ACTE I, SCÈNE V
UARAUDIN.
Oh I cela peut servir à vous ôler les scrupules que vous auriez de lui faire du mal. Et c'est déjà un trèsgrand bien. N'est-il pas vrai que si vous lui aviez obligation et si vous l'aimiez tendrement, vous ne pourriez jamais vous résoudre à épouser mademoiselle de la Cochonnière au lieu de lui? Mais à présent que vous voilà débarrassé du poids de la reconnaissance et des liens de l'amitié, vous êtes libre, et je veux vous aider à vous venger en vous rendant heureux.
LE CHEVALIER
Comment me mettre à la place du comte de Boursoufle? Comment puis-je être aussi fat? Comment épouser sa maîtresse au lieu de lui? Parle, réponds.
MARAUDIN.
Tout cela esl très-aisé. Monsieur le baron n'a jamais vu votre frère aîné; je puis vous annoncer sous son nom, puisqu'on effet votre nom est le sien ; vous ne mentirez point, et il est bien doux de pouvoir tromper quelqu'un sans être réduit au chagrin de menlir. Il faut que l'honneur conduise toutes nos actions.
PASQUIN
Sans doute; c'est ce qui m'a réduit à l'état où je me vois.
MARADDIN.
Votre frère ne me donnait que dix mille francs pour
58 M'" DE LA COCHONXIERE.
lui procurer ce mariage. Je vous aime au moins une fois plus que lui; faites-moi un billet de vingt mUle francs, et je vous fais épouser la fille du baron. Ce que je demande, au reste, n'est que pour l'honneur. Il est de la dignité d'un homme de votre maison d'être libéral quand il peut l'être. L'honneur me poignarde, voyez-vous.
LE CHEVALIER
Ohl oui, c'est votre cruel ennemi!
MARAUDIN.
Votre frère aîné est un fat.
LE CHEVALIER
D'accord.
MARAUDIN.
Un suffisant pétri de cette vanité qui n'est que le partage des sots.
LE CHEVALIER
Ten conviens.
UARAUDIN.
Un sot à berner sur le théâtre.
LE CHEVALIER
Il est vrai.
MARAUDIN.
Un mauvais cœur dans un corps ridicule