‹ Le dernier portrait de BalzacChapitre 4 sur 7 · A. DE PINELLI · texte numérisé non relu

A. DE PINELLI

Au recu de cette lettre, Laurent-Jan écrivit à M. Surville qui était chargé du paiement :

Monsieur,

Plus discret dans son talent que « l’autre » dans sa médiocrité, Giraud ne veut indiquer nul prix, et se déclare depuis et compris « rien », se trouver toujours honoré de sa douloureuse mission. En cette délicatesse, je pense que trois cents francs seraient toutefois chose convenable des deux parts. Si vous approuvez cela en donnant [à Giraud] quinze louis enveloppés de politesse, vous serez donc honnêtement tous quittes à ce propos.

Votre tout affectionné, L[AURENT] JAN.

Comme ceci n’a rien pourtant d'un Louis XIV exagéré, je crois qu’il serait de bon goût de solder en outre à Deforge l'encadrement qui doit voquer entre

trente ou quarante francs au plus.

Ces autographes font partie de la collection de Lovenjoul.

On relira avec intérêt, je suppose, la notice consacrée à ce faux Giraud, notice parue dans une luxueuse publication, Le Livre moderne (Paris, Quantin, 1891).

Mais il était donné au Livre moderne de faire interpréter pour ses fidèles au grand complet, à l’eauforte, en manière d’aqua-teinte, le plus étonnant, le plus noble et'le plus beau portrait de Balzac, à son entrée dans la postérité.

Îl n’a jamais été fuit mention, en effet, d’un admirable portrait au lavis fait une heure après la mort du titan littéraire par Eugène Giraud. Madame de Balzac léqua cette belle œuvre, qu’elle estimait comme le meilleur de tous les portraits de son mari, à sa nièce, Madame de Suint-Yves (en premières noces, comtesse Keller). Grâce à Madame de Saint-Yves, Lord Lytton, grand admirateur du génie de Balzac, obtint une reproduction photographique du lavis de Giraud.

Ce fut à l’ambassade d'Angleterre qu’il nous fut donné de voir, dans le cabinet de travail du poète diplomate, ce tableau si touchant et si solennel pour tous les dévots de Balzac.

Sur notre désir, Lord Lytton nous envoya la précieuse relique, et c’est ainsi que nous avons pu, sans tarder, avec l’aide du talent consciencieux de François Courboin, publier l’estampe hors texte que l’on peut voir ici.

Balzac mort, c’est encore Balzac émacié par la douleur, mais c’est déjà le demi-dieu nimbé de gloire et transfiguré par l'infini de l'éternité qui s'ouvre. 11 n’est point fiqure plus belle, plus superbement jeune,

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plus puissante dans le repos que celle dont Euaène (Giraud nous a léqué l’image; et, de toutes les représentations de Balzac, celle qui touchera toujours le plus les délicats et les passionnés de son génie est bien celle-ci, qui montre ce grand rédempteur de ses lamentables dettes au sortir de son calvaire, pâle, sublime et majestueux comme le Christ au tombeau.

C'est très bien; mais il est vraiment dommage que ce soit inexact. Si l’auteur de cet article existe encore, je l’engage à se rendre au Musée de la Place de la Révolution, à Besançon; son enthousiasme ne connaîtra plus de limites.

Ajouterai-je que Je m'associe complètement à l'opinion formulée par Spoelberch de Lovenjoul, n'ayant égard qu’à la vérité. Pinelli s’est évidemment inspiré de Giraud; ceci est incontestable. Balzac est placé de face, la tête légèrement inclinée sur un oreiller. L'œuvre est quelconque. Au surplus, le très aimable et très érudit M. Georges Cain, conservateur du Musée Carnavalet, a ratifié cette appréciation dans la lettre suivante qu'il m'a adressée

le 21 septembre dernier :

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