ACTE I, SCÈNE IV
LE CHEVALIER
Vous me poussez à bout. Eh bien! puisque la nature se tait dans vous, elle se taira dans moi, et j'aurai du moins le plaisir de vous dire que vous êtes le plus grand fat de la terre, le plus indigne de votre fortune, le cœur le plus dur, le plus....
LE COMTE
Mais, fou, que cela est vilain de dire des injures! cela sent son homme de garnison. Mon Dieu, vous êtes loin d'avoir les airs de la cour.
LE CHEVALIER
Le sang-froid de ce barbare-là me désespère. Poltron, rien ne t'émeut.
LE COMTE
Tu t'imagines donc que tu es brave parce que tu es en colère?
LE CHEVALIER
Je n'y peux plus tenir, et si tu avais du cœur....
LE COMTE
Ah! ah! ah! foi de seigneur, cela est plaisant. Tu crois que moi qui ai soixante mille livres de rente et qui suis près d'épouser mademoiselle de la Cochonnière avec cinq cent mille francs, je serais assez fou pour me battre contre toi, qui n'as rien à risquer? Je vois ton petit dessein : tu voudrais par quelque bon coup d'épée
arriver à la succession de ton frère aine; il n'en sera rien, mon cher Chonchon, et je vais remonter dans ma chaise avec le calme d'Un courtisan et la constance d'un philosophe. Holà! mes gensi Adieu, Chonchon. A ce soir, monsieur Maraudin, à ce soir. Holà! page, un miroir!