ACTE PREMIER
Le besoin de ne plus aimer qui l'on méprise Et d'avoir des boutons à ses cols de chemise.
UARIEN.
On ne trouve que là ce solide bonheur.
RAYMOND
Ces garçons ! ils sont fous, ma parole d'honneur 1
Ce bonheur-là, mais c'est Tëpinette de Tâme 1
Regarde-moi I Je suis envahi par ma femme :
Ce coussin est brodé par elle 1 ce fauteuil,
Par elle 1 aussi, cela ! Tout ce que j'ai sous l'œil t
Pantoufles et bonnet! encor, tapisserie!
Toujours ! Et même... tiens, j'ai peur que ta n'en ries.
Mes bretelles ! l'en porte 1 il faut bien engraisser.
M ARIEN
Mais non î
RAYMOND
Tu dis cela pour ne pas me blesser, J'engraisse! Ainsi de tout! ce qu'on boit, ce qu'on mangç. Elle fait tout I
MARIEN
Mauvais ?
RAYMOND
Bon ! puisque c'est un an^(^ 1 Entremets et serments, poésie et liqueur.
Tout est moelleux, sucré, doux, fade et porte au cœur. Que te dirai-je enfln ? Poussé par l'habitude, J'enfonce peu à peu dans ma béatitude ; Et je m'en vais mourir lanl6t, c'est entefïdu. De bonheur foudroyant, ou bien de gras fondu... Mais tu me sauveras, moi, ton vieux camarade, Et toi, du môme coup ; car je te vois malade, — Viens, partons pour Paris I
VARIEN.
- Bfoins de mois superflus »
Parlons raison.
RÀYJ^OMD.
Raison ? Je ne te comprends plus, D*où t'es venu si vite un pareil rigorisme?... Sournois, tu dois avoir un petit rhumatisme I... Pourquoi bouder ta vie, alors ? ah 1 rentôlë t Viens, je ferai ta paix avec la liberté.. .
Tous deuXf comme autrefois... perspective badine 1...
(Avec sfnliment.) Pouvoir, aller, venir... et revoir Caroline I Ah ! cette femme-là, je Taimais, oui, ma foi I
MARIEN
Plus bas t
BATUOND.
Ça ne fait rien, je dirai que c'est toi.
(Iftootrant U. potiche.) C*est un bon souvenir t... Tiens, ce vase vient d'elle; Hortense a cassé Tautre hier, la péronnelle I Je Taurais massacrie 1 — Hein? c'est dit, n'est-ce pas? Trouve un petit prétexte et sauvons-nous là-bas !
MARIEN
Non, Raymond, épouser une femme jolie, Douce, honnête, est, bien sûr, une grande folie ; Pourtant, je veux la faire, aimant mieux, pour choisir^ Être un souffre-bonheur qu'être un souffre-plaisir. Pour toi, qui me parais être en un jour morose, Va cueillir ton pardon tout au bout d'un doigt rose Puis envoie à Frigneux la lettre dont ici J'attendrai la réponse.
^ ^ RAYMOND, brasqaerooDt.
Ah 1 tu le prends ainsi?