ACTE II, SCÈNE VI
t£ BARON.
Je te tordrai le cou de mes propres mains, plutôt que de souffrir qu'on attente à ton honneur, car, vois-tu, je t'aime.
LE CHEVALIER
Monsieur, ne voyez-vous rien à travers ces arbres? N'entendez-vous rien?
LE BARON
Mon avis est que je vois une chaise de poste et des gens à cheval.
LE CHEVALIER
Tout juste, nous y voici; c'est, sans contredit, un de nos coquins. Ne craignez rien, mademoiselle.
Moi, hélas! Et qu'ai-je à craindre?
LE CHEVALIER
Vous avez un père homme de courage, et votre mari aura l'honneur de le seconder.
LE BARON
Oui, voici une occasion où il faut avoir du cœur. Renfermons-nous dans le château, fermons toutes les portes. Colin, Martinet, Jérôme, tirez vos arquebuses par les meurtrières sur les gens qui voudront entrer malgré vous.
LE CHEVALIER
On ne peut pas mieux se préparer, en vérité, mon-
76 M"« DE LA COCHONNÏÈRE.
sieur le baron ; c'est dommage que vous ne commandiez pas dans quelque place frontière , et que vous n'ayez pas été gouverneur de Philisbourg.
LE BARON
Je ne Taurais pas rendu en deux jours.
IIARAUDIN.
Rentrez, monsieur le baron , rentrez , voilà les ennemis qui approchent.
LE CHEVALIER à part.
Tout ceci commence un peu à m'inquiéter. Voici mon frère, qui vient épouser Thérèse et m'arracher ma fortune.
LE BAROX.
Rentrez donc avec ma fille et monsieur Maraudin , et gardez-vous de vous montrer.
COLIN
Courage, camarades! mettons-nous sous les armes. Qu'ils y viennent! Par la morgné, tatigué, jamigué, je vous les...