‹ Le dernier volume des ouevres de VoltaireChapitre 12 sur 103 · LE COMTE, LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

LE COMTE, LE CHEVALIER

LE CHEVALIER

Mon frère, j'ai d'abord à vous dire....

LB COUTE

Réellement, Chonchon, croyez-vous que cet habit me sied assez bien? .

LE CHEVALIER

J'ai donc à vous dire, mon frère, que je n'ai presque rien eu en partage, que je suis prêt à vous abandonner tout ce qui peut me revenir de mon bien, si vous avez la générosité de me donner dix mille francs une fois payés. Vous y gagneriez encore , et vous me tireriez d'un bien cruel embarras; je vous aurais la plus sensible obligation.

LE COMTE

Holà! hé! ma chaise est-elle prête? Chonchon, vous voyez bien que je n'ai pas le temps de parler d'affaires. Julie aura diné; il faut que j'arrive.

Quoi! VOUS n'opposez à des prières dont je rougis^ qne cette indifférence insultante dont vous m'accablez!

LE COMTE

Mais, Chonchon, mais, en vérité, vous n'y pensez pasi Vous ne savez pas combien un seigneur a de peine à vivre à Paris, combien coûte un berlingot; cela est incroyable, foi de seigneur; on ne peut pas voir le bout de l'année.

LE CHEVALIER

Vous m'abandonnez donc !

LE COMTE

Vous avez voulu vivre comme moi, cela ne vous allait pas; il est bon que vous pâtissiez un peu.

LE CHEVALIER

Vous me mettez au désespoir, et vous vous repentirez d'avoir si peu écouté la nature.

LE COMTE

Mais la nature, la nature, c'est un beau mot, Chonchon , inventé par les pauvres cadets ruinés pour émouvoir la pitié des aines qui sont sages. La nature vous avait donné une honnête légitime, et elle ne m'ordonne pas d'être un sot, parce que vous avez été un dissipateur.

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