIE
Oui , nous venons de finir une commande pressée... et on nous a donné campos pour le reste de la journée.. Mais dites-moi donc , Ana* tôle , est-ce que votre portière est folle ?
ANATOLE
Pourquoi donc?
MARIE
Elle dit que vous avez un oncle qui revient.,, elle parle de diamans, de fortune, de ses quatorze sous , que sais-je ?
ANATOLE
Tout cela est vrai, ma chère' Marie ; oui , je serai riche, très riche, immensément riche.
MARIE
Ah ! mon Dieu ! Et vous m’aimez toujours, au moins?
ANATOLE
Si je t’aime? Immensément ! plus que jamais !.. Nous atuons des chevaux , une voiture ; tu ne porteras plus de guingam , mais de la mousseline, du cachemire... Hein! qu’cst-ce que tu dis de cela ?
MARIE
Tout cela ne me tente guère, allez !
ANATOLE
Et puis, tu quitteras ton magasin... je te don- , itérai un bel appartement, orné de glaces et d’un boudoir... (Appuyant.) et d'on boudoir, friponne...
MARIE
Mais, est-ce que cet appartement ne sera pas le vôtre ?
Oh! non, non... ça ne serait pas convenable... Tu auras tes domestiques, comme j’aurai les miens... il ne faudra plus l'appeler la petite Marie... tu prendras un beau nom. 1
marie. ,
Mais certainement... puisque...
ANATOLE. I-
lln nom que je te chercherai... quelque chose de ronflant et de distingué... comme , par exemple, M" de Saint- Agnès.
MARIE
Je n’en veux pas. (A part. ) Oh ! mon Dieu ! j’ai peur de le comprendre.
ANATOLE
A ton choix... Si celui-là le déplaît, tu en prendras un autre... deux , trois, si tu le veux. Et, quand tu passeras sur les boulevarts, dans les promenades , chacun te regardera avec admiration, aver envie... On se dira : Connaissezvous M. Anatole? Oui... un joli garçon... l’orade de la mode... Ensüite... ensuite? Eh bien! regardez, dans cette calèche découverte, cette charmante personne ! Hum! le gaillard! C’est sa maîtresse ! -
MARIE
Sa maîtresse... sa maltresse! Ah! monsieur!
ANATOLE
Eh bien ! qq'as-tu donc?
MARIE
Ce que J'ai ? Allez, allez, vous êtes un ingrat... et je ne veut rien de vous.
d’une pauvre, mais honnête tille...' Vous voulez que j’abandonne mon magasin pour de riches appartemens? Je ne le ferai pas, parce qu’on m'estime au magasin , et qu’aillcurs , on me mépriserait peut-être... Vous voulez que je change de nom?
4it Je I Kmiiu- Sêiir- Avril.-
Vous voulez m’eo donner un autre?
lien est un qui pouvait me flatter...
O nom, monsieur, c’était le vôtre;
J’aurais été Hère de le porter.
Ah t gardez -le, si c’est 15 votre envie ;
Mais gardez aussi l’autre nom...
L’un est trop beau pour la pauvre Marie;
Je rougirais de porter le second.
, (EU» ta pour sortir. ‘
ANATOLE , la retenant.
Marie... Marie!
MARIE
Ah ! laissez-moi , Monsieur, laissez-moi partir... Sa maîlresse ! (Elle sort.)
ANATOLE , seul.
Allons , la voilà qui s’en va fâchée... Au fait, j'ai eu tort... je l'ai méconnue... J’aurais dû lui dire cela plus adroitement ; mais aussi , elle a trop de fierté, trop de...