A MADEMOISELLE LECOUVREUR
Certain sculpteur, d'Amour je sais le fait, En façonnant une sienne statue , La tâtonnait, tout tâtonnant disait :
Que de beautés ! Si cela respirait , Que de plaisirs ! Notez qu'elle était nue.
Bref, dans l'extase, et l'âme tout émue, Laissant tomber son ciseau de sa main , Avide, baise, admire et baise encore.
Dans ses regards , dans ses vœux incertains , Des yeux, des mains, de tous ses sens dévore , Presse en ses bras ce marbre qu'il adore.
Et tant, dit-on, le baisa, le pressa (Mortels, aimez, tout vous sera possible), Que de son âme un rayon s'élança.
Se répandit dans ce marbre insensible , Qui par degrés devenu plus flexible , S'amoUissant sous un tact amoureux , Promet un cœur à son amant heureux.
Sous cent baisers d'une bouche enflammée La froide image à la fin animée
Respire, sent, brûle de tous les feux, Étend les bras, soupire, ouvre les yeux, Voit son amant plus tôt que la lumière. Elle le voit, et déjà veut lui plaire.
Craint cependant, dérobe ses appas, Se cache au jour, dompte son embarras.
En rougissant à son vainqueur se livre , Puis , moins timide , et souriant tout bas , Avec transport de tendresse s'enivre , Presse à son tour son amant dans ses bras , S*anime enfin à de nouveaux combats , Et semble aimer même avant que de vivre.
EWOI.
Lecouvreur, ô toi qui m*as charmé.
Puissent mes vers transmettre en toi ma flamme ! Permets qu'Amour pour moi te donne une àme.
Qui n'aime point est-il donc animé?