DE ROYAUMONT
L'histoire me parut curieuse et, sans retard, je me rendis au Musée bisontin. Je visitai les salles les unes après les. autres et, déses-
pérant de trouver le fameux portrait, Je m'adressai au concierge qui fait l'office de gardien. Il me conduisit dans une salle de réserve où s’entassent de nombreuses toiles, quelques-unes très remarquables et dignes d’un meilleur sort.
Ceux qui ont le culte de Balzac, comprendront aisément quelle fut ma joie lorsque je découvris le pastel de Giraud (1), signé et daté du 18 août 1850, le jour même de la mort de Honoré de Balzac.
Je m'occupai aussitôt de la reproduction photographique, que le miroitement du verre rendit assez difficile.
Ce joli pastel, légèrement taché aujourd'hui, fut peu goûté par la veuve de lillustre romancier, nous a ditnaguère Spoelberch de Lovenjoul. Apparemment, elle estima l’œuvre d'Eugène Giraud trop sincère et chargea en conséquence un M. de Pinelli de lui reproduire incontinent le portrait de son mari, en lui faisant maintes recommandations.
4) Pierre-Francois-Eugène Giraud naquit à Paris le 9 août 1806. Les plus hautes personnalités de l'époque vinrent dans son atelier : ses portraits au pastel étaient justement célèbres. Le Dictionnaire général des artistes de l'École française cite toutes ses œuvres, sauf le portrait de Balzac.
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L’ “artiste” eut surtout le désir d’être agréable à Madame de Balzac. Il réussit pleinement et donna au « Grand Voyant » une physionomie des moins ressemblantes.
Le pastel de Giraud fut (une première fois) mis dans une pièce de « réserve », tandis que l’œuvre de M. de Pinelli faisait l'admiration de « l’ Étrangère » et, de ce fait, occupait une bonne place dans son appartement.
Voici, d’ailleurs, deux lettres qui suffiront à vous édifier au sujet de ces deux tableaux.
La première est adressée à Laurent-Jan.
Monsieur,
Voici le portrait achevé et le cadre que Madame de Balzac gardera si elle le juge convenable. Il a été payé cinquante francs chez Souty.
Quant à ce qui me regarde, je fais payer mes portraits ordinaires deux cent cinquante francs. Si vous croyez que trois cents francs ne soient pas trop pour celui-ci qui a été fait dans des circonstances exceptionnelles, j'en serai reconnaissant.
Trouvez ici, Monsieur, l'expression de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d’être votre obéissant serviteur.