‹ Le dernier volume des ouevres de VoltaireChapitre 16 sur 103 · ACTE I, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE V

LB CHEVALIER

C'est ce que je pense.

MARAUDIN.

Un petit-maître suranné qui n'a pas même le jargon de l'esprit; un original enflé de fadaise et de vent, dont Pasquin ne voudrait pas pour son valet, s'il pouvait en avoir.

PASQUIN

Assurément, j'aimerais bien mieux son frère le chevalier.

LE CHEVALIEB.

Eh!

UARAUDIN.

Un homme, enfin, dont vous ne tirerez jamais rien, qui dépenserait cinquante mille francs en chiens et en chevaux, et qui laisserait périr son frère de misère.

LE CHEVALIER

Cela n'est que trop vrai.

MARAUDIN.

Et vous vous feriez scrupule de supplanter un pareil homme! et vous ne goûteriez pas une joie parfaite en lui escroquant légitimement les cinq cent mille livres qu'il croit déjà tenir, mais qu'il mérite si peu ! et vous ne ririez pas de tout votre cœur en tenant ce soir entre vos bras la fille du baron I et vous balanceriez à me

faire (pour l'honneur) un petit billet de vingt mille francs par corps à prendre sur les plus clairs deniers de mademoiselle de la Cochonnière! Allez, vous êtes indigne d'être riche si vous manquez l'occasion de l'être.

LE CHEVALIER

Vous avez raison, mais je sens là quelque chose qui me répugne. Etrange chose que le cœur humain! je n'avais point de scrupule tout à l'heure de me battre contre mon frère, et j'en ai de le tromper.

UARAUDIN.

C'est que vous étiez en colère quand vous vouliez vous battre, et que vous êtes plus brave qu'habile.

PASQUIN

Allez, allez, monsieur, laissez-vous conduire par monsieur Maraudin; il en sait plus que vous. Mettez votre conscience entre ses mains, j'en réponds sur la mienne.

LE CHEVALIER

Ehl mais, cependant....

MARAUDIN.

Allons, êtes-vous fou?

PASQUIX.

Allons , mon cher maître , courage I il n'y a pas grand mal au fond.

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